Plus une seule Clio, Mégane ou Captur purement thermique dans les concessions européennes d’ici quatre ans. Le constructeur au losange a dévoilé mardi son plan stratégique 2026-2030, et la rupture est nette : en Europe, Renault ne vendra plus que des véhicules électriques ou hybrides. Fin du diesel, fin de l’essence pure.

Un objectif revu, pas abandonné

En 2021, sous l’impulsion de Luca de Meo, Renault s’était fixé un cap ambitieux : 100 % de ventes tout-électriques en Europe d’ici 2030. Cinq ans plus tard, l’objectif a changé de forme sans changer de direction. Le groupe cible désormais « 100 % de ventes électrifiées », selon son communiqué officiel relayé par l’AFP. La nuance tient en un mot : « électrifié » englobe les véhicules tout-électriques mais aussi les hybrides.

Ce recul apparent masque une avancée concrète. Car si la cible du tout-électrique pur a vécu, Renault maintient l’arrêt total des voitures purement thermiques en Europe. Aujourd’hui, 40 % des véhicules vendus par la marque sur le continent fonctionnent uniquement à l’essence ou au diesel, rapporte 20 Minutes. En quatre ans, cette part devra tomber à zéro.

Hors d’Europe, le calendrier est plus souple : 50 % de ventes électrifiées d’ici 2030, le thermique conservant une place dans les marchés où l’infrastructure de recharge reste embryonnaire.

Stellantis et Volkswagen font le chemin inverse

Ce qui rend la stratégie de Renault singulière, c’est le décor dans lequel elle s’inscrit. Le constructeur avance quand ses rivaux reculent.

Stellantis, le groupe né de la fusion PSA-Fiat, a annoncé la relance de modèles diesel et essence face à une demande qui tarde à basculer vers l’électrique. L’approche est assumée : offrir aux acheteurs ce qu’ils demandent, pas ce que les régulateurs souhaitent.

Du côté de Volkswagen, c’est une tout autre crise. Le géant allemand a publié mardi des résultats annuels qui donnent le vertige : un bénéfice en chute de 44 %, passant de 12,4 milliards d’euros à 6,9 milliards, comme le rapporte Deutsche Welle. La concurrence chinoise et la lenteur de l’adoption des véhicules électriques pèsent lourd. Pour y répondre, le groupe a annoncé la suppression de 50 000 emplois en Allemagne d’ici 2030.

Renault, lui, table sur l’offensive plutôt que le repli. Le plan prévoit le lancement de 36 nouveaux modèles entre 2026 et 2030, dont 16 tout-électriques, quatre de plus que les 32 modèles sortis au cours du cycle précédent.

Le pari chinois de Cléon

La stratégie ne se joue pas que dans les showrooms. Elle se joue dans les usines. En janvier, le groupe a confirmé que son site de Cléon, en Seine-Maritime, assemblerait 120 000 moteurs électriques de conception chinoise à partir de 2027, d’après France Info. La décision a divisé : côté direction, on se félicite d’une nouvelle ligne de production ; côté syndicats, certains redoutent que ce moteur importé ne concurrence le moteur 6K « entièrement fabriqué » sur place.

En parallèle, Renault a signé un partenariat avec Ford pour produire deux véhicules électriques dans le nord de la France. Son usine du Mans s’est même diversifiée dans la fabrication de drones militaires pour le compte de Turgis & Gaillard, toujours selon France Info. La marque au losange ne cherche plus seulement à vendre des voitures : elle transforme son outil industriel.

Bruxelles a changé les règles du jeu

Le cadre réglementaire, lui aussi, a bougé. En décembre 2025, l’Union européenne a assoupli son objectif de 2035, qui prévoyait initialement l’interdiction pure et simple des moteurs thermiques neufs. Désormais, une part limitée de voitures hybrides sera tolérée après cette date, rapporte 20 Minutes.

Cet assouplissement a donné à des constructeurs comme Stellantis un argument pour temporiser. Renault, au contraire, y voit une raison d’accélérer : si les hybrides sont autorisés en 2035, verrouiller l’offre électrifiée dès maintenant permet de prendre de l’avance sur les concurrents qui attendent la dernière minute.

Le contexte géopolitique pèse aussi dans la balance. Avec le baril qui flirte avec les 100 dollars depuis l’escalade au Moyen-Orient et le blocage partiel du détroit d’Ormuz, les prix à la pompe grimpent semaine après semaine. Pour un constructeur, proposer des alternatives au tout-carburant devient un argument commercial autant qu’écologique.

Un pari loin d’être gagné

Les acheteurs suivront-ils ? En 2025, les ventes de voitures tout-électriques en Europe sont restées en deçà des projections des constructeurs. Le réseau de bornes de recharge progresse, mais reste très inégal selon les pays. Et le prix moyen d’un véhicule électrique dépasse encore celui d’un thermique équivalent, même avec les aides publiques.

Renault compte sur ses partenariats industriels, avec Ford et des fournisseurs chinois, pour comprimer les coûts de production. Le constructeur mise aussi sur l’effet volume : plus il vendra d’électriques et d’hybrides, plus les économies d’échelle feront leur travail.

Volkswagen prévoit de présenter ses propres ajustements stratégiques dans les prochaines semaines. Quant à Stellantis, le groupe tiendra une journée investisseurs en avril, où ses orientations sur l’équilibre entre thermique et électrique seront détaillées.