Vingt-huit centimes de plus en trente-trois jours. Le SP95-E10, carburant le plus vendu en France, a franchi ce mercredi 1er avril la barre des 2 euros le litre, selon les données de 7 289 stations-service compilées par l’AFP. Le gazole, lui, a déjà pulvérisé son record absolu : 2,243 euros le litre en moyenne nationale, du jamais-vu depuis le début des relevés gouvernementaux en 1985.

Le gazole bat un record vieux de quatre ans

Tout a basculé le 27 février 2026. La veille des premières frappes israélo-américaines sur l’Iran, le SP95-E10 s’affichait à 1,72 euro le litre. En cinq semaines, il a grimpé de 16,26 %. Le gazole a suivi une trajectoire encore plus brutale : +30 % sur la même période, avec un bond de 5,8 centimes sur la seule journée du 30 mars, selon les relevés de prix-carburant.eu.

Pour l’essence, le record historique de l’été 2022 (environ 2,13 euros le litre, dans le sillage de l’invasion russe de l’Ukraine) n’est pas encore tombé. Mais pour le diesel, c’est fait. La moyenne hebdomadaire a atteint 2,1888 euro le litre en fin de semaine dernière, rapporte BFM TV, effaçant le plafond de la crise ukrainienne. En données quotidiennes, le compteur affiche 2,243 euros ce mardi matin.

Un plein à 112 euros, 25 euros de plus qu’en février

Les chiffres bruts masquent la réalité du budget des ménages. Un plein de 50 litres de gazole coûte désormais 112 euros en moyenne. Il y a un mois, la facture se limitait à 87 euros, soit 25 euros de différence. Sur un an, la hausse atteint 59,5 centimes par litre, ce qui représente près de 30 euros supplémentaires par plein.

Pour un conducteur qui fait le plein toutes les semaines, la note annuelle grimpe d’environ 1 300 euros par rapport à mars 2025. Les artisans, chauffeurs de taxi et agriculteurs, très dépendants du diesel, encaissent un choc plus violent encore. Selon France Info, l’inflation a rebondi à 1,7 % en mars sur un an, portée en grande partie par la flambée des carburants, d’après les chiffres de l’INSEE.

Le Brent entre 100 et 115 dollars, le détroit d’Ormuz au centre du jeu

Derrière la pompe, il y a le baril. Le Brent, référence européenne du pétrole brut, a oscillé entre 100 et 115 dollars ces deux dernières semaines, avec un pic à 115,60 dollars le 30 mars, selon les données de prix-carburant.eu. Le cours s’est replié à 104 dollars ce mardi, mais reste 50 % au-dessus de son niveau d’avant le conflit, rapporte Reuters.

Le noeud du problème s’appelle le détroit d’Ormuz. Ce goulet de 39 kilomètres, entre l’Iran et Oman, voit transiter près d’un cinquième du pétrole mondial. Depuis le début des hostilités, le trafic y est perturbé, privant les marchés de millions de barils quotidiens. Le PDG de Shell, Wael Sawan, a prévenu dans l’Economic Times que l’Europe pourrait connaître des pénuries de carburant « d’ici quelques semaines » si les flux ne reprennent pas.

2022 vs 2026 : même choc, réponse différente

En 2022, face à l’envolée des prix après l’invasion de l’Ukraine, le gouvernement avait débloqué une remise à la pompe de 18 centimes par litre (portée ensuite à 30 centimes), pour un coût total de plus de 7 milliards d’euros sur l’année, selon la Cour des comptes. Cette fois, la réponse est radicalement différente.

Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, a assuré mercredi sur TF1 qu’il n’existait « aucun risque de rupture d’approvisionnement », tout en reconnaissant que « moins de 10 % des stations » connaissaient une rupture totale ou partielle. Sur la fiscalité, la ligne est claire : pas de baisse. Le déficit budgétaire, maintenu à 5 % du PIB, ne laisse plus de marge. Le gouvernement a seulement concédé des aides ciblées de 70 millions d’euros par mois pour la pêche, l’agriculture et les transports, rapporte Midi Libre.

En Allemagne, la ministre de l’Économie Katherina Reiche a été plus directe : des pénuries pourraient survenir « dès fin avril ou mai » si la crise persiste, selon l’Economic Times. Berlin explore des importations supplémentaires de gaz naturel liquéfié par tanker pour diversifier ses sources.

Scénario noir : le baril à 150 dollars

Les marchés n’excluent plus le pire. Larry Fink, patron de BlackRock, premier gestionnaire d’actifs au monde, a esquissé deux trajectoires possibles. Scénario optimiste : le conflit se résout rapidement, le pétrole redescend vers 70 dollars le baril. Scénario sombre : les perturbations durent, le baril dépasse 150 dollars, provoquant un ralentissement économique mondial.

Le kérosène a déjà doublé de prix depuis le début du conflit, signe que le choc pétrolier se propage à toute la chaîne énergétique. Le diesel européen risque d’être le prochain maillon sous tension, suivi par l’essence à mesure que la demande estivale augmentera de part et d’autre de l’Atlantique.

Ce qui se joue dans les prochaines semaines

Le gouvernement français a convoqué une réunion interministérielle ce mercredi pour évaluer la situation. Sébastien Lecornu, Premier ministre, doit y faire un point sur l’approvisionnement et les mesures de soutien aux secteurs les plus exposés. Les professionnels du transport, qui avaient menacé de bloquer les axes routiers en cas de diesel durablement au-dessus de 2 euros, observent pour l’instant.

L’équation est simple : tant que le détroit d’Ormuz restera sous tension, les prix à la pompe n’ont aucune raison de baisser. La prochaine étape à surveiller est la barre des 2,13 euros pour le SP95-E10, le record absolu de 2022. Au rythme actuel, elle pourrait tomber avant la mi-avril.