Le Brent a touché 119 dollars lundi matin avant de redescendre autour de 110 dollars. Un seuil qui n’avait plus été franchi depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en juin 2022. En dix jours, depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran le 28 février, le prix du brut a grimpé de 50 %. Face à cette envolée, les ministres des Finances du G7 se sont réunis en urgence pour discuter d’un puisement massif dans les réserves stratégiques mondiales. Le chiffre évoqué, rapporte la BBC citant le Financial Times : 300 millions de barils, coordonnés par l’Agence internationale de l’énergie. Du jamais-vu.
Le détroit d’Ormuz, verrou fermé à double tour
Le problème se résume à un goulet d’étranglement de 33 kilomètres de large. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole consommé sur la planète, est devenu quasi impraticable. Téhéran a mis la navigation commerciale à l’arrêt en représailles aux frappes, selon Al Jazeera. Trois des plus gros producteurs de l’OPEP, l’Irak, les Émirats arabes unis et le Koweït, ont réduit leur production. Certains pays du Golfe ont déclenché des clauses de force majeure, un mécanisme juridique qui les dégage de toute responsabilité quand les circonstances rendent la livraison impossible.
La situation s’est encore tendue samedi. Israël a frappé pour la première fois depuis le début du conflit des infrastructures pétrolières iraniennes : quatre sites de stockage et un centre de transfert de produits pétroliers à Téhéran et dans la province d’Alborz, d’après les médias d’État iraniens. Résultat : les quelques barils qui parvenaient encore à quitter le Golfe se font de plus en plus rares.
300 millions de barils, trois jours de répit
Le plan discuté par le G7 a suffi à calmer temporairement les marchés. La simple rumeur a fait retomber le Brent de 119 à environ 110 dollars. Mais les chiffres racontent une histoire moins rassurante.
Trois cents millions de barils, c’est plus du double de la précédente intervention record en avril 2022 après l’invasion russe de l’Ukraine. C’est aussi un quart de la totalité des réserves stratégiques des pays industrialisés. Ce serait la sixième utilisation de ces stocks dans l’histoire. Et pourtant, rapporte la BBC, cela représente moins de trois jours de consommation mondiale, le monde brûlant 104 millions de barils quotidiennement. Ou encore une quinzaine de jours de trafic normal dans le détroit d’Ormuz.
Autre difficulté : le consensus est loin d’être acquis. Tous les membres du G7 ne s’accordent pas sur l’escorte navale des pétroliers à travers Ormuz, souligne la BBC. Comment assurer un navire quand des missiles et des drones traversent le ciel au-dessus de lui ? Les compagnies d’assurance maritime ne se bousculent pas pour couvrir ce risque.
Un effet secondaire est déjà visible : des méthaniers américains qui devaient livrer du gaz naturel liquéfié en Europe ont fait demi-tour au milieu de l’Atlantique pour prendre la direction du canal de Panama et ravitailler l’Asie, selon la BBC. La Chine, l’Inde et la Corée du Sud restent les premiers clients physiques du pétrole du Golfe, et leur demande ne ralentit pas.
De Tokyo à Francfort, les Bourses plongent
Les marchés financiers ont accusé le coup lundi. À Tokyo, le Nikkei a chuté de plus de 5 %, après avoir perdu jusqu’à 7 % en début de séance, rapporte Al Jazeera. Le KOSPI sud-coréen a dégringolé de 6 %, le Hang Seng hongkongais de 1,35 %. En Europe, le FTSE 100 londonien a reculé d’environ 2 % à l’ouverture, le DAX de Francfort de 3 %. Les contrats à terme sur le S&P 500 perdaient 1,7 % avant l’ouverture de Wall Street.
La Maison-Blanche a tenté de rassurer. Une porte-parole a indiqué que l’administration « passe en revue toutes les options crédibles » et que la hausse des prix devrait rester « de court terme », selon 20 Minutes. Donald Trump a adopté un ton différent sur Truth Social : « Les prix du pétrole à court terme, qui vont baisser rapidement quand la menace nucléaire iranienne sera détruite, sont un tout petit prix à payer pour la sécurité des États-Unis et du monde. Seuls des imbéciles penseraient autrement », a écrit le président américain, cité par le New York Times.
Les Gardiens de la révolution menacent les 200 dollars
De l’autre côté, l’Iran ne montre aucun signe d’apaisement. Les Gardiens de la révolution (IRGC) ont menacé dimanche de frapper des infrastructures énergétiques dans toute la région et prévenu que le baril pourrait atteindre 200 dollars si les États-Unis et Israël « continuent ce jeu », selon Al Jazeera. Téhéran est accusé d’avoir déjà visé des installations au Qatar, en Arabie saoudite et au Koweït, où des frappes iraniennes ont tué au moins 12 personnes, poussant l’émir koweïtien à dénoncer une « attaque brutale », rapporte 20 Minutes.
Certains gouvernements n’ont pas attendu le G7 pour agir. Le premier ministre hongrois Viktor Orban a annoncé lundi un plafonnement des prix des carburants à compter de minuit, selon 20 Minutes. Une mesure à contre-courant de la doctrine européenne, mais qui traduit la pression politique que la flambée exerce déjà sur les dirigeants du continent.
Emmanuel Macron, de passage sur le porte-avions Charles-de-Gaulle lundi, a évoqué une guerre qui pourrait durer « peut-être plusieurs semaines » et annoncé la préparation d’une mission d’escorte « purement défensive » dans le détroit d’Ormuz, destinée à rouvrir progressivement la voie maritime une fois la phase la plus intense du conflit passée, indique France Info. Les ministres des Finances du G7 doivent présenter leurs conclusions dans les prochaines heures. Si un déblocage de réserves est confirmé, ce serait le plus gros effort coordonné de l’histoire en matière d’énergie. Son efficacité, elle, reste à démontrer face à un détroit fermé et un Iran qui brandit la menace d’un baril à 200 dollars.