Deux accusés, vingt ans de réclusion encourus et une famille qui attend des réponses. Le procès de la mort de Jérémie Cohen débute ce lundi 16 février devant la cour criminelle de Seine-Saint-Denis.

Une agression filmée, un tramway, et la mort

Le 16 février 2022, vers 20 heures, avenue Jean Jaurès à Bobigny. Jérémie Cohen, 31 ans, porteur d’un handicap léger, se retrouve encerclé par une dizaine d’individus au pied d’un immeuble. Deux d’entre eux le frappent violemment. La scène, filmée par un témoin, a circulé sur les réseaux sociaux dans les semaines qui ont suivi.

En tentant de fuir ses agresseurs, Jérémie court entre les voitures et s’engage sur les voies du tramway. Le T1, qui roule à 35 km/h, le percute de plein fouet. Il décède quelques heures plus tard à l’hôpital.

« Sa fuite en direction des voies du tramway est la conséquence directe des violences qu’il subissait », ont retenu les magistrates dans leur ordonnance de mise en accusation.

Qui sont les deux accusés ?

Quatre ans jour pour jour après les faits, deux hommes de 29 et 26 ans comparaissent devant la cour criminelle de Bobigny. Le principal accusé est poursuivi pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Il encourt vingt ans de réclusion criminelle. Le second est jugé pour « violences en réunion sans incapacité commise en état de récidive légale », avec six ans d’emprisonnement au maximum.

Les deux hommes s’étaient présentés spontanément aux enquêteurs après avoir appris qu’ils étaient recherchés.

La piste antisémite écartée, des zones d’ombre persistantes

Jérémie Cohen était de confession juive. Très vite après la diffusion de la vidéo, l’hypothèse d’une agression antisémite a été relayée dans le débat public. Les enquêteurs l’ont pourtant écartée, faute d’éléments la corroborant.

Reste que plusieurs questions demeurent sans réponse claire. Que faisait la victime dans ce quartier de Bobigny ce soir-là ? « Il habitait dans le 93, mais ce n’était pas un habitué de ce quartier », précise Me Franck Serfati, avocat de la famille. Et surtout : pourquoi cette violence soudaine contre un homme décrit par ses proches comme « docile, incapable de se battre ou de provoquer » ?

Selon les déclarations des accusés, Jérémie Cohen aurait lui-même initié un échange tendu. La cour devra trancher.

Une famille en quête de justice

Pour les proches de Jérémie, ce procès est attendu depuis longtemps. « Mes clients souhaitent que justice soit rendue. Sans cette rencontre, Jérémie serait encore de ce monde », a déclaré Me Serfati à 20 Minutes. « Ils veulent que les accusés soient condamnés à la hauteur du crime commis. »

Le procès doit durer plusieurs jours. Les débats s’annoncent tendus, entre reconstitution des faits et tentatives d’éclaircir les motivations réelles de l’agression.