Sept personnes, dont Bill Gates, seront interrogées par la commission de surveillance de la Chambre des représentants sur leurs liens avec Jeffrey Epstein. Les auditions s’étalent du 16 avril au 10 juin. La raison de ce calendrier serré tient en deux mots : les fichiers déclassifiés par le ministère de la Justice en décembre 2025 ont fait voler en éclats plusieurs versions officielles.
Sept noms, un réseau, des comptes à rendre
Le président de la commission, James Comer, a adressé ses convocations le 3 mars 2026. La liste couvre un spectre large : Bill Gates, cofondateur de Microsoft ; Leon Black, cofondateur du fonds Apollo Global Management ; Kathryn Ruemmler, ancienne conseillère juridique de la Maison-Blanche sous Barack Obama ; Doug Band, ancien bras droit de Bill Clinton ; Ted Waitt, milliardaire de la tech et ex-compagnon de Ghislaine Maxwell ; Lesley Groff et Sarah Kellen, toutes deux anciennes employées d’Epstein.
La commission enquête sur trois axes : les ratés présumés de l’enquête fédérale, les manoeuvres d’Epstein et Maxwell pour protéger leurs activités illégales en cultivant des personnalités influentes, et les possibles violations de règles éthiques impliquant des élus. Aucun des sept convoqués n’a été mis en examen dans le cadre de l’affaire Epstein.
Leon Black : 158 millions versés, zéro alarme déclenchée
Le cas de Leon Black illustre l’ampleur des liens financiers que le trafiquant entretenait. Le cofondateur d’Apollo Global Management a versé 158 millions de dollars à Epstein pour des services de « conseil fiscal et patrimonial ». Ce montant, révélé dans les fichiers du ministère de la Justice, reste sans équivalent connu dans le cercle Epstein.
Les documents montrent aussi qu’Epstein a aidé Black à dissimuler une liaison de six ans avec une femme russe. L’accord signé en octobre 2015 prévoyait des versements de 100 000 dollars par mois pendant quinze ans, l’annulation d’un prêt d’un million de dollars et 2 millions de livres sterling pour régulariser le statut de la femme au Royaume-Uni. Le représentant de Black assure que son client n’avait « aucune connaissance des activités criminelles d’Epstein ».
Des emails qui dynamitent les versions officielles
Kathryn Ruemmler a quitté Goldman Sachs après la publication des fichiers. Un échange de décembre 2015 la montre écrivant qu’elle « adorait » Epstein. En mai de la même année, elle facilitait une demande de visite de la Maison-Blanche pour le cinéaste Woody Allen et son épouse. Son porte-parole rappelle qu’elle agissait en tant qu’avocate pénaliste et « partageait un client » avec Epstein, sans connaître « aucune activité criminelle en cours ».
Pour Gates, deux emails datés du 18 juillet 2013, extraits des fichiers du DOJ, contiennent des allégations de liaisons extraconjugales avec des femmes russes. Le cofondateur de Microsoft a fini par reconnaître des aventures avec « une joueuse de bridge russe » et « une physicienne nucléaire russe ». Les rencontres avec Epstein ont débuté en 2011 et se sont poursuivies jusqu’en 2014, incluant un vol à bord du jet privé d’Epstein en mars 2013 et au moins trois visites dans sa résidence new-yorkaise.
Gates : du silence à la convocation, cinq ans de recul
L’évolution du discours de Bill Gates sur cette relation est un feuilleton à part entière. En 2019, il déclarait au Wall Street Journal n’avoir « aucune relation d’affaires ni d’amitié » avec Epstein. Deux ans plus tard, dans une interview télévisée, il qualifiait ces rencontres d' »erreur énorme ». En 2023, il ajoutait regretter d’avoir « dîné avec lui ».
Sa motivation affichée : lever des fonds pour la santé mondiale. « J’ai eu plusieurs dîners avec lui, en espérant que ce qu’il disait sur l’obtention de milliards pour la philanthropie, grâce à ses contacts, se concrétise », a expliqué Gates. « Quand il est devenu clair que ce n’était pas réel, la relation a pris fin. » Son porte-parole affirme aujourd’hui qu’il « accueille avec plaisir l’occasion de comparaître » et qu’il « n’a jamais été témoin ni participant d’une quelconque conduite illégale d’Epstein ».
Son ex-épouse, Melinda Gates, aurait consulté des avocats spécialisés dans le divorce dès la révélation publique de ces liens, selon le Wall Street Journal.
Les fichiers Trump, la mèche qui a tout relancé
Le mécanisme qui a conduit à ces convocations remonte à novembre 2025. Le Congrès a adopté un texte, signé par le président Trump, obligeant le ministère de la Justice à publier ses dossiers sur l’affaire Epstein. Les premières livraisons ont commencé en décembre 2025. Des millions de pages couvrant l’enquête sur le « vaste réseau de trafic sexuel » opéré par Epstein avec l’aide de Ghislaine Maxwell, condamnée en 2021 à vingt ans de prison, ont commencé à circuler.
Ces documents ont fourni au Congrès ce qu’il réclamait depuis des années : des noms, des dates, des flux financiers et des échanges internes que les intéressés pensaient enterrés. Jeffrey Epstein, inculpé en juillet 2019 pour trafic sexuel de mineures, est mort en détention un mois plus tard, sa mort ayant été officiellement classée comme suicide. Maxwell et lui auraient fait des « dizaines de mineures et de jeunes femmes » leurs victimes, selon les termes des documents fédéraux.
Un calendrier chargé jusqu’en juin
Les auditions débuteront le 16 avril avec les premières convocations. Bill Gates est programmé pour le 10 juin, au lendemain de l’audition de Lesley Groff, ancienne assistante de direction d’Epstein. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, dont le nom apparaît aussi dans les fichiers, dispose d’une date distincte. La commission n’a pas précisé si les auditions seraient publiques ou à huis clos.
Le dossier reste ouvert sur un autre front : le parquet de Paris a mobilisé des magistrats pour traquer les connexions françaises de l’affaire, selon des informations publiées début 2026. De New York à Paris, l’onde de choc des fichiers déclassifiés n’a pas fini de produire ses effets.