Cinq jours. C’est le temps qu’il a fallu pour retrouver le corps de Justine Vayrac, enfoui dans un bois de Corrèze à quelques kilomètres de la discothèque où elle avait passé sa dernière soirée. Trois ans et demi plus tard, lundi 16 mars, les assises de Tulle ouvrent le procès de celui qui est accusé de l’avoir violée puis tuée : Lucas Larivée, 24 ans, ouvrier agricole, détenu depuis octobre 2022.

L’affaire avait secoué toute la région. Plus de 500 personnes avaient défilé lors d’une marche blanche silencieuse organisée par les proches de la victime, une étudiante aide-soignante de 20 ans, mère d’un petit garçon de deux ans. Le procès, prévu pour cinq jours d’audience, s’annonce comme l’un des rendez-vous judiciaires les plus suivis du printemps.

Une sortie de discothèque à Brive, puis le silence

Dans la nuit du 22 au 23 octobre 2022, Justine Vayrac quitte une discothèque de Brive-la-Gaillarde aux alentours de trois heures du matin. Les images de vidéosurveillance la montrent sortant en compagnie d’un ami, la démarche visiblement altérée par l’alcool, selon les éléments du dossier rapportés par 20 Minutes. À partir de ce moment, plus aucune nouvelle.

Les recherches débutent dans les heures qui suivent. Les enquêteurs se tournent rapidement vers Lucas Larivée, une connaissance croisée cette nuit-là. C’est la dernière personne avec qui Justine a été vue. Cinq jours après sa disparition, son corps est découvert dans un bois situé à quelques kilomètres du lieu de la soirée. L’accusé avait utilisé un tracteur agricole de l’exploitation familiale pour enterrer la dépouille, avant de brûler une partie des affaires de la jeune femme.

Le cordon bleu qui fragilise la défense

Lucas Larivée a d’abord affirmé ne se souvenir de rien. Puis, au fil de l’instruction, il a fini par reconnaître avoir serré le cou de Justine Vayrac, évoquant un « jeu sexuel » qui aurait dérapé. « Elle est malheureusement morte à l’occasion des ébats qui ont été violents. Mon client ne le voulait pas », a déclaré son avocat Me Michel Labrousse à 20 Minutes. La défense plaide des « gestes manifestement violents ayant entraîné la mort mais sans intention de la donner », lors de ce qu’elle qualifie de « relation consentie ».

Les conclusions médico-légales racontent pourtant une autre histoire. Les experts ont mis en évidence un cordon de ficelle bleue retrouvé autour du cou de la victime, que l’accusé n’a jamais été en mesure d’expliquer. Selon les médecins légistes, cette ficelle constitue l’arme du crime. Le serrage a été exercé « avec force et insistance », provoquant une fracture du larynx, un traumatisme incompatible avec la version d’un geste accidentel ou d’un « jeu » qui aurait mal tourné.

Autre élément qui pèse lourd : trois plaies causées par un objet contondant ont été identifiées sur la partie gauche du visage de Justine Vayrac. Parallèlement, des griffures retrouvées sur le torse de Lucas Larivée ont été qualifiées de « blessures de défense » par les enquêteurs. Ce faisceau d’indices a conduit les magistrats instructeurs à retenir non seulement le meurtre, mais aussi le viol.

Un comportement glaçant dans les heures qui suivent

Le dossier révèle un détail qui risque de peser dans l’esprit des jurés. Le soir même des faits, après avoir enseveli le corps de Justine Vayrac et tenté d’effacer les traces, Lucas Larivée a ramené chez lui une autre jeune femme qu’il fréquentait occasionnellement. Devant les enquêteurs, il a expliqué avoir voulu « passer à autre chose » et « se changer la tête ».

Cette jeune femme a fourni un témoignage troublant lors de l’instruction. Elle a raconté que pendant leurs rapports, l’accusé avait commencé à lui serrer le cou. Elle lui a demandé d’arrêter. Il a alors quitté la chambre. Ce récit dessine un schéma comportemental que l’accusation ne manquera pas de mettre en avant à l’audience.

Une ancienne petite amie de Lucas Larivée a par ailleurs déposé plainte après les faits pour des violences. Elle affirme qu’il l’avait empoignée par la mâchoire et plaquée contre un mur. L’enquête sur ces faits est toujours en cours. L’accusé avait un casier judiciaire vierge au moment de son arrestation, mais il a depuis été condamné en juillet 2024 à deux ans de prison pour l’incendie de deux bâtiments agricoles commis en 2020, selon son propre avocat.

La famille se bat pour une « vraie perpétuité »

Du côté des proches de Justine Vayrac, le procès est attendu avec une détermination qui dépasse le cadre de cette seule affaire. Plusieurs mois avant l’ouverture de l’audience, la famille a lancé une pétition sur la plateforme Change.org réclamant « l’instauration d’une vraie perpétuité incompressible, sans possibilité d’aménagement ou de réduction de peine, pour les crimes les plus graves ».

En droit pénal français, la réclusion criminelle à perpétuité, peine maximale encourue par Lucas Larivée, peut être assortie d’une période de sûreté allant jusqu’à 22 ans. Pendant cette période, le condamné ne peut bénéficier d’aucun aménagement de peine. Mais au-delà, des réductions sont possibles. C’est précisément ce que la famille de Justine Vayrac considère insuffisant pour les meurtres les plus graves.

La « perpétuité réelle », telle qu’elle existe dans certains pays anglo-saxons, n’a pas d’équivalent strict en France. Le Code pénal prévoit une version s’en rapprochant, la « période de sûreté perpétuelle » (article 221-3), applicable uniquement en cas de meurtre ou assassinat commis sur un mineur de moins de 15 ans précédé de viol ou de torture. Hors de ce cas très précis, la loi française borne la sûreté à 22 ans. Pour Me Labrousse, avocat de l’accusé, « un fait divers ne doit pas servir à modifier la loi ».

Cinq jours pour reconstituer une nuit

Le procès, qui s’ouvrira lundi devant la cour d’assises de Tulle, devrait durer cinq jours. Les débats porteront sur la reconstitution précise des événements de cette nuit d’octobre 2022, la nature des relations entre l’accusé et la victime, et surtout l’intentionnalité des gestes. C’est le point central : la différence entre un meurtre (passible de la perpétuité) et des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner (puni de 15 ans de réclusion au maximum) se joue sur un fil, celui de la preuve de l’intention.

Les éléments matériels, la ficelle bleue, la fracture du larynx, les blessures au visage, les griffures de défense, parlent d’eux-mêmes selon l’accusation. La défense tentera de maintenir le doute sur la volonté de tuer. Les jurés populaires trancheront.

Le verdict est attendu pour vendredi 21 mars. D’ici là, la cour d’assises de Corrèze sera le théâtre d’un face-à-face entre deux versions d’une même nuit, dans une affaire où les preuves médico-légales pourraient avoir le dernier mot.