4,4 % de croissance en 2025. Le chiffre tourne en boucle dans les cercles libéraux du monde entier, brandi comme la preuve que Javier Milei avait raison. L’Argentine, ce pays qui enchaînait les crises comme d’autres les saisons, serait donc en train de renaître sous la houlette d’un président tronçonneuse. Mais derrière les courbes du PIB, la réalité est plus contrastée qu’un tango de Buenos Aires.
Un rebond spectaculaire, après le gouffre
Le FMI a confirmé une croissance de 4,5 % pour 2025, avec une projection de 4 % pour 2026. Selon la Banque mondiale et l’institut national INDEC, l’économie argentine repart après la récession brutale de 2023-2024. Le peso s’est stabilisé, les exportations de lithium et de soja dopent les recettes, et l’inflation, qui frôlait les 200 % annuels fin 2023, est redescendue autour de 32 % en septembre 2025 d’après l’INDEC. Un chiffre encore vertigineux pour un Européen, mais qui représente une chute spectaculaire pour les Argentins.
Milei, élu en novembre 2023 sur la promesse de « dynamiter » l’État, a taillé dans les dépenses publiques à coups de tronçonneuse (littéralement, c’était son accessoire de campagne). Suppression de ministères, coupes dans les subventions à l’énergie, gel des embauches dans la fonction publique. Résultat : le déficit budgétaire a fondu.
Le revers de la médaille : 31 % de pauvreté
Sauf que la facture sociale, elle, reste salée. Selon l’INDEC, 31,7 % des Argentins vivent sous le seuil de pauvreté en 2025. Et 7,3 % dans l’extrême pauvreté, rapporte la Banque mondiale. Les retraités, dont les pensions ont été gelées pendant des mois, figurent parmi les premiers touchés. Les universités publiques, historiquement gratuites, ont vu leurs budgets amputés. Le Guardian rapportait début 2026 que des manifestations étudiantes secouaient régulièrement Buenos Aires.
Le chômage officiel tourne autour de 6,3 % selon le FMI, un chiffre bas en apparence. Mais il masque une explosion du travail informel et précaire. Beaucoup d’Argentins cumulent deux, parfois trois emplois pour boucler les fins de mois.
Et maintenant, Milei peut-il tenir ?
Ses partisans voient déjà un « miracle argentin ». Ses détracteurs pointent que le rebond vient en partie d’un effet mécanique : quand on tombe de très haut, remonter est plus facile. Le PIB par habitant reste autour de 14 360 dollars en nominal, loin des niveaux chiliens ou uruguayens.
Trump a signé un accord pour augmenter les importations de boeuf argentin, ce que Buenos Aires a accueilli comme un signal de confiance. Mais la dépendance aux matières premières reste un talon d’Achille. Et les prochaines élections de mi-mandat s’annoncent tendues : difficile de vendre de la rigueur quand un tiers du pays ne mange pas à sa faim.
Faut-il applaudir les chiffres ou regarder les files d’attente devant les banques alimentaires ? Probablement les deux. L’Argentine de Milei est un laboratoire à ciel ouvert, et le verdict est encore loin d’être rendu.