2,4 tonnes. Cent ballots de poudre blanche récupérés jeudi en pleine mer, au large de la Polynésie française. La Marine nationale, appuyée par un avion Falcon Gardian et les forces américaines, a intercepté un navire qui filait droit vers le Pacifique sud. Une opération chirurgicale, la quatrième en à peine quatre semaines.
Un mois de saisies record dans le Pacifique
Le chiffre donne le tournis : près de 12 tonnes de cocaïne interceptées dans les eaux polynésiennes depuis mi-janvier. Trois saisies massives sur des navires, entre deux et cinq tonnes à chaque fois, plus 473 kilos trouvés dans un conteneur sur le port de Papeete. Du jamais vu à cette échelle, et en si peu de temps.
Car la Polynésie, ce n’est pas la destination finale. Les trafiquants l’utilisent comme couloir de transit entre l’Amérique latine et les gros marchés du Pacifique : l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Là-bas, le gramme se négocie trois à quatre fois plus cher qu’en Europe. Résultat : les cartels se sont mis à tracer des routes maritimes à travers des milliers de kilomètres d’océan, souvent sur de simples voiliers ou des cargos discrets.
Les bateaux repartent, la drogue coule
Détail qui surprend : après chaque saisie, les navires et leurs équipages sont relâchés. La cocaïne, elle, est détruite en mer. Le parquet de Papeete assume cette stratégie. Ses moyens sont limités, et la Polynésie n’est qu’une zone de passage. Autrement dit, c’est aux pays destinataires ou aux États des pavillons de ces bateaux de poursuivre les enquêtes.
Cette pratique a fait grincer des dents en Australie, où les autorités auraient préféré récupérer les suspects. Mais le droit international laisse peu de marge : impossible de retenir un équipage étranger en haute mer sans procédure adaptée. Les navires restent malgré tout surveillés par les États du Pacifique après leur contrôle.
L’OFAST et Washington dans la boucle
L’opération de jeudi a mobilisé la gendarmerie nationale et l’Office français anti-stupéfiants, en lien direct avec des services du gouvernement américain. Cette coopération franco-américaine n’est pas nouvelle dans la zone, mais elle monte en puissance. La route du Pacifique est devenue un axe prioritaire pour les agences antidrogues des deux côtés de l’Atlantique.
Faut-il s’attendre à d’autres saisies ? Probablement. Tant que le marché australien restera aussi lucratif, les cargaisons continueront de traverser ces eaux turquoise. La Marine, elle, promet de ne rien lâcher. Reste à savoir combien de temps cette cadence pourra tenir avec les moyens actuels.