L’affaire fait la une de tous les journaux ce mardi matin. Charles Kushner, ambassadeur des États-Unis en France, n’a plus le droit de rencontrer les membres du gouvernement français. Une sanction rare, décidée lundi par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, après un enchaînement de provocations diplomatiques qui a fait monter la tension entre Paris et Washington.

Un ambassadeur qui refuse de se déplacer

Tout est parti d’une publication sur les réseaux sociaux. Le Bureau de lutte contre le terrorisme du département d’État américain a commenté la mort de Quentin Deranque, militant nationaliste de 23 ans tué à Lyon le 14 février, en dénonçant la montée d’un « gauchisme radical violent » en France. Le message, repris dimanche par l’ambassade américaine à Paris, a provoqué une réaction immédiate du Quai d’Orsay.

Jean-Noël Barrot a convoqué l’ambassadeur Kushner pour obtenir des explications. Sauf que Kushner n’est pas venu. Il a envoyé un haut fonctionnaire de l’ambassade à sa place, invoquant des « engagements personnels », rapporte l’AFP. Et ce n’était pas la première fois. En août 2025, déjà convoqué pour avoir critiqué la gestion de l’antisémitisme par Emmanuel Macron, Kushner avait aussi délégué le chargé d’affaires à sa place.

Deux refus. C’en était trop.

« Nous n’avons pas de leçons à recevoir »

« Quand on est ambassadeur, on répond à une convocation », a réagi Barrot sur France Info ce mardi. Le ministre n’a pas mâché ses mots : « Nous n’acceptons pas que des pays étrangers viennent s’ingérer dans le débat politique national. » La sanction est claire : tant que Kushner ne se sera pas présenté en personne pour s’expliquer, il n’aura plus accès direct aux ministres français.

Le Quai d’Orsay a précisé que l’ambassadeur peut continuer ses activités diplomatiques courantes et avoir des « échanges » avec les services de l’État, selon Al Jazeera. Mais la porte des cabinets ministériels lui est fermée.

Côté américain, silence radio. Ni l’ambassade ni le département d’État n’ont commenté la décision française.

Un climat transatlantique sous haute tension

Ce bras de fer ne tombe pas du ciel. Les relations franco-américaines traversent l’une de leurs pires passes depuis des mois. Droits de douane, guerre en Ukraine, rôle de l’Europe face à la Russie : les sujets de friction s’empilent entre Paris et l’administration Trump.

Charles Kushner lui-même traîne un passé peu commun pour un ambassadeur. Père de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, il avait été condamné et incarcéré deux ans pour contributions électorales illégales, fraude fiscale et subornation de témoin, avant d’être gracié par Trump, rappelle Al Jazeera. Son arrivée à Paris avait déjà fait grincer des dents dans les cercles diplomatiques.

La Première ministre italienne Giorgia Meloni s’était elle aussi mêlée de l’affaire Deranque, déclenchant une passe d’armes avec Macron qui lui avait demandé de « cesser de commenter ce qui se passe dans d’autres pays », rapporte Al Jazeera.

Et maintenant ?

La balle est dans le camp de Washington. Si Kushner accepte de se présenter au Quai d’Orsay, il retrouvera son accès aux ministres, a promis Barrot. Sinon, la France aura posé un précédent diplomatique peu banal : mettre un ambassadeur américain au coin.