Dix ans de partenariat rayés en quelques heures. Pepsi a annoncé dimanche son retrait du Wireless Festival de Londres, où Kanye West doit se produire sur trois soirées consécutives en juillet. Le festival s’appelait encore « Pepsi MAX Presents Wireless » la veille. Il va falloir trouver un autre nom.
La décision tombe le jour où le Premier ministre britannique Keir Starmer a publiquement dénoncé la programmation du rappeur, qualifiant la situation de « profondément préoccupante ». Derrière le retrait d’un logo, c’est une mécanique de pression politique, commerciale et mémorielle qui s’est mise en marche contre l’un des artistes les plus controversés de la planète.
Trois soirs à Finsbury Park, un tollé national
Le Wireless Festival, l’un des plus gros rendez-vous musicaux du Royaume-Uni, avait annoncé que Ye (le nom légal de Kanye West depuis 2021) serait tête d’affiche les 10, 11 et 12 juillet 2026, à Finsbury Park, dans le nord de Londres. C’est sa première apparition au Royaume-Uni depuis onze ans.
L’annonce a provoqué une vague de protestations immédiates. Des organisations juives britanniques ont dénoncé le choix du festival. Le maire de Londres, Sadiq Khan, a pris ses distances avec l’événement. Le leader des Libéraux-Démocrates, Ed Davey, a réclamé l’annulation de la prestation. Puis Starmer a frappé plus fort que tout le monde.
« L’antisémitisme sous toutes ses formes est abject et doit être combattu fermement », a déclaré le Premier ministre au tabloïd The Sun. « Le fait que Kanye West ait été programmé au Wireless malgré ses propos antisémites répétés et sa célébration du nazisme est profondément préoccupant. » C’est rare qu’un chef de gouvernement prenne position sur la programmation d’un festival de musique. Le poids des mots a pesé.
De « Heil Hitler » à « Hallelujah », un an de zigzags
Les « propos antisémites » évoqués par Starmer ne sont pas des dérapages isolés. Le 8 mai 2025, jour anniversaire de la capitulation nazie, Kanye West a mis en ligne un morceau intitulé « Heil Hitler », troisième single de son album Cuck. Le titre, porté par une instrumentale orchestrale, contient des références explicites au nazisme. West y affirme que sa bataille pour la garde de ses enfants et le gel de ses comptes l’ont poussé vers l’idéologie nazie.
Apple Music, Spotify et YouTube ont retiré le morceau de leurs catalogues. En Allemagne, la chanson a été interdite en vertu des lois contre les symboles extrémistes. Sur X (anciennement Twitter), en revanche, la vidéo a engrangé 6,5 millions de vues en 48 heures, rapporte NBC News. En janvier 2026, une vidéo montrant les influenceurs d’extrême droite Nick Fuentes, Andrew Tate et Sneako en train de reprendre le morceau dans une discothèque de Miami Beach a circulé en ligne, selon le Jerusalem Post.
En novembre 2025, West a rencontré le rabbin orthodoxe Yoshiyahu Yosef Pinto et présenté des excuses. Il a renommé « Heil Hitler » en « Hallelujah », en remplaçant les références nazies par des paroles chrétiennes. Il a aussi attribué ses propos à son trouble bipolaire. Ces revirements n’ont pas convaincu ses détracteurs, et la programmation au Wireless a ravivé toutes les critiques.
Pepsi efface dix ans de son nom en une journée
Pepsi parrainait le Wireless Festival depuis 2015. Le partenariat était si ancré que le nom complet de l’événement incluait la marque : « Pepsi MAX Presents Wireless ». Le site officiel du festival vantait encore cette association quelques jours avant le retrait.
Le géant des sodas n’a pas détaillé les raisons de sa décision dans son communiqué, se contentant d’indiquer avoir « décidé de retirer son parrainage », selon la BBC. Mais le calendrier parle de lui-même : le retrait est intervenu quelques heures après les déclarations de Starmer. Pour une multinationale dont l’image repose sur des valeurs grand public et familiales, rester associée à un artiste dénoncé par le Premier ministre du pays hôte n’était plus tenable.
La question se pose désormais pour les autres partenaires du festival. Aucun autre sponsor majeur n’a annoncé de retrait à ce stade, mais la pression politique continue de monter.
Marseille ferme aussi la porte
Le Wireless n’est pas le seul événement concerné. Le maire de Marseille a déclaré que Kanye West n’était « pas le bienvenu » pour un concert prévu en juin 2026 dans la cité phocéenne, rapporte CBS News. La France, qui dispose d’une législation stricte contre l’incitation à la haine raciale, offre un terrain juridique différent du Royaume-Uni, où la liberté d’expression en matière artistique bénéficie d’une protection plus large.
En 2022 déjà, Kanye West avait été exclu de la programmation du festival Coachella après une série de publications antisémites sur les réseaux sociaux. Adidas avait rompu son partenariat Yeezy, lui coûtant selon Forbes plus de 1,5 milliard de dollars de fortune personnelle. Gap et Balenciaga avaient suivi. Trois ans plus tard, l’industrie musicale semble tiraillée entre le rejet de ses positions et l’attrait commercial d’un artiste qui continue de remplir des salles.
Le festival cherche un plan B (ou pas)
Les organisateurs du Wireless n’ont pour l’instant pas réagi publiquement au retrait de Pepsi ni aux appels à déprogrammer Kanye West. Les billets restent en vente. Finsbury Park, propriété de la municipalité de Haringey, accueille l’événement sous licence, ce qui signifie que le conseil local pourrait théoriquement refuser de renouveler l’autorisation, même si aucune démarche en ce sens n’a été annoncée.
Le précédent de Coachella suggère que la pression finit par peser. En 2022, le festival californien avait remplacé Kanye West par The Weeknd et Swedish House Mafia après son exclusion. Le Wireless dispose de trois mois pour trouver une issue. Starmer, lui, a déjà fait savoir où il se situait.