40 chefs d’accusation, dont quatre viols. Mercredi 18 mars, dans un tribunal d’Oslo, le procureur Sturla Henriksbo a requis sept ans et sept mois de prison contre Marius Borg Hoiby, 29 ans, fils aîné de la princesse héritière de Norvège. Le réquisitoire tombe au terme d’un procès de sept semaines qui a captivé le pays. Et il tombe au pire moment pour la famille royale, rattrapée en parallèle par les fichiers Epstein.

Des faits qui courent sur six ans

Hoiby n’est pas un prince. Né d’une relation antérieure de Mette-Marit, avant son mariage avec le prince héritier Haakon, il ne porte aucun titre officiel et n’exerce aucune fonction au sein de la monarchie. Mais son lien avec la couronne norvégienne place chaque audience sous les projecteurs.

Les faits reprochés s’étalent entre 2018 et 2024, selon l’acte d’accusation. Quatre femmes l’accusent de viol, certaines déclarant qu’elles dormaient ou étaient inconscientes au moment des faits. Le parquet soutient qu’il aurait filmé certains actes. S’ajoutent des violences conjugales répétées sur plusieurs ex-compagnes, le transport de 3,5 kilos de marijuana, des menaces de mort et des infractions au code de la route, rapporte l’agence AFP.

Devant le tribunal, l’accusé a contesté les charges les plus graves. Il a reconnu certains délits mineurs et invoqué des « troubles mentaux » ainsi qu’une longue « dépendance à des substances », selon Deutsche Welle. Il a aussi répété qu’il ne se souvenait pas clairement de nombreux épisodes. L’accusation a retourné cet argument : les témoignages des victimes sont plus crédibles que des trous de mémoire systématiques, ont plaidé les procureurs.

Sur les 40 chefs d’accusation, le parquet réclame une condamnation pour 39, ne demandant l’acquittement que pour une violation jugée accidentelle d’une interdiction de contact. Il demande également une ordonnance de non-approche de deux ans envers une ancienne compagne. Le maximum encouru pour l’ensemble des charges atteint 16 ans de prison.

Libre dimanche, arrêté dimanche

La trajectoire judiciaire d’Hoiby ressemble à un engrenage. Interpellé à plusieurs reprises en 2024 pour divers délits, il est mis en examen en août 2025 pour les 38 chefs d’accusation initiaux. Malgré la gravité des charges, il attend son procès en liberté.

Puis dimanche, trois jours avant le réquisitoire, la police l’interpelle à nouveau. Cette fois pour de nouvelles allégations : agression, menaces avec un couteau et violation d’une mesure d’éloignement, rapporte DW. Ces faits récents ne font pas partie du procès en cours. Mais un juge d’Oslo a autorisé lundi son maintien en détention pour quatre semaines, invoquant un risque de récidive. Les 63 jours déjà passés en détention provisoire pourraient être déduits d’une éventuelle peine, a précisé le parquet.

« Il n’est pas un monstre »

Le réquisitoire du procureur Henriksbo s’est voulu à la fois ferme et mesuré. « Le viol peut laisser des cicatrices durables et détruire des vies. Cela peut marquer une victime à vie », a-t-il déclaré, cité par DW. Il a décrit Hoiby comme « une personne qui pense pouvoir faire ce qu’elle veut », avant d’ajouter : « Marius Borg Hoiby n’est pas un monstre. Aucun d’entre nous ne l’est. Nous sommes tous des êtres humains, avec de bons et de mauvais côtés. Il ne doit pas être jugé pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il a fait. »

Il a aussi martelé que le prévenu ne serait « ni traité plus clément ni plus sévèrement en raison de sa famille ». Une phrase qui résonne dans un pays où la monarchie jouit d’une popularité rare en Europe, construite sur une image de proximité et de simplicité.

Mette-Marit et Epstein : les mille mentions

Pendant que son fils comparaît, la princesse héritière fait face à un autre front. Vendredi dernier, la dernière vague de fichiers Epstein a révélé que son nom apparaissait plus de mille fois dans les documents du financier américain condamné pour exploitation sexuelle de mineures.

Les messages, échangés entre 2011 et 2014 et relayés par la presse norvégienne, dessinent une relation d’une familiarité déconcertante. Dans l’un d’eux, la princesse demande à Epstein s’il est « inapproprié pour une mère de suggérer deux femmes nues portant une planche de surf » comme décoration pour la chambre de son fils de 15 ans, rapporte DW. Dans un autre, alors qu’Epstein se dit à la « recherche d’une épouse » à Paris, Mette-Marit répond que la capitale française est « bonne pour l’adultère » et que les « Scandinaves font de meilleures épouses ».

Un échange de 2011 pose une question plus gênante encore. La princesse confie avoir « googlé » le nom d’Epstein et que « ça n’avait pas l’air très bon », accompagnant le message d’un emoji souriant. Epstein avait pourtant plaidé coupable en 2008 pour sollicitation d’une mineure à des fins de prostitution. En 2013, cinq ans après cette condamnation, Mette-Marit a séjourné quatre jours dans sa résidence de Floride.

Le palais royal a transmis à l’AFP une déclaration dans laquelle elle dit assumer « la responsabilité de ne pas avoir vérifié le passé d’Epstein plus attentivement et de ne pas avoir compris assez vite quel genre de personne il était ». Le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre a déclaré qu’il « partageait l’avis » que la princesse avait fait preuve d’un « mauvais jugement ».

La question que la Norvège n’ose plus éviter

Le roi Harald V a 88 ans. Quand son fils Haakon montera sur le trône, Mette-Marit deviendra reine consort. Plusieurs journaux norvégiens posent désormais ouvertement la question : après les fichiers Epstein et le procès de son fils, en est-elle encore capable ? Le palais a fait savoir que le prince et la princesse héritiers n’assisteraient pas au procès et ne le commenteraient pas.

La monarchie norvégienne, habituellement discrète et populaire, traverse une séquence sans précédent. Le procès de Hoiby se termine jeudi 19 mars. Le verdict sera rendu dans les semaines suivantes. Les nouvelles charges liées à son arrestation de dimanche, elles, feront l’objet d’une procédure séparée.