Demain 24 février, ça fera exactement quatre ans que les chars russes ont franchi les frontières ukrainiennes. La veille de cet anniversaire pesant, Volodymyr Zelensky a accordé une interview à la BBC depuis Kiev, au cœur de la zone gouvernementale ultra-sécurisée. Le journaliste Jeremy Bowen, correspondant international, confie que les vérifications à l’entrée dépassaient « tout ce qu’il avait vécu » pour un chef d’État.

Le message du président ukrainien est sans détour : Poutine n’a pas seulement attaqué l’Ukraine. « Je pense que Poutine a déjà commencé la 3e guerre mondiale. La question, c’est combien de territoire il va pouvoir s’accaparer et comment l’arrêter. La Russie veut imposer au monde un autre mode de vie et changer les choix que les peuples ont faits pour eux-mêmes », a-t-il déclaré, cité par la BBC.

Refus de céder, refus de plier

La pression est forte. Donald Trump déclarait encore, la veille des pourparlers de Genève, que « l’Ukraine ferait mieux de venir à la table rapidement ». Il continue de peser davantage sur Kiev que sur Moscou. L’option qui circule dans les coulisses : que l’Ukraine abandonne les 20% du Donbass qu’elle contrôle encore, plus des territoires dans le sud, pour obtenir un cessez-le-feu.

Zelensky refuse. « Je ne vois pas ça comme du terrain. Je vois ça comme un abandon, des centaines de milliers de personnes qu’on laisserait tomber. Et ça diviserait notre société. » Quant à savoir si cette concession satisferait Poutine : « Peut-être un moment… mais une fois qu’il se sera refait, dans deux ans ou trois, où ira-t-il ? »

La nuit de tous les dangers

Pendant que Zelensky parlait à la BBC, les frappes continuaient. Dans la nuit de samedi à dimanche, la Russie a lancé 345 armes sur l’Ukraine : 50 missiles et 297 drones. Lviv, Kiev, Odesa, Zaporizhzhia. Bilan : au moins cinq morts. Une policière de 23 ans tuée à Lviv, à quelques kilomètres seulement de la frontière polonaise. Deux personnes dans la région d’Odesa. Un mort à Kiev avec 17 blessés dont quatre enfants, selon Al Jazeera. Le réseau électrique encore visé, des coupures dans plusieurs régions du pays.

Ce même dimanche, Vladimir Poutine a pris la parole pour la « Journée du défenseur de la Patrie ». Sa déclaration : le développement des forces nucléaires russes est désormais « une priorité absolue », après l’expiration du dernier traité nucléaire russo-américain en vigueur. Un signal fort, lancé en pleine période de pourparlers incertains.

L’Europe qui fissure

Le dossier ukrainien n’en finit pas de fragiliser l’unité européenne. La Hongrie a annoncé qu’elle bloquerait le prochain paquet de sanctions de l’UE contre la Russie, à moins que l’Ukraine ne reprenne le transit de pétrole russe via l’oléoduc Druzhba. La Slovaquie s’aligne sur Budapest. La diplomatie ukrainienne a répondu sans détour : « Les ultimatums, adressez-les au Kremlin. Pas à Kiev. »

Le pape Léon XIV a lancé un appel solennel depuis Rome, disant que la fin de cette guerre « ne peut être différée ». Quatre ans après le début de l’invasion à grande échelle, personne ne sait encore quand ces appels seront vraiment entendus.