Les pompiers sont entrés par une fenêtre laissée ouverte. À l’intérieur, un appartement en grand désordre et le corps sans vie de Loana Petrucciani, 48 ans, première star de la téléréalité française. C’est Paris Match qui a révélé l’information mercredi 25 mars, confirmée dans la foulée par le procureur de Nice, Damien Martinelli. Son décès « remonte à plusieurs jours », selon le magistrat. Une source policière citée par Le Parisien évoque, elle, « plusieurs semaines ». Une enquête a été ouverte « en recherche des causes de la mort ». Aucune piste n’est privilégiée à ce stade.
Vingt-cinq ans après sa victoire dans « Loft Story », la femme qui avait fait basculer la télévision française est morte seule dans un appartement du centre-ville de Nice. La question n’est pas seulement de savoir comment, mais comment on en est arrivé là.
Soixante-dix jours pour fabriquer une icône
Le 26 avril 2001, Loana Petrucciani entre dans un loft vitré installé à La Plaine-Saint-Denis. Elle a 23 ans, travaille comme danseuse en boîte de nuit dans le Sud-Est et ne sait pas encore ce qu’est un contrat d’image. L’émission, adaptation française du format « Big Brother » produite par Endemol pour M6, rassemble des millions de téléspectateurs chaque soir. Benjamin Castaldi présente le programme depuis un plateau adjacent.
La scène dite « de la piscine », filmée entre Loana et Jean-Édouard Lipa, entre dans la culture populaire en quelques heures. Le 5 juillet 2001, Loana remporte la finale. Elle a 23 ans, aucun agent, aucun conseiller juridique, et sa vie bascule du jour au lendemain.
« Elle était impressionnante, extrêmement belle, très gentille. Pas au sens de « nunuche ». C’était vraiment quelqu’un de bon, avec une grande douceur et pas de méfiance », raconte Laure de Lattre, autre candidate de cette première saison, au Parisien ce mercredi soir. « Elle voulait juste être aimée. C’est ça qui est hyper triste : elle voulait juste ça. »
Catapultés dans un monde dont ils ignoraient tout
L’après-« Loft Story » ressemble à un crash au ralenti. M6 propose à Loana une pastille quotidienne durant l’été 2001, « L’Été de Loana », où elle filme ses aventures tropéziennes, rapporte Le Monde. S’ensuivent un album, des couvertures de magazines, des apparitions en chaîne. Derrière la lumière, personne ne gère la déflagration.
Laure de Lattre décrit au Parisien une violence que rien n’avait anticipée : insultes dans la rue, voitures taguées, courriers de haine, inconnus qui offrent une table et une bouteille en boîte de nuit sans qu’on ait rien demandé. « On a été catapultés en deux secondes dans un monde dont on ignorait tout », résume-t-elle. Un garde du corps leur avait simplement conseillé de ne pas porter d’écharpe ni de collier, de peur que des fans s’accrochent à eux.
Loana signe un contrat d’image avec une agence différente de celle des autres candidats. Personne ne lui explique ce que cela implique. « Vous vous rendez compte : on ne savait même pas ce qu’était un contrat d’image ! », confie Laure de Lattre au Parisien. En 2001, aucune obligation légale n’impose de suivi psychologique aux participants d’émissions de téléréalité. Le concept est trop neuf. Le cadre juridique viendra bien plus tard, après les dégâts.
Vingt ans de signaux que personne n’a captés
La chronologie parle d’elle-même. En 2006, Loana participe à « Je suis une célébrité, sortez-moi de là ! » dans la jungle brésilienne, où elle termine troisième, selon Franceinfo. En 2009, elle est découverte inanimée à son domicile et affirme avoir été agressée par deux hommes. Quatre ans plus tard, elle est hospitalisée et plongée dans le coma après une tentative de suicide. Son entourage révèle alors qu’elle avait déjà tenté de mettre fin à ses jours à plusieurs reprises, rapporte Le Monde.
En 2018, elle publie « Si dure est la nuit, si tendre est la vie », un récit dans lequel elle revient sur les violences paternelles subies dans l’enfance et les années chaotiques qui ont suivi le Loft, selon Franceinfo. En 2021, nouvelle hospitalisation. « Il y a la Loana d’avant et celle d’après. On était dans la quatrième dimension. C’est comme si j’avais mis le pied dans un autre monde », confiait-elle au Parisien cette année-là.
En 2024, sur le plateau de « Touche pas à mon poste », elle raconte avoir été victime d’un viol. Des chroniqueurs se moquent de son récit en direct. La séquence provoque une polémique nationale et une mise en demeure de l’Arcom, relate Franceinfo. En février 2025, photographiée dans les rues de Nice avec une démarche hésitante, elle rassurait une dernière fois ses abonnés : « Tout va bien », rapporte 20 Minutes.
« On a applaudi sa lumière sans protéger son ombre »
La nouvelle de sa mort a déclenché une vague de réactions dans le monde de la télévision. Benjamin Castaldi, présentateur de « Loft Story » et témoin direct de l’ascension de Loana, a publié un long message sur Instagram. « On a applaudi sa lumière sans protéger son ombre. On a consommé son authenticité sans mesurer le prix qu’elle allait payer », écrit-il, cité par 20 Minutes. « La vérité, c’est qu’on est tous un peu responsables. Parce qu’on a tous regardé. Parce qu’on a tous, à un moment, détourné les yeux quand ça devenait trop dur. »
Jean-Édouard Lipa, avec qui elle avait partagé la fameuse scène de la piscine, a réagi plus brièvement : « C’est toujours triste de voir partir quelqu’un trop tôt… rip », rapporte 20 Minutes. Les deux n’étaient plus en bons termes depuis la fin de l’émission, Loana lui reprochant de s’être servi d’elle pour augmenter sa propre popularité.
La série « Culte », diffusée en 2024, avait tenté de remettre l’histoire de « Loft Story » en perspective en présentant Loana comme la victime d’un engrenage médiatique incontrôlable, souligne 20 Minutes. La fiction s’était voulue réparatrice. Mais entre la réhabilitation sur un écran et la réalité d’un appartement niçois dont la porte restait close pendant des jours, le fossé n’a jamais été comblé.
Un engrenage qui dépasse le cas Loana
Le parcours de Loana Petrucciani n’est pas un cas isolé. Depuis le début des années 2000, plusieurs anciens candidats de téléréalité ont connu des destins tragiques, en France comme à l’étranger. Au Royaume-Uni, la mort de participants de « Love Island » a provoqué un débat national sur l’accompagnement post-émission, poussant les producteurs à mettre en place un suivi psychologique obligatoire.
En France, le cadre a évolué au fil des décisions de justice et des recommandations du CSA, devenu l’Arcom. Les participants bénéficient désormais de contrats de travail, et certaines chaînes proposent un accompagnement psychologique. Mais ces avancées sont arrivées des années après « Loft Story ». Loana n’en a jamais profité.
Laure de Lattre résume la trajectoire en une phrase, livrée au Parisien : « Je trouve ça vraiment bouleversant de voir à quel point un système peut détruire une jolie personne. »
Le procureur de Nice n’a pour l’instant donné aucune indication sur les circonstances exactes du décès. Les résultats de l’autopsie sont attendus dans les jours qui viennent.