Pas de vaches, pas d’égérie, et des halls à moitié vides. Le Salon international de l’agriculture 2026 ouvre ses portes ce samedi à Paris dans un climat que personne n’avait vu depuis plus de soixante ans.
Un salon sans bovins, du jamais vu depuis 1964
Pour la première fois depuis 1964, aucun bovin ne foulera les allées de la Porte de Versailles. La raison ? La dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie qui frappe les troupeaux français depuis plusieurs mois. Les autorités sanitaires avaient pourtant donné leur feu vert, avec un protocole renforcé pour encadrer le transport des animaux. Mais les éleveurs ont tranché : trop risqué. Même ceux situés en zones indemnes ont refusé de venir, par solidarité avec les exploitations touchées, rapporte Pleinchamp.
Résultat : Biguine, la vache Brahman venue de Martinique qui devait être l’égérie de cette édition, restera chez elle. L’affiche du Salon a dû être modifiée dans l’urgence.
La Confédération paysanne monte son propre salon
Le boycott ne se limite pas aux éleveurs bovins. La Chambre d’agriculture des Ardennes a annoncé qu’elle ne serait pas présente, et l’Organisme de sélection du mouton Charollais a lui aussi renoncé, selon La Dépêche. Un geste de solidarité, mais aussi un signal politique envoyé aux pouvoirs publics.
La Confédération paysanne, elle, pousse le curseur encore plus loin. Du 10 février au 3 mars, le syndicat organise « Le Salon à la ferme » un peu partout en France. En Ariège, deux exploitations ont ouvert leurs portes les 20 et 21 février : visite de troupeaux, débat sur le foncier, marché de producteurs et repas paysan. Le principe est simple : rapprocher citoyens et agriculteurs sans passer par la case parisienne.
Derrière le boycott, une colère qui couve
Faut-il y voir un coup de com’ ? Pas vraiment. La grogne dépasse largement la question sanitaire. Signature du Mercosur, prix d’achat jugés trop bas, normes environnementales perçues comme asphyxiantes : les griefs s’accumulent depuis des mois. Beaucoup d’agriculteurs considèrent que l’État n’a pas géré la crise de la DNC à la hauteur.
Jérôme Despey, président du SIA et du CENECA, regrette ces défections. « Quel est l’intérêt de boycotter notre propre salon ? », s’interroge-t-il auprès de Pleinchamp. « En ces temps de crise, on a besoin d’être soutenus. »
Un rendez-vous sous haute tension
Le Salon reste maintenu, avec ses autres filières (ovins, caprins, équins, volailles). Mais l’ambiance promet d’être lourde. L’an dernier, Emmanuel Macron avait été copieusement hué à son arrivée. Cette année, la question est de savoir si les politiques oseront encore faire le déplacement, et ce qu’ils y trouveront. Une chose est sûre : le monde agricole n’a pas fini de hausser le ton.