Volodymyr Zelensky n’était pas au courant. C’est en plein direct sur Piers Morgan Uncensored, mercredi 18 février, que le président ukrainien a appris la réintégration de la Russie et de la Biélorussie aux Paralympiques d’hiver de Milan. Long silence. Puis ce verdict : « Une décision sale. Pas respectable. Pas européenne. »

Le casque de la discorde

Pendant ce temps, à Cortina d’Ampezzo, un autre front s’ouvrait. Vladyslav Heraskevych, skeletoneur ukrainien et porte-drapeau de la délégation aux JO, refuse de retirer son « casque du souvenir ». Dessus : les visages d’athlètes et entraîneurs ukrainiens tués depuis le début de l’invasion russe. Le CIO a menacé de le disqualifier pour « message politique » avant les manches de skeleton de jeudi, rapporte the Independent.

Le porte-parole du CIO Mark Adams a tenté de calmer le jeu : « Nous voulons vraiment qu’il concoure. Il peut exprimer son deuil sur les réseaux, en conférence de presse. Mais sur le terrain de jeu, ce n’est pas le message qui compte, c’est l’endroit. » L’athlète de 27 ans n’a pas bougé d’un pouce. Il a remis le casque à l’entraînement mardi soir, selon the Independent.

Kiev pousse l’offensive diplomatique

Le boycott de la cérémonie paralympique, lancé par l’Ukraine la semaine dernière, continue de s’étendre. Après la Pologne, la Tchéquie et l’Estonie, d’autres pays pourraient suivre. Le ministre ukrainien des Sports Matvii Bidny a été clair dans un entretien à AP : « Ça revient à légitimer le mal. On doit maintenir la pression tant que cette guerre dure. »

Son inquiétude va plus loin que le symbole. Bidny pointe un risque concret : que le CIP ouvre la porte à d’anciens soldats russes blessés au front, reconvertis en para-athlètes. « En Russie, le sport paralympique est devenu un pilier pour ceux que Poutine a envoyés tuer en Ukraine et qui sont revenus handicapés. »

Le CIO prépare le terrain pour la suite

Ce qui préoccupe Kiev, au fond, c’est la tendance. En décembre, le CIO a recommandé aux fédérations de laisser les jeunes athlètes russes concourir avec leur drapeau et hymne, avant les Jeux olympiques de la jeunesse. Les escrimeurs russes juniors ont déjà repris la compétition sous leurs couleurs. Et vendredi, World Aquatics, la fédération internationale de natation, a levé ses restrictions pour les jeunes nageurs russes et biélorusses, rapporte AP.

La nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry, n’a pas directement abordé le cas des athlètes russes aux JO de Milan-Cortina. Mais dans son discours d’ouverture début février, elle a réaffirmé le « droit fondamental des athlètes à accéder au sport, libre de toute interférence politique ».

Un bras de fer qui dépasse le sport

Entre un skeletoneur qui refuse de plier, un président en guerre qui découvre la nouvelle en direct à la télé, et des fédérations qui assouplissent une à une leurs restrictions, la question ne porte plus seulement sur dix para-athlètes à Milan. C’est tout l’équilibre entre sport et géopolitique qui vacille. Et la cérémonie du 6 mars s’annonce comme un compteur de sièges vides.