Quarante hauts gradés iraniens éliminés, trois soldats américains tués, neuf civils morts en Israël, deux aux Émirats arabes unis. En 48 heures, le Moyen-Orient a changé de visage.

La campagne de frappes conjointes lancée samedi par les États-Unis et Israël contre l’Iran a provoqué la mort du guide suprême Ali Khamenei, annoncée dimanche matin par la télévision d’État iranienne, selon France Info. Donald Trump avait annoncé la nouvelle quelques heures plus tôt, sans attendre la confirmation officielle de Téhéran.

L’ayatollah de 86 ans dirigeait la République islamique depuis 1989, après la mort du fondateur Rouhollah Khomeini. Son élimination marque le coup le plus sévère porté au régime depuis la révolution de 1979.

40 hauts gradés tués, l’appareil militaire décapité

Khamenei n’est pas tombé seul. L’armée israélienne a déclaré avoir éliminé 40 hauts gradés iraniens dans les bombardements de samedi, rapporte France Info. Parmi les morts confirmés par Téhéran : le chef d’état-major des forces armées Abdolrahim Moussavi, le ministre de la Défense, le chef des Gardiens de la Révolution Mohammad Pakpour, le chef des renseignements de la police et un conseiller du guide suprême.

Les frappes ont ciblé des sites militaires, des centres de commandement et des installations liées au programme nucléaire iranien. Le Centcom, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, a confirmé la perte de trois soldats et cinq blessés graves côté américain, premières victimes de cette opération, selon le New York Times.

La riposte iranienne frappe six pays en une journée

Téhéran a répliqué massivement. Les Gardiens de la Révolution ont promis un « châtiment sévère » aux « meurtriers » de Khamenei, puis sont passés à l’acte. Dimanche, l’Iran a lancé des missiles balistiques et des drones contre Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, le Qatar et la Jordanie, selon la BBC.

Le ministère de la Défense émirati a déclaré avoir intercepté 165 missiles balistiques, 2 missiles de croisière et 541 drones iraniens au cours de la seule journée de dimanche, rapporte la BBC. Malgré ces interceptions, des aéroports à Bahreïn et à Dubaï ont été touchés. Des hôtels et des centres commerciaux ont subi des dégâts, les défenses antiaériennes ne parvenant pas à tout bloquer.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Aragchi a nié viser les voisins de l’Iran. « Nous n’attaquons pas nos voisins du Golfe persique, nous ciblons la présence américaine dans ces pays », a-t-il déclaré à Al Jazeera. Une nuance qui n’a guère convaincu les capitales du Golfe, où des infrastructures civiles ont été frappées.

Un drone sur Chypre, le Royaume-Uni entraîné dans le conflit

Le conflit a débordé hors du Moyen-Orient dimanche soir. Le ministère britannique de la Défense a signalé une « frappe de drone présumée » sur la base RAF d’Akrotiri, à Chypre, sans faire de victime, selon la BBC. Plus tôt dans la journée, deux missiles balistiques avaient été tirés en direction de l’île, même si Londres affirme que Chypre « n’était pas visée ».

Le premier ministre britannique Keir Starmer a accepté la demande américaine d’utiliser des bases britanniques pour des frappes « défensives » contre des sites de missiles iraniens. Les bases de RAF Fairford, dans le Gloucestershire, et de Diego Garcia, dans l’océan Indien, seraient concernées. Starmer a précisé que le Royaume-Uni « ne participerait pas à l’action offensive », tirant les leçons « des erreurs de l’Irak ».

Un avion de chasse Typhoon de la RAF, opérant depuis le Qatar, a abattu un drone iranien dimanche, une première depuis le début des hostilités.

Un triumvirat pour succéder au guide suprême

À Téhéran, la question de la succession s’est posée dans l’urgence. Quelques heures après la confirmation du décès, un Conseil de direction intérimaire a été formé, composé du président Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et du religieux Alireza Arafi, membre de l’Assemblée des experts, selon France Info.

« La mort du guide suprême ne signifie pas la fin d’un régime polycentré et redondant », analyse Pierre Razoux, directeur des études de la Fédération méditerranéenne d’études stratégiques, cité par 20 Minutes. Le chercheur mise sur « la continuité du régime avec de nouvelles règles du jeu, peut-être au détriment du clergé, mais avec les mêmes personnes ».

L’alternative passe par les Gardiens de la Révolution. Malgré la mort de leur chef Mohammad Pakpour, le Corps reste une force structurée qui contrôle des pans entiers de l’économie iranienne. « Le rééquilibrage du pouvoir au profit des Gardiens a déjà eu lieu de manière progressive depuis plusieurs années », note Théo Nencini, chercheur à Sciences Po Grenoble, cité par 20 Minutes.

Le précédent de 1989 et les scénarios ouverts

La dernière succession à la tête de la République islamique remonte à juin 1989, quand Khamenei avait remplacé Khomeini. La transition s’était faite en 24 heures. Le contexte était radicalement différent : pas de bombardements, pas de décapitation du commandement militaire.

Donald Trump a déclaré au New York Times disposer de « trois très bons choix » de candidats pour diriger l’Iran, sans les nommer. « Finissons d’abord le travail », a ajouté le président américain, laissant entendre que la campagne militaire pourrait se prolonger « des semaines ».

Sur le terrain, 600 000 Bassidjis et 250 000 forces de sécurité intérieures quadrillent les villes, les universités sont fermées et internet coupé, selon Pierre Razoux. « Tant que la population ne sera pas convaincue que l’appareil répressif est neutralisé, il est improbable qu’elle descende dans la rue. »

Les monarchies du Golfe prises entre deux feux

Les pays du Golfe, traditionnels alliés de Washington, se retrouvent dans une position inédite. Comme le résume la BBC, « il est difficile de voir comment ils pourront un jour normaliser leurs relations avec l’Iran après cela ». Ces monarchies avaient pourtant tenté de montrer à Téhéran qu’elles ne participaient pas à l’offensive américano-israélienne.

Le cours du pétrole Brent a bondi de 8 % vendredi en anticipation, franchissant les 95 dollars le baril. L’Union européenne doit tenir un sommet extraordinaire mardi pour évaluer les conséquences sécuritaires et énergétiques du conflit. Le Conseil de sécurité de l’ONU devait se réunir en session d’urgence dans la nuit de dimanche à lundi.