« Tu viens de rouler sur quatre gars mieux classés pour refaire deux pas en arrière. » En une phrase, Benoît Saint Denis a résumé ce que les amateurs d’arts martiaux mixtes n’attendaient pas : son refus de combattre à la Maison-Blanche, le 14 juin prochain, lors de l’événement le plus spectaculaire jamais organisé par l’UFC. Le Nîmois de 30 ans, cinquième mondial des poids légers, a préféré tourner le dos au président américain plutôt que de risquer sa trajectoire vers la ceinture.
Un anniversaire à coups de poing
L’idée est signée Donald Trump. Pour fêter ses 80 ans et célébrer dans la foulée les 250 ans de l’indépendance américaine, le président a convaincu l’UFC de planter un octogone dans les jardins de la Maison-Blanche. Six ou sept combats de titre sont prévus, jusqu’à 4 000 spectateurs triés sur le volet, et une retransmission mondiale, selon les précisions données par Ari Emanuel, PDG de TKO Group (maison mère de l’UFC), sur ESPN. Dana White, patron de l’UFC et proche du président, « travaille sur le sujet en ce moment », a précisé Emanuel.
La carte promet du lourd. Ilia Topuria, champion des poids légers, devrait défendre son titre face à Justin Gaethje, détenteur de la ceinture intérimaire. Le Français Ciryl Gane, lui, est confirmé pour affronter Alex Pereira, qui monte de catégorie pour disputer la ceinture intérimaire des poids lourds. L’événement attire aussi les vétérans : Conor McGregor et Jon Jones se sont dits partants. Bref, le MMA à la Maison-Blanche s’annonce comme le rendez-vous le plus médiatisé de l’histoire de la discipline.
Pourquoi « God of War » a dit non
Benoît Saint Denis avait pourtant reçu une proposition. Dana White l’a confirmé en conférence de presse début mars : l’UFC voulait l’opposer à l’Américain Michael Chandler, rapporte Ouest-France. Le problème ? Chandler pointe à la 13e place mondiale. Saint Denis, lui, trône au 5e rang depuis sa victoire par arrêt de l’arbitre contre le Néo-Zélandais Dan Hooker à Sydney, fin janvier.
« Depuis le combat contre Dustin Poirier en mars 2024, je recherche un combat excitant, a confié BSD au micro du Super Moscato Show sur RMC, ce jeudi 19 mars. J’ai envie d’être outsider et que les gens se disent : c’est le combat test pour Benoît, s’il passe ce mec-là, il rentre dans la cour des grands et il a vraiment le potentiel d’être champion. »
Les noms que Saint Denis a en tête parlent d’eux-mêmes : Arman Tsarukyan, Charles Oliveira, Ilia Topuria. Trois combattants du top 4 mondial. « Avec Michael Chandler, c’est plus compliqué d’avoir ce coup de tampon », a-t-il expliqué sur RMC Sport. Accepter un adversaire moins bien classé, même sur la scène la plus prestigieuse du monde, revenait à prendre un risque sans gain sportif réel.
Quatre combats en neuf mois, le corps tire la sonnette d’alarme
L’ambition ne suffit pas à expliquer ce refus. Le corps aussi a pesé dans la balance. Entre mai 2025 et janvier 2026, Saint Denis a enchaîné quatre victoires en neuf mois, un rythme effréné au sommet de la catégorie la plus disputée de l’UFC. La dernière, contre Dan Hooker à l’UFC 325 de Sydney, lui a coûté cher physiquement.
« J’ai pris beaucoup de risques sur mon quatrième combat d’un point de vue santé, a reconnu le combattant français. J’avais des raisons physiques et médicales plus que valables pour avoir envie de me mettre dans les meilleures conditions possibles. » Dana White avait d’ailleurs anticipé l’argument en évoquant une blessure, selon RMC Sport. Mais Saint Denis a tenu à préciser sa vision : il ne s’agit pas de fuir, mais de « faire le plein pour la suite ».
Son calendrier est clair. « Je pourrais être à 100 % à partir de la fin juillet, début août », a-t-il annoncé. Le temps de récupérer, de soigner les micro-lésions accumulées, et de se préparer pour un adversaire à la mesure de ses ambitions.
La montée en puissance la plus rapide du MMA français
Pour comprendre le poids de cette décision, il faut mesurer la trajectoire de Saint Denis. En mars 2024, « God of War » encaissait une défaite brutale face à Dustin Poirier, après un scénario dingue. Beaucoup l’imaginaient relégué dans le ventre mou du classement. Deux ans plus tard, il affiche quatre victoires consécutives contre des adversaires mieux classés que lui, et pointe dans le top 5 mondial. L’UFC a officialisé ce bond en mettant à jour son classement début février, comme le rapporte RMC Sport : Saint Denis a doublé d’un coup Paddy Pimblett (6e), Mateusz Gamrot (7e) et Hooker (8e).
Aucun Français n’avait atteint ce niveau chez les légers. Seul Ciryl Gane, dans la catégorie des lourds, a déjà disputé une ceinture UFC. Avec Gane confirmé pour la Maison-Blanche et Saint Denis en embuscade pour un combat de titre cet été, le MMA français vit une période sans précédent.
Gane ira, Saint Denis attendra son heure
Le 14 juin, Ciryl Gane sera donc le seul tricolore à fouler l’octogone de la Maison-Blanche. Face à Alex Pereira, le Français de 35 ans tentera de décrocher la ceinture intérimaire des poids lourds. Le contraste avec Saint Denis est saisissant : Gane accepte un combat à haut risque (Pereira est l’un des frappeurs les plus redoutés du circuit) parce que la récompense, une ceinture, justifie l’enjeu.
Pour Saint Denis, le calcul est inverse. Battre un 13e mondial ne rapproche pas de la ceinture. Perdre contre lui, en revanche, ruinerait neuf mois de remontée. « Bien sûr que c’était alléchant d’aller à la Maison-Blanche affronter le Captain America qu’ils aiment beaucoup là-bas, a concédé BSD sur RMC. Mais il y avait un contrôle technique à faire. »
La prochaine échéance se dessine entre fin juillet et début août. Si l’UFC lui propose un adversaire du top 4, Saint Denis n’aura plus de raison de refuser. Topuria, occupé par Gaethje le 14 juin, pourrait être libre cet été. Oliveira, sacré champion BMF en mars, cherche un défi. L’heure du « combat test » approche, et cette fois, « God of War » compte bien y répondre présent.