Lundi matin, 8 h 30 à Paris. Le Brent grimpe de 1,5 % et frôle les 114 dollars. Les marchés asiatiques dévissent : le Nikkei perd 3,5 %, le Kospi coréen plonge de 6,5 %. Trois heures plus tard, le pétrole s’effondre de près de 10 %. Entre les deux, un message de Donald Trump sur Truth Social.
Le président américain a annoncé un report de cinq jours des frappes prévues contre les centrales électriques iraniennes, invoquant des « discussions très bonnes et productives » avec Téhéran. Aucune précision sur le contenu de ces échanges, et l’Iran n’a pas confirmé leur existence. En une phrase, les compteurs ont basculé.
Le CAC 40 passe du rouge vif au vert en quelques heures
Le scénario de ce lundi résume à lui seul les trois dernières semaines du conflit au Moyen-Orient : un coup de massue suivi d’un espoir fragile. La Bourse de Paris, qui avait cédé plus de 2 % dans la matinée, a terminé en hausse de 1,5 %. Francfort a rebondi de 1,9 %, Milan de 1,2 %. Le baril de Brent est retombé à 101 dollars, celui du WTI à 89 dollars, selon Le Figaro.
Mais ce sursaut ne masque pas les dégâts accumulés depuis le 28 février. En un mois, le CAC 40 a perdu 11 % de sa valeur. Le DAX allemand est passé sous les 22 000 points, contre plus de 25 000 avant le début des hostilités : un recul de 12 %, au plus bas depuis avril 2025 et la panique provoquée par les tarifs douaniers de Trump. La Corée du Sud, ultra-dépendante du pétrole importé, a vu son indice fondre de 6,5 % en une seule séance, rapporte Deutsche Welle.
L’or, valeur refuge habituelle en temps de crise, ne joue plus son rôle. Le métal jaune a accusé sa plus forte baisse hebdomadaire depuis les années 1980, reculant de 7 %. L’argent a perdu 8 %. Sur les marchés obligataires, le rendement de la dette française à dix ans a atteint 3,85 %, du jamais-vu depuis juillet 2009, avant de redescendre à 3,70 % après l’intervention de Trump. Son équivalent britannique a touché 5,10 %, un record depuis 2008. Le taux allemand a franchi les 3 %, une première depuis 2011.
18 euros de plus par mois pour chaque automobiliste
Les traders ont eu leur répit. Les automobilistes, eux, attendent encore. Le diesel affiché en station-service dépasse désormais les 2,07 euros le litre, l’essence touche 1,95 euro. En mars, les prix ont grimpé de 34 centimes, selon BFM Business.
L’organisme spécialisé Roole a calculé l’addition : le budget carburant mensuel est passé de 100 à 118 euros en moyenne, soit 18 euros supplémentaires par mois et 216 euros de plus par an. Le coût d’usage total d’une voiture individuelle (achat, énergie, assurance, entretien) s’élève désormais à 434 euros mensuels, contre 416 avant le conflit. Une hausse de 4,3 % en trois semaines.
Les transports pèsent déjà 13 % du budget des ménages français, selon l’Insee, dont 80 % pour la voiture individuelle. Les propriétaires de diesel, qui représentent 48 % du parc roulant, sont les plus touchés. Seuls les conducteurs de véhicules électriques, 3 % du parc, échappent à la flambée avec un budget énergie resté sous les 40 euros par mois.
Du blocus maritime au sabotage d’infrastructures
Depuis le 28 février, tous les scénarios de crise portaient sur le détroit d’Ormuz. Le blocus du passage le plus stratégique du marché pétrolier mondial concentrait les inquiétudes. La semaine dernière, le conflit a changé de nature.
Mercredi, l’Iran a frappé le complexe de Ras Laffan au Qatar, qui produit environ un cinquième du gaz naturel liquéfié mondial, rapporte le New York Times. Le lendemain, des missiles ont visé des raffineries au Koweït, au Qatar et en Arabie saoudite. Ces frappes répondaient à une attaque israélienne sur le gisement gazier de South Pars, en Iran.
David Goldwyn, ancien diplomate américain et ancien responsable au département de l’Énergie, a déclaré au New York Times : « On est passé d’un blocage du transit, mesure temporaire, à la destruction d’infrastructures, qui a des effets à long terme. » Même si le détroit rouvrait demain, les dégâts sur les installations gazières nécessiteraient des mois, voire des années de réparation.
Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a résumé la gravité de la crise devant la presse : ce conflit concentre « deux crises pétrolières et un effondrement gazier combinés ». Il représente, selon lui, « une menace majeure » pour l’économie mondiale, potentiellement plus sévère que les chocs pétroliers des années 1970 et les conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 réunies.
Chaque pays cherche sa parade
La Suède a annoncé lundi une baisse temporaire des taxes sur le carburant, à compter du 1er mai et jusqu’en septembre, selon BFM Business. La réduction atteindra 9 centimes par litre d’essence et 4 centimes par litre de gazole, en s’alignant sur le minimum exigé par l’Union européenne. « Avoir une voiture est une nécessité dans la majeure partie du pays », a justifié Jimmie Akesson, chef du parti SD, aux côtés du premier ministre Ulf Kristersson.
La Chine a opté pour le plafonnement : Pékin a annoncé une limitation des hausses de prix de l’essence et du gazole, rapporte Le Figaro. Le Brésil, exportateur de pétrole, a choisi l’inverse : le président Lula a instauré une taxe sur les exportations pétrolières pour financer des subventions au diesel, à sept mois de l’élection présidentielle.
Le ministre singapourien des Affaires étrangères, Vivian Balakrishnan, a posé le diagnostic le plus abrupt. La fermeture du détroit d’Ormuz constitue « une crise asiatique », a-t-il déclaré à Reuters. Le conflit a « pris en otage toute l’économie mondiale ».
En France, le distributeur Intermarché a dénoncé publiquement le poids des taxes dans le prix à la pompe, alors que le sans-plomb dépasse les 2 euros dans certaines enseignes. Pour l’heure, le gouvernement n’a annoncé aucun dispositif comparable aux boucliers énergétiques mis en place lors de la crise ukrainienne.
Le sursis tient à cinq jours de pause et à des négociations dont personne ne connaît le contenu. Le délai fixé par Trump expire vendredi.