« Nos enfants ne sont pas en sécurité. » Mercredi 11 mars, le ministre iranien des Sports Ahmad Donyamali a mis fin à des semaines de spéculations sur la télévision d’État. L’Iran, premier pays au monde à décrocher son billet pour le Mondial 2026, n’enverra pas sa sélection aux États-Unis, pays coorganisateur du tournoi et acteur principal de la campagne de bombardements sur son territoire.
La déclaration intervient au douzième jour des frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, un conflit qui a coûté la vie à plus de 1 250 civils et fait 12 000 blessés selon les autorités de Téhéran.
Le premier qualifié claque la porte
L’Iran avait dominé les éliminatoires asiatiques pour devenir le tout premier des 48 pays qualifiés. Le tirage au sort l’avait placé dans un groupe face à la Nouvelle-Zélande, la Belgique et l’Égypte, avec tous ses matchs programmés dans des villes américaines : Los Angeles et Seattle. Autant de destinations sur le sol du pays qui pilonne actuellement ses infrastructures.
« Ce gouvernement corrompu a assassiné notre guide », a justifié le ministre sur la télévision d’État iranienne, en référence à la mort du Guide suprême Ali Khamenei, tué le 28 février lors des premières frappes, rapporte Al Jazeera. « Ils nous ont imposé deux guerres en huit mois et ont tué des milliers des nôtres. Il est donc hors de question d’aller jouer chez eux. »
L’Iran était d’ailleurs la seule nation absente du sommet de planification organisé par la FIFA la semaine dernière à Atlanta. Un indice que Téhéran n’envisageait déjà plus de participer.
Des joueuses en fuite, un boycott en gestation
La décision ne sort pas de nulle part. Début mars, lors de la Coupe d’Asie féminine en Australie, cinq joueuses et un membre de l’encadrement de l’équipe féminine iranienne ont demandé et obtenu des visas humanitaires australiens après avoir refusé de chanter l’hymne national lors du match d’ouverture. La télévision d’État les a qualifiées de « traîtresses de guerre ».
Cet épisode a manifestement accéléré la réflexion des autorités. Mehdi Taj, président de la Fédération iranienne de football (FFIRI), y a fait directement référence dès le 1er mars, quelques jours après le début du conflit. « Quelle personne sensée enverrait son équipe nationale aux États-Unis alors que le Mondial est aussi politisé que la Coupe d’Asie en Australie ? », a-t-il déclaré à l’agence de presse iranienne ISNA, selon DW.
En coulisses, Téhéran redoute visiblement que d’autres sportifs profitent du tournoi pour demander l’asile sur le sol américain, transformant chaque match en vitrine politique contre le régime. Le précédent australien a montré que le risque est réel et que la communauté internationale est prête à accueillir les dissidents.
Trump « s’en fiche », la FIFA temporise
La réponse de Washington a oscillé entre indifférence et diplomatie de circonstance. Interrogé sur une éventuelle absence iranienne, le président Donald Trump a répondu sans détour : « Franchement, je m’en fiche complètement. » Mais lors d’une rencontre avec le président de la FIFA Gianni Infantino mardi, il a tenu un discours sensiblement différent, assurant que l’équipe iranienne « est bien sûr la bienvenue pour participer au tournoi », selon un message publié par Infantino sur Instagram.
La FIFA elle-même navigue en eaux troubles. L’instance mondiale du football a bâti tout son discours sur la séparation entre sport et politique, un principe mis à rude épreuve par un conflit armé actif entre un pays qualifié et le pays organisateur. Une configuration inédite dans l’histoire de la Coupe du monde.
Quelles sanctions pour l’Iran ?
Un retrait volontaire n’est pas sans conséquences. Selon le règlement de la compétition, toute fédération qui se retire « au plus tard 30 jours avant le premier match » s’expose à une amende minimale de 250 000 francs suisses, soit environ 260 000 euros. Les sanctions peuvent aller bien plus loin : la FIFA peut prononcer une exclusion des prochaines compétitions internationales, y compris les qualifications pour le Mondial 2030.
Sur le terrain sportif, l’instance devra désigner un remplaçant parmi les nations éliminées lors des phases qualificatives. Le premier match de l’Iran étant programmé le 15 juin face à la Nouvelle-Zélande, la date limite théorique pour un retrait « dans les règles » tombe autour du 16 mai.
Les boycotts de Coupe du monde sont historiquement rarissimes. En 1966, une trentaine de nations africaines et asiatiques avaient refusé de se rendre en Angleterre pour protester contre le nombre insuffisant de places qui leur étaient attribuées. Depuis, aucun pays qualifié n’avait renoncé à un Mondial. Si la décision iranienne est confirmée officiellement par la FFIRI, ce sera la première fois qu’un État se retire pour cause de conflit armé direct avec un pays organisateur.
Le tournoi débutera le 11 juin à Mexico, avec une finale prévue le 19 juillet au MetLife Stadium de New York. L’Iran devait lancer sa campagne quatre jours après le coup d’envoi. Ce sera désormais sans lui, sauf retournement diplomatique majeur d’ici la mi-mai.