212 000 voitures en France, 700 000 dans le monde. Le groupe Stellantis a déclenché mercredi 1er avril une campagne de rappel massive visant huit de ses marques pour un risque d’incendie sous le capot. Le moteur pointé du doigt est le successeur du célèbre 1.2 PureTech, celui-là même qui devait tourner la page des ennuis mécaniques du groupe.

Un arc électrique à l’origine du danger

Le problème ne vient pas du moteur à proprement parler, mais de ce qui l’entoure. Sur les versions hybrides légères 48 volts du trois-cylindres 1.2 turbo-essence, un conduit du filtre à particules passe trop près du capuchon de protection d’une borne du système électrique. Quand l’humidité s’infiltre dans le compartiment moteur, le contact entre ces deux pièces peut provoquer un arc électrique. Résultat : surchauffe, puis potentiellement un départ de feu.

Stellantis a recensé 36 incidents liés à ce défaut dans le monde, dont 12 débuts d’incendie. Aucun blessé n’a été signalé à ce stade, mais l’ampleur du risque justifie l’opération : c’est l’un des plus gros rappels du groupe depuis sa création en 2021.

120 000 Peugeot sur les 212 000 véhicules français

En France, 211 725 véhicules produits entre 2023 et 2026 sont concernés. Plus de la moitié portent le logo Peugeot, avec environ 120 000 unités. La liste des modèles couvre les citadines et SUV compacts les plus vendus du groupe : Peugeot 208 et 2008, Citroën C3, C3 Aircross, C4 et C4 X, DS 3, Opel Corsa, Mokka et Frontera, Jeep Avenger, Fiat 600 et Grande Panda, Alfa Romeo Junior, Lancia Ypsilon.

Seules les motorisations hybrides 48 volts (110 et 145 chevaux) sont visées. Les SUV plus grands du groupe, comme les Peugeot 3008, 5008 ou le Citroën C5 Aircross, échappent à cette campagne.

Hors de France, le rappel touche plus de 50 000 véhicules en Allemagne, 22 000 en Belgique et 19 000 aux Pays-Bas, selon les autorités locales et l’agence Belga. L’Autorité allemande de l’automobile (KBA) est la première à avoir publié l’alerte.

Le PureTech, un moteur maudit qui refuse de tourner la page

Le 1.2 PureTech a longtemps été le moteur le plus diffusé chez Peugeot et Citroën. Il a aussi été le plus problématique. Depuis 2020, les rappels se sont enchaînés : courroie de distribution à bain d’huile qui casse prématurément, surconsommation d’huile anormale, et des dizaines de milliers de propriétaires contraints de passer au garage. Les moteurs produits entre 2012 et 2023 ont fait l’objet de prises en charge successives.

Pour tourner la page, Stellantis a développé un successeur : un trois-cylindres turbo-essence à chaîne de distribution, dont 70 % des composants sont neufs par rapport à l’ancien bloc. Ce moteur, couplé à un système d’hybridation légère 48 volts, devait incarner le renouveau mécanique du groupe. Cinq mois après les premières livraisons massives, le voilà déjà rattrapé par un rappel.

30 minutes au garage, sans frais

La correction reste simple sur le papier. Les techniciens remplaceront le capuchon de protection de la borne 48 volts pour améliorer l’isolation, puis vérifieront l’espacement entre les composants. Stellantis annonce une intervention de 30 minutes, entièrement prise en charge.

Les propriétaires concernés seront contactés par courrier dans les prochaines semaines. Pour les plus pressés, plusieurs marques du groupe proposent des outils en ligne. Chez Citroën, par exemple, une page dédiée permet de renseigner son numéro de série (VIN) pour vérifier si le véhicule fait partie de la campagne. Le VIN figure sur la carte grise ou à la base du pare-brise, côté conducteur.

Un timing désastreux pour un groupe en pleine convalescence

Ce rappel tombe au pire moment pour Stellantis. En février, le groupe a affiché une perte nette de 22,3 milliards d’euros pour l’exercice 2025, la deuxième plus lourde jamais enregistrée par un groupe français, selon France 24. Le constructeur est en plein « reset » stratégique, avec un recentrage sur les attentes clients et une refonte de sa gamme. Annoncer un rappel massif sur le moteur censé incarner le renouveau n’aide pas à restaurer la confiance.

Stellantis n’est pas le seul constructeur à multiplier les rappels en 2026. La semaine dernière, Volkswagen a rappelé 100 000 voitures électriques pour des problèmes de batterie, rapporte le NL Times. En février, BMW avait déjà rappelé des centaines de milliers de véhicules pour risque d’incendie, selon la même source. Mais chez Stellantis, la récurrence du sujet sur un même type de moteur crée un problème de crédibilité particulier.

Ce que les automobilistes doivent faire maintenant

Si vous roulez en Peugeot 208, 2008, Citroën C3, Opel Corsa ou tout autre modèle de la liste équipé du moteur hybride 48 volts, trois vérifications s’imposent. Première étape : contrôler votre boîte aux lettres dans les semaines qui viennent. Deuxième option : vérifier en ligne avec votre numéro VIN sur le site de votre constructeur. Troisième réflexe : contacter votre concessionnaire si vous constatez une odeur de brûlé ou un voyant moteur inhabituel.

Le calendrier précis des convocations n’a pas été communiqué. Stellantis assure que l’ensemble des propriétaires seront contactés, mais avec 212 000 véhicules rien qu’en France, le processus prendra plusieurs semaines. Pour les modèles les plus récents, encore couverts par la garantie constructeur, l’intervention sera traitée en priorité, précise Le Blog Auto.