68,4 millions de dollars en vingt-quatre heures, 315 000 spectateurs en France sur la seule journée du 1er avril. Super Mario Galaxy Le Film vient de signer le plus gros démarrage de 2026, toutes catégories confondues. Le problème, c’est que la presse le descend.
Un premier jour qui bat le premier Mario
Le chiffre global tombe comme un coup de champignon doré. Selon Deadline, le deuxième film Nintendo/Illumination a engrangé 34,5 millions de dollars aux Etats-Unis et 33,9 millions à l’international sur son premier jour d’exploitation. C’est le meilleur mercredi d’avril de l’histoire du box-office américain, devant les 31,7 millions de son prédécesseur en 2023.
En France, les données de Box Office Pro confirment l’ampleur du phénomène. Le film a été projeté dans environ 4 200 séances le 1er avril, un record national pour une nouveauté, devant Avatar : La Voie de l’eau (4 000 séances à son lancement). La moyenne par séance atteint 75 entrées, un ratio qui placerait n’importe quel film en territoire de carton plein.
Le Mexique a battu le record historique d’Universal avec 6,7 millions de dollars. L’Allemagne a enregistré son plus gros lancement animé de tous les temps (3,8 millions). L’Espagne n’a fait mieux que pour Twilight et Vice-versa 2. Au Royaume-Uni, les 4,3 millions de dollars représentent la deuxième meilleure journée de prévisionnement pour un film d’animation.
45 % sur Rotten Tomatoes, A- chez les spectateurs
Voici le paradoxe le plus spectaculaire du cinéma en 2026. Sur Rotten Tomatoes, la note critique tourne autour de 41 %, avec un score Metacritic de 37 sur 100. Le premier film avait décroché 59 % et 46. La chute est vertigineuse.
IGN France parle d’un objet « paradoxalement rempli à ras bord et vide à la fois », note le film 6 sur 10 et le qualifie de « let’s play » plutôt que de « bout de fiction ». Numerama va plus loin : « une superbe publicité, mais certainement pas un film ». Les reproches reviennent en boucle dans la presse spécialisée : scénario trop mince, avalanche de clins d’oeil, personnages secondaires expédiés.
Les spectateurs, eux, votent avec leurs pieds et leurs portefeuilles. Le CinemaScore, ce sondage américain réalisé à chaud en sortie de salle, donne un solide A-. Sur Allociné, la note spectateurs grimpe à 3,9 sur 5. Sur le Popcornmeter de Rotten Tomatoes, le score vérifié atteint 95 %. Le fossé entre la critique et le public n’a jamais été aussi large pour un film d’animation.
Le modèle Nintendo : le cinéma comme produit dérivé
Pour comprendre ce décalage, il faut regarder au-delà du générique. Nintendo ne produit pas des films au sens classique du terme. Le studio japonais conçoit des expériences qui prolongent ses univers de jeu. Le premier Super Mario Bros. Le Film avait rapporté 1,36 milliard de dollars dans le monde, et dans la foulée, les ventes de Mario Kart 8 Deluxe et des jeux de plateforme sur Switch avaient bondi.
Super Mario Galaxy pousse cette logique plus loin. Le scénario croise Mario, Luigi et Bowser Jr. avec Fox McCloud, le héros de la saga Star Fox. Glen Powell prête sa voix au personnage. Benny Safdie incarne Bowser Jr., Donald Glover donne vie à Yoshi, Brie Larson est la princesse Rosalina. Chaque personnage ajouté est une licence supplémentaire dans l’écosystème Nintendo.
Le film fonctionne comme une vitrine géante où chaque clin d’oeil vend un jeu, une figurine, un parc d’attractions. C’est ce que la critique reproche, et c’est précisément ce que le public adore. Les familles ne viennent pas chercher un chef-d’oeuvre d’écriture. Elles viennent retrouver un univers qu’elles connaissent depuis trois décennies.
350 millions visés sur le premier week-end mondial
Les projections compilées par les analystes de l’industrie évoquent 128 millions de dollars sur trois jours et 186 millions sur cinq jours en Amérique du Nord, auxquels s’ajouteraient 175 millions à l’international. Le total du premier week-end mondial tournerait autour de 350 millions de dollars, légèrement en dessous des 387,8 millions du premier film, mais très au-dessus de tout ce qui est sorti en 2026.
Le film n’est pas encore sorti au Japon, en Corée du Sud, en Pologne ni en Israël. Le Japon, à lui seul, avait généré plus de 101 millions de dollars pour le premier volet, ce qui en avait fait le plus gros succès d’Universal dans le pays. La Chine, elle, n’aura droit qu’à un week-end de trois jours contre cinq pour le premier opus.
Si la courbe de fréquentation suit celle de 2023, les vacances de printemps en France (la zone A démarre dès ce samedi 5 avril) pourraient propulser le cumul national bien au-delà des 7,3 millions d’entrées du premier Mario. Le bouche-à-oreille, porté par les retours spectateurs enthousiastes, reste le meilleur atout du film.
Zelda en 2027, Donkey Kong en 2028, Smash Bros. en embuscade
Nintendo ne compte pas s’arrêter. Un film live action The Legend of Zelda est déjà prévu pour 2027. Un spin-off Donkey Kong serait en préparation pour 2028. Jack Black, voix de Bowser, a laissé entendre qu’un troisième Mario pourrait sortir en 2029.
La présence de Fox McCloud dans Super Mario Galaxy n’est pas anodine. Elle ouvre la porte à un futur long-métrage estampillé Super Smash Bros., qui réunirait tous les personnages Nintendo dans un même film. Un projet de cette envergure ferait basculer la franchise dans le territoire des univers cinématographiques partagés, un domaine que seul Marvel a jusqu’ici réussi à monétiser massivement.
Pour l’instant, le verdict du public est sans appel. Mario peut se permettre des critiques assassines : tant que les salles sont pleines et que les consoles se vendent, Nintendo a trouvé une formule que ni Disney, ni Sony, ni Warner n’arrivent à reproduire. Le prochain test arrive le 6 avril, quand les chiffres du premier week-end complet tomberont. Les analystes surveillent la barre symbolique du milliard de dollars sur l’ensemble de la course en salle.