Des centaines d’étudiants iraniens ont défilé samedi sur les campus de Téhéran et de Machhad, marquant le retour des premières grandes manifestations depuis la répression sanglante de janvier. Un mois après des violences qui auraient fait des milliers de morts, la rue gronde à nouveau.
Premier campus, premières tensions
C’est à l’université de technologie Sharif, au cœur de Téhéran, que les images ont été les plus saisissantes. Des centaines d’étudiants ont marché pacifiquement dès la rentrée du semestre, scandant « mort au dictateur » en référence au Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. La BBC, qui a authentifié des vidéos de la manifestation, rapporte que des partisans pro-gouvernementaux se sont rapidement rassemblés à proximité, drapeau iranien en main. Des échauffourées ont éclaté entre les deux camps.
À l’université Shahid Beheshti et à l’université Amir Kabir, toujours dans la capitale, des sit-in et des rassemblements ont eu lieu dans la même journée. À Machhad, deuxième ville du pays, des étudiants ont scandé « Liberté, liberté » et « Criez, criez pour vos droits ». Selon Al Jazeera, des appels à de nouvelles mobilisations ont circulé pour le lendemain.
Le poids de janvier
Ces nouvelles manifestations surviennent cinq semaines après ce que beaucoup qualifient d’épisode le plus meurtrier depuis la révolution de 1979. En janvier, une vague de protestations née de la crise économique a rapidement pris un caractère politique, submergant des dizaines de villes.
Le bilan reste contesté. L’agence HRANA, basée aux États-Unis et spécialisée dans les droits humains en Iran, dit avoir documenté plus de 7 000 morts, dont 6 508 manifestants, 226 enfants et 214 personnes affiliées au gouvernement. Elle enquête sur près de 12 000 cas supplémentaires. La rapporteuse spéciale de l’ONU, Mai Sato, a quant à elle évoqué un possible bilan de plus de 20 000 civils tués, précisant que les informations restent très limitées en raison du filtrage internet imposé par les autorités.
Téhéran récuse ces chiffres. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a publié une liste de 3 117 victimes, qu’il qualifie de « victimes d’opérations terroristes récentes ». Trente experts indépendants des Nations unies ont signé vendredi un appel commun demandant à l’Iran de révéler le sort des dizaines de milliers de personnes arrêtées, disparues ou portées manquantes depuis la répression.
Crise nucléaire en arrière-plan
Les étudiants reprennent la rue dans un contexte géopolitique tendu. Les États-Unis et l’Iran ont tenu deux rounds de pourparlers indirects sur le dossier nucléaire, d’abord à Oman puis à Genève la semaine passée. Le chef de la diplomatie iranienne a affirmé vendredi qu’un accord semblait « à portée de main » et qu’un projet de texte serait soumis à Washington « dans les deux ou trois prochains jours ».
Mais Donald Trump a simultanément déclaré envisager des « frappes limitées » si aucun accord n’était conclu, évoquant un délai de « dix jours environ ». Les États-Unis ont renforcé leur dispositif militaire dans le Golfe, avec le déploiement de deux porte-avions. La Serbie a, elle, rejoint samedi la liste des pays qui appellent leurs ressortissants à quitter l’Iran sans délai.
Le président iranien Masoud Pezeshkian a répondu le même jour : « Nous ne plierons pas face à ces difficultés. »
La contestation gronde à l’intérieur. La pression monte à l’extérieur. Entre les deux, des étudiants qui, selon la BBC et Al Jazeera, comptaient samedi rendre hommage à leurs milliers de camarades disparus depuis janvier.