Le premier constructeur européen a publié ses résultats 2025 ce lundi 10 mars. Le bilan est brutal : un bénéfice opérationnel divisé par deux, une division luxe en ruine et des dizaines de milliers de postes sur la sellette. Wolfsbourg, capitale de l’automobile allemande, accuse le coup.

53 % de bénéfice en moins, mais autant de voitures vendues

Neuf millions de véhicules livrés en 2025. Quasiment le même chiffre que l’an dernier. Et pourtant, le résultat opérationnel du groupe Volkswagen a plongé de 19,1 milliards d’euros en 2024 à 8,9 milliards en 2025. Soit une chute de 53,5 %.

Le chiffre d’affaires, lui, a à peine bougé : 321,9 milliards d’euros contre 324,7 milliards un an plus tôt. Le problème n’est pas de vendre des voitures, c’est d’en tirer de l’argent.

La marge opérationnelle est tombée à 2,8 %, contre 5,9 % en 2024. Même corrigée des éléments exceptionnels (restructurations, ajustements de la stratégie Porsche), elle ne dépasse pas 4,6 %. Le directeur financier Arno Antlitz l’a dit sans détour : « Ce n’est pas suffisant sur le long terme. »

Porsche, la chute la plus spectaculaire

C’est le chiffre qui saute aux yeux dans les résultats. La division « Sport Luxury », qui regroupe Porsche, Bentley et Lamborghini, est passée d’un résultat opérationnel de 5,3 milliards d’euros en 2024 à 100 millions en 2025. Une dégringolade de 98 %.

Sa marge ? 0,3 %. Pour un constructeur premium dont la rentabilité dépassait historiquement les 15 %, c’est un séisme. Le chiffre d’affaires de la division a reculé de 11,7 %, à 32,2 milliards d’euros.

Trois facteurs expliquent ce naufrage. D’abord, l’effondrement du marché chinois, où les constructeurs locaux, BYD en tête, écrasent désormais le segment premium avec des véhicules électriques à prix cassés. Ensuite, les droits de douane américains, qui ont renchéri le coût de chaque véhicule exporté. Enfin, un virage électrique mal calibré : Porsche a dû revoir sa stratégie produit en profondeur, engendrant des charges exceptionnelles.

Les tarifs Trump, un boulet de plusieurs milliards

Les droits de douane imposés par l’administration Trump pèsent sur l’ensemble du groupe, pas seulement sur Porsche. Le communiqué officiel de Volkswagen cite les tarifs américains comme premier facteur de la baisse du résultat opérationnel, devant les effets de change et les ajustements de prix.

Sans ces droits de douane, la marge ajustée grimperait à 5,5 %, un niveau encore acceptable, mais loin des ambitions affichées. En Amérique du Nord, les ventes ont chuté de 12 %, le recul le plus marqué parmi toutes les régions.

L’Europe, elle, a limité les dégâts avec une hausse de 5 % des ventes. L’Amérique du Sud tire même son épingle du jeu (+10 %). Mais la Chine, deuxième marché mondial, a reculé de 6 %, confirmant une tendance de fond : le géant de Wolfsbourg perd du terrain face aux constructeurs chinois, selon Reuters.

50 000 emplois menacés en Allemagne d’ici 2030

C’est l’autre annonce majeure de la journée. Selon plusieurs sources concordantes, dont Reuters et DW, Volkswagen prévoit de supprimer environ 50 000 postes en Allemagne d’ici 2030. Les effectifs du groupe ont déjà fondu de 16 600 personnes en un an, passant de 679 500 à 662 900 salariés fin 2025.

Le plan s’inscrit dans la continuité de l’accord « Zukunft » signé fin 2024 entre la direction et les syndicats. Pas de fermeture d’usine prévue pour l’instant, mais des départs volontaires, des préretraites et un gel des embauches qui transformeront progressivement le paysage industriel de Basse-Saxe.

Le groupe promet que ces coupes financeront la transformation vers l’électrique et le numérique. Ironie du calendrier : VW a annoncé la semaine dernière avoir franchi le cap des quatre millions de véhicules 100 % électriques livrés, se positionnant comme leader européen avec 27 % du marché.

Audi résiste, CARIAD inquiète un peu moins

Dans ce tableau sombre, quelques divisions s’en sortent mieux. La branche principale (Volkswagen, Škoda) affiche un résultat de 6,8 milliards d’euros, en repli de seulement 2 %. Škoda, en particulier, continue de surperformer.

Audi voit son bénéfice baisser de 13,6 %, à 3,4 milliards d’euros, plombé par les tarifs américains et les coûts de son propre plan de restructuration.

CARIAD, la filiale logicielle longtemps considérée comme un gouffre financier, montre des signes d’amélioration. Sa perte s’est réduite de 2,4 à 2,2 milliards d’euros, tandis que son chiffre d’affaires bondissait de 34 %. Le virage vers une plateforme logicielle maison reste coûteux, mais la trajectoire s’améliore.

L’action au plus bas depuis le Dieselgate

En Bourse, le titre Volkswagen évolue sous les 90 euros, un niveau qui n’avait plus été touché depuis le scandale du Dieselgate en 2015, rapporte ABC Bourse. Le dividende proposé pour 2025, à 5,26 euros par action de préférence, recule de 17 % par rapport à l’an dernier.

Pour 2026, le groupe table sur une marge opérationnelle comprise entre 4,0 et 5,5 %, en partant du principe que les tarifs douaniers actuels resteront en place. Autrement dit, Volkswagen ne parie pas sur un apaisement commercial entre les États-Unis et le reste du monde.

Le premier constructeur européen vend toujours autant de voitures. Mais la machine à profits s’est grippée, coincée entre la guerre commerciale de Washington, l’offensive chinoise et une transition électrique plus douloureuse que prévu. La publication des résultats trimestriels, attendue au printemps, dira si le redressement amorcé au quatrième trimestre 2025 tient ses promesses.