Deux motions de censure en une seule journée. Le RN et LFI ont chacun déposé le leur ce lundi 23 février à l’Assemblée nationale, ciblant la même cible : la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) de Sébastien Lecornu, publiée par décret le 12 février. Un texte qui engage l’avenir énergétique de la France jusqu’en 2035, et qui visiblement ne plaît pas à grand monde aux extrêmes.

Le document qui a mis le feu aux poudres

Trois ans d’attente. La PPE se faisait désirer depuis 2023, repoussée d’élection en élection, de crise gouvernementale en crise gouvernementale. Le 12 février, Sébastien Lecornu en a finalement signé le décret de publication au Journal officiel, lors d’un déplacement dans le Jura. Au menu : six réacteurs nucléaires de nouvelle génération (type EPR) inscrits au programme, huit autres en option, et des investissements dans l’éolien en mer, le solaire et la géothermie.

Le problème, c’est la méthode. Décret. Sans vote du Parlement. Sans débat en séance. Pour une décision qui engage le pays pendant dix ans, ça passe mal, rapporte BFM TV. Et apparemment, ça passe très mal à droite comme à gauche.

Deux drapeaux différents, le même geste

Marine Le Pen avait prévenu début février : si d’autres groupes ne déposaient pas de motion de censure, le RN le ferait. Promesse tenue. Ce lundi matin, le groupe RN a officiellement déposé sa motion, confirmant une information de l’AFP. La présidente du groupe au Palais-Bourbon attaque sur deux fronts : la forme d’abord, dénonçant un « acte illibéral contre le Parlement » ; le fond ensuite, critiquant une « politique décroissante qui accélère les énergies intermittentes » et qui « ment sur le nucléaire ».

Quelques heures plus tard, c’est Mathilde Panot qui annonçait la même chose pour LFI. La cheffe de file des députés insoumis a fustigé ce qu’elle appelle le « 49.3 de la programmation pluriannuelle de l’énergie », estimant qu’il était « inacceptable que de telles décisions qui engagent notre pays pour des décennies soient prises par décret ». Même logique procédurale, angle franchement différent : pour LFI, c’est trop de nucléaire et pas assez d’ambition sur les renouvelables.

Bref, la droite reproche à Lecornu de ne pas aller assez loin dans le nucléaire. La gauche radicale lui reproche d’y aller trop fort. Difficile de faire plaisir à tout le monde.

Le PS ne suivra pas

La motion de censure peut-elle renverser le gouvernement ? Pour cela, il faudrait réunir une majorité absolue de 289 voix à l’Assemblée. Et là, le calcul ne tient pas. Les socialistes ont fermé la porte dès ce lundi matin. Jérôme Guedj, député PS de l’Essonne et candidat déclaré à la présidentielle 2027, a annoncé sur BFM TV que son groupe « ne votera pas » la censure. La PPE est « pas idéale, mais pas infamante », selon lui. « On a négocié avec ce gouvernement pour offrir un peu de stabilité au pays, pas pour avoir du chaos à tous les étages », a-t-il ajouté.

Sans le PS, le RN et LFI n’auront pas les chiffres. La motion de censure sera donc vraisemblablement rejetée lors du vote, qui interviendra dans les prochains jours selon les règles constitutionnelles. Reste que le signal politique est là : deux groupes d’opposition, venus d’horizons diamétralement opposés, se retrouvent à tirer sur la même décision. Pour Lecornu, c’est une victoire tactique sur la forme, mais une usure politique qui continue sur le fond.

Et avec les municipales du 15 mars qui approchent, chaque crise à l’Assemblée devient aussi un morceau d’une campagne nationale qui ne dit pas encore son nom.