Il avait rejoint Motörhead à 23 ans, guitare en bandoulière et l’insouciance des débuts. Phil Campbell s’est éteint vendredi 13 mars à l’âge de 64 ans, après ce que sa famille décrit comme « une longue et courageuse bataille en soins intensifs, à la suite d’une opération majeure complexe ».
L’annonce a été faite samedi sur les réseaux sociaux par ses trois fils, Todd, Dane et Tyla, avec lesquels il avait fondé le groupe Phil Campbell and the Bastard Sons. « Phil était un mari dévoué, un père formidable et un grand-père fier et aimant, affectueusement surnommé « Bampi » », peut-on lire dans leur communiqué. « Son héritage, sa musique et les souvenirs qu’il a créés avec tant de gens vivront pour toujours. »
31 ans dans le cockpit de Motörhead
Né au Pays de Galles, Campbell avait d’abord fait ses armes dans Persian Risk, un groupe de heavy metal britannique du début des années 80. Puis le destin a frappé : en 1984, Lemmy Kilmister le recrute pour remplacer Brian Robertson à la guitare de Motörhead.
Ce qui devait être un passage est devenu une vie entière. Campbell restera 31 ans aux côtés de Lemmy, devenant le guitariste le plus longtemps en poste dans l’histoire du groupe. Ensemble, ils enregistreront 16 albums studio — de Orgasmatron en 1986 à Bad Magic en 2015 — et Campbell signera des riffs devenus cultes : « Deaf Forever », « Eat the Rich », « Born to Raise Hell ».
Car c’est ça, le truc avec Phil Campbell. Lemmy était le visage, la voix, le mythe vivant. Mais les riffs qui faisaient trembler les murs des salles de concert, c’était lui. Des riffs massifs, bruts, sans fioritures — à l’image du personnage, selon tous ceux qui l’ont côtoyé.
« Le meilleur guitariste rock avec qui j’ai jamais joué »
Mikkey Dee, batteur de Motörhead de 1992 à 2015, n’a pas mâché ses mots dans son hommage publié samedi. « C’était le mec le plus drôle que j’aie jamais connu et le meilleur guitariste rock avec qui j’ai jamais joué », écrit-il, rapporte Rolling Stone. « Son feeling pour la musique rock était exceptionnel. Nous avons écrit 12 albums studio ensemble, et il n’a jamais cessé de me surprendre par son talent extrême. »
Dee conclut son message d’un au revoir poignant : « Dors bien, mon ami et soldat du rock. Dis bonjour à Lemmy, Würzel, Filthy et Eddie. Je suis sûr que vous allez reformer la bande là-haut. »
Après Lemmy, la musique en famille
Quand Lemmy est mort le 28 décembre 2015, Motörhead s’est arrêté. Il n’y avait pas de Motörhead sans Lemmy, et Campbell le savait. Mais il n’a jamais raccroché sa guitare.
En 2018, il lance Phil Campbell and the Bastard Sons avec ses trois fils — un projet qui donne naissance à trois albums, dont Kings of the Asylum en 2023. L’année suivante, il sort son unique album solo, Old Lions Still Roar, dont le titre résonne aujourd’hui d’une manière particulière.
Le groupe devait tourner en Europe début 2026, mais la tournée avait été annulée « sur avis médical », selon un communiqué de l’époque, rapporte Variety.
Un dernier combat pour le Rock and Roll Hall of Fame
En 2020, Motörhead avait été nommé au Rock and Roll Hall of Fame — mais seuls Lemmy, « Fast » Eddie Clarke et Phil « Philthy Animal » Taylor figuraient sur le bulletin. Pas Campbell, pas Dee. Un oubli qui avait provoqué la colère des fans, selon Radio Metal. Sous la pression, les organisateurs avaient finalement ajouté les deux musiciens au vote.
Ce genre de détail dit beaucoup de Phil Campbell : un musicien essentiel, souvent dans l’ombre, mais dont l’absence se faisait immédiatement sentir.
Avec sa disparition, c’est un nouveau pan de l’histoire de Motörhead qui s’efface. Après Lemmy en 2015, « Fast » Eddie Clarke en 2018, et maintenant Campbell, il ne reste plus que Mikkey Dee parmi les membres emblématiques du groupe qui a défini le heavy metal tel qu’on le connaît.