Samedi à l’aube, une caméra de surveillance a filmé un individu déposant un engin explosif devant une école juive d’Amsterdam. Le souffle a endommagé la façade sans faire de blessé. Mais cette attaque n’est pas isolée : en sept jours, trois lieux de culte et d’enseignement juifs ont été visés dans trois villes européennes. Deux aux Pays-Bas, un en Belgique. Tous depuis que les bombes américaines et israéliennes tombent sur l’Iran.

Amsterdam : un suspect filmé, aucune interpellation

L’explosion s’est produite dans la nuit de vendredi à samedi devant une école juive du centre d’Amsterdam. La police dispose des images de vidéosurveillance montrant une personne en train de poser l’engin. En milieu de matinée, aucune interpellation n’avait été annoncée.

Femke Halsema, bourgmestre d’Amsterdam, a réagi sans attendre les conclusions de l’enquête. « C’est un acte lâche d’agression contre la communauté juive », a-t-elle déclaré. Et d’ajouter : « Les Juifs d’Amsterdam sont de plus en plus confrontés à l’antisémitisme. C’est inacceptable. » Les dégâts matériels restent limités, l’école étant fermée au moment des faits. Mais la ville a immédiatement renforcé les dispositifs de sécurité autour des écoles, synagogues et centres communautaires juifs.

L’attaque survient vingt-quatre heures après un autre incident, cette fois à Rotterdam. Dans la nuit de jeudi à vendredi, un incendie s’est déclaré vers 3h40 dans une synagogue de la ville portuaire. « Le feu a brûlé un court moment avant de s’éteindre seul », ont précisé les autorités néerlandaises. La police enquête sur un possible acte criminel à caractère antisémite.

Liège, une synagogue centenaire soufflée à 4 heures du matin

Le lundi précédent, le 10 mars, la séquence avait débuté à Liège. Vers quatre heures du matin, une explosion a projeté les vitraux de la synagogue à travers la rue, endommageant aussi les façades des immeubles voisins. L’édifice, inauguré en 1899, est classé monument historique en Wallonie. Il abrite aussi un musée retraçant l’histoire de la communauté juive liégeoise.

Le parquet fédéral belge a ouvert une enquête antiterroriste. Une vidéo de revendication, potentiellement liée à la mouvance jihadiste, est en cours d’analyse par les services de renseignement. Le maire de Liège, Willy Demeyer, a condamné « un acte extrêmement violent d’antisémitisme » et a tenu à préciser : « Il ne peut être question d’importer des conflits extérieurs dans notre ville. »

Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a dénoncé l’attaque sur le réseau social X : « L’antisémitisme est une attaque contre nos valeurs et notre société. Nous sommes solidaires de la communauté juive de Liège et de tout le pays. » Le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, a annoncé un renforcement des mesures de protection autour de tous les sites similaires sur le territoire. Yves Oschinsky, président du Comité des organisations juives de Belgique, a jugé l’attentat « extrêmement inquiétant ».

Le conflit iranien comme accélérateur

Ces trois actes surviennent sur fond de tension extrême. Depuis le lancement de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran fin février, les actes hostiles envers les institutions juives se multiplient sur plusieurs continents. Jeudi, aux États-Unis, un homme a foncé en camion sur la synagogue Temple Israel de West Bloomfield, dans la banlieue de Detroit. Le conducteur, un citoyen américain d’origine libanaise selon la police du comté d’Oakland, a été abattu par les agents de sécurité. La synagogue, qui compte plus de 12 000 membres, abrite un centre d’accueil pour jeunes enfants. Aucun fidèle ni enfant n’a été blessé.

Le schéma se répète : des lieux de vie communautaire, frappés aux heures creuses, souvent la nuit. Le lien avec le conflit moyen-oriental est revendiqué (comme à Liège) ou implicite (comme à Amsterdam, où la maire le mentionne sans ambiguïté). Selon les données du FBI citées par Deutsche Welle, les crimes de haine à motivation religieuse ciblant les personnes juives représentaient déjà près de deux tiers des incidents de ce type aux États-Unis au cours des deux dernières années, avant même le début de la guerre.

Israël prône la discrétion, l’Europe patrouille

Face à cette multiplication des incidents, le Conseil national de sécurité israélien a émis une consigne rare : les ressortissants israéliens à l’étranger sont invités à éviter les événements et les sites identifiés comme juifs ou israéliens, et à garder leurs symboles religieux « discrets ». Une recommandation qui traduit le niveau d’alerte perçu à Jérusalem.

Aux Pays-Bas, les mesures de protection avaient déjà été relevées après l’incendie de Rotterdam. L’explosion d’Amsterdam a contraint les autorités à monter d’un cran supplémentaire. En Belgique, la Sûreté de l’État coordonne avec les polices locales le renforcement de la surveillance depuis l’attentat de Liège.

La France observe la séquence de près. Avec environ 450 000 personnes, le pays abrite la plus importante communauté juive d’Europe. Le dispositif Sentinelle, renforcé depuis le début du conflit iranien, prévoit des patrouilles devant les lieux de culte et les écoles confessionnelles. Le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) avait mesuré, fin 2023, une hausse considérable des actes antisémites dans la foulée des attaques du 7 octobre en Israël. Le conflit actuel au Moyen-Orient pourrait amplifier cette dynamique, même si aucune attaque comparable à celles d’Amsterdam ou Liège n’a été signalée sur le sol français à ce stade.

Enquêtes en cours, sommet européen en vue

La police néerlandaise poursuit activement l’identification du suspect filmé devant l’école juive d’Amsterdam. En Belgique, les résultats de l’analyse de la vidéo de revendication sont attendus dans les prochains jours. Le Conseil de l’Union européenne doit aborder le renforcement de la protection des lieux de culte lors de sa prochaine session, le 24 mars. Entre-temps, les communautés juives d’Europe vivent sous une pression que la guerre au Moyen-Orient ne cesse d’alourdir.