À un mois du scrutin des 15 et 22 mars, une question revient en boucle dans les réunions publiques : où sont les médecins ?

Les déserts médicaux s’étendent. Tout le monde le sait, tout le monde en parle, et les candidats aux municipales 2026 se retrouvent en première ligne. Christophe Bouillon, maire de Barentin en Seine-Maritime et président de l’Association des petites villes de France, résume : « En 2020, le sujet était déjà là. Mais là, c’est devenu l’obsession. » Gil Avérous, maire de Châteauroux et patron de Villes de France, confirme la tendance pour les villes moyennes : « La santé est la demande première de mes administrés. »

Les maires au front, sans vraies armes

Le paradoxe est criant. Les compétences santé relèvent de l’État, des ARS, du ministère. Pas des mairies. Mais quand un habitant ne trouve plus de généraliste à moins de 40 kilomètres, c’est à la porte du maire qu’il frappe. Pas à celle de l’agence régionale de santé.

Du coup, les élus bricolent. Certains construisent des maisons de santé pour attirer des praticiens. D’autres proposent des logements gratuits, des aides à l’installation, voire des primes. Le problème : ça marche moyennement. Un médecin qui ne veut pas s’installer en zone rurale ne changera pas d’avis pour un T3 offert.

6 millions de Français sans médecin traitant

Les chiffres donnent le vertige. Environ 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant. Et la situation se dégrade : les départs à la retraite s’accélèrent sans que les nouvelles générations ne compensent. Les jeunes médecins préfèrent les grandes villes, le salariat, les horaires maîtrisés. Difficile de leur en vouloir.

Résultat : dans certaines communes, la seule option c’est les urgences. Pour un rhume, une ordonnance de renouvellement, un suivi chronique. Les urgences débordent, les délais explosent, et le cercle vicieux s’emballe.

Des promesses, mais quelle marge de manœuvre ?

Tous les candidats promettent d’agir. C’est un passage obligé. Mais les leviers municipaux restent limités. Construire une maison de santé coûte cher et ne garantit rien si aucun médecin ne veut s’y installer. Recruter des praticiens étrangers bute sur les équivalences de diplômes. Développer la téléconsultation aide, mais ne remplace pas un examen clinique.

Faut-il contraindre les jeunes diplômés à s’installer dans les zones sous-dotées ? Le débat revient à chaque élection, et personne n’ose trancher. Trop explosif politiquement.

En attendant, les électeurs votent le 15 mars. Et beaucoup jugeront leur candidat sur cette question précise : « Vous allez me trouver un médecin, oui ou non ? »