Dimanche matin, 2h38, heure de Paris. La télévision d’État iranienne confirme ce que Trump et Netanyahu affirmaient depuis la nuit précédente : le Guide suprême Ali Khamenei, 86 ans, est mort dans les frappes israélo-américaines. Un deuil national de quarante jours est aussitôt déclaré. Pendant que l’Iran porte son chef, Donald Trump annonce que les bombardements continueront « sans interruption tout au long de la semaine ».

Un démenti devenu confirmation

La mort de Khamenei avait d’abord été catégoriquement niée par les agences de presse iraniennes Tasnim et Mehr, qui assuraient encore samedi soir que le Guide restait « ferme et résolu à la tête des opérations ». Le retournement est total quelques heures plus tard. La chaîne officielle iranienne admet que Khamenei a été tué dans son bureau par les frappes conjointes. Reuters, citant un responsable israélien anonyme, avait pourtant localisé le corps dès samedi.

Donald Trump avait revendiqué son élimination samedi matin sur Truth Social : « Il n’a pas pu échapper à nos systèmes de renseignement et de ciblage ultra-sophistiqués, travaillant en étroite collaboration avec Israël. » Benjamin Netanyahu évoquait de son côté des « signes croissants » que Khamenei avait été tué. Ce retournement illustre la vitesse à laquelle les certitudes s’effondrent dans ce conflit : la mort d’un chef d’État et guide spirituel d’une nation de 87 millions de personnes, niée puis confirmée en moins de douze heures.

« Des frappes lourdes tout au long de la semaine »

La confirmation ne ralentit pas les opérations. Trump a promis sur Truth Social que des « bombardements lourds et ciblés » de l’Iran se poursuivraient « sans interruption tout au long de la semaine, ou aussi longtemps que nécessaire ». Franceinfo rapporte que le président américain a parallèlement mis en garde Téhéran contre toute nouvelle représaille, promettant une réponse « sans précédent » si l’Iran continuait à cibler des intérêts américains ou alliés dans la région.

Selon des sources israéliennes citées par Reuters, l’opération baptisée « Fureur épique » avait été planifiée des mois à l’avance, avec une date arrêtée plusieurs semaines avant le déclenchement. Netanyahu a revendiqué l’élimination de « commandants des Gardiens de la révolution et de responsables du programme nucléaire », sans mentionner les victimes civiles.

Le bilan humain provisoire, établi samedi soir par le Croissant-Rouge iranien et repris par Al Jazeera, s’établit à au moins 201 morts, répartis sur 24 provinces. Ce chiffre exclut les victimes dans les pays du Golfe touchés par la riposte iranienne. Parmi les faits les plus graves documentés : une frappe sur une école primaire à Minab, dans le sud de l’Iran, a tué 108 enfants selon les secours locaux. Deux autres élèves ont perdu la vie dans une école à l’est de Téhéran.

Dubaï, Bahreïn, Koweït : le feu se propage

La riposte iranienne a débordé largement les frontières d’Israël. Quatre pays du Golfe hébergeant des bases militaires américaines ont été frappés samedi. L’IRGC a affirmé que « l’ensemble des cibles militaires américaines et israéliennes au Moyen-Orient » avaient reçu des « coups puissants de missiles iraniens », et que l’opération « se poursuivrait sans relâche jusqu’à la défaite décisive de l’ennemi ».

À Dubaï, une explosion a secoué les Palm Islands, la célèbre île artificielle. L’office médiatique de Dubaï a confirmé un « incident » dans un immeuble de Palm Jumeirah, faisant état de quatre blessés. Des images diffusées sur les réseaux montraient une colonne de fumée au-dessus d’un hôtel de luxe touché. À Bahreïn, des missiles et des drones ont ciblé le siège de la 5e Flotte américaine à Manama. Des vidéos montraient ce qui ressemblait à un drone Shahed s’écrasant sur une tour d’appartements voisine, déclenchant un incendie. Le gouvernement bahreïni a dénoncé une « violation flagrante de la souveraineté du royaume ».

Au Koweït, la base aérienne d’Ali al-Salem a essuyé des tirs de missiles balistiques interceptés par la défense aérienne, tandis qu’un drone ciblait l’aéroport international, causant des dégâts matériels et de légères blessures à des employés. Au Qatar, un radar de détection longue portée dans le nord du pays a été touché, selon des sources proches d’Al Jazeera. L’Arabie saoudite affirme avoir repoussé des frappes sur Riyad et la région orientale. Des centaines de milliers de voyageurs se retrouvent bloqués ou détournés dans la région, les espaces aériens du Moyen-Orient fermant les uns après les autres, rapporte le Guardian.

Le vide du pouvoir à Téhéran

La mort de Khamenei ouvre une période d’incertitude sans précédent pour la République islamique. Le Guide suprême détient l’autorité ultime sur l’ensemble des institutions : armée, justice, politique étrangère. Sa disparition, dans le contexte d’une guerre active, est sans équivalent depuis la fondation du régime en 1979 par l’ayatollah Khomeini.

La politologue Barbara Slavin, chercheuse au Stimson Center de Washington, a indiqué à Al Jazeera qu’une procédure d’urgence avait été prévue. « Un conseil sera probablement mis en place pour diriger le pays. Il est possible qu’il soit déjà à l’oeuvre », a-t-elle précisé. La constitution iranienne prévoit que l’Assemblée des experts, composée de 88 religieux, se réunit pour élire un successeur dans les cinquante-six jours suivant le décès du Guide suprême. Aucune disposition ne couvre ce scénario en temps de guerre.

Trump a saisi l’occasion pour appeler à un changement de régime : « C’est la meilleure chance pour le peuple iranien de reprendre son pays en main », a-t-il écrit sur Truth Social, en appelant les Gardiens de la révolution à « fusionner pacifiquement avec les patriotes iraniens ».

Guterres, Macron, Oman : les voix du stop

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en séance d’urgence samedi. Le secrétaire général Antonio Guterres a déclaré regretter profondément qu’une « occasion de diplomatie ait été gaspillée ». « L’action militaire porte le risque d’allumer une chaîne d’événements que personne ne peut contrôler dans la région la plus volatile du monde », a-t-il averti, appelant à une « cessation immédiate des hostilités ». L’ambassadeur iranien à l’ONU, Amir Saeid Iravani, a qualifié les frappes de « crime de guerre et crime contre l’humanité ». L’ambassadeur américain Mike Waltz a répondu que l’opération était légale et motivée par la sécurité nucléaire mondiale.

Emmanuel Macron a réuni un conseil de défense à l’Élysée, se concentrant sur la situation des ressortissants français au Moyen-Orient. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont publié une déclaration commune condamnant les frappes iraniennes sur les pays voisins, tout en appelant à une reprise des négociations nucléaires. Oman, médiateur dans les pourparlers irano-américains interrompus par le déclenchement des hostilités, a averti Washington de ne pas « s’embourber davantage ». Le ministre des Affaires étrangères omanais Badr Albusaidi a jugé que la guerre « ne servirait pas les intérêts américains, ni ceux de la paix mondiale ».

Aux États-Unis, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes contre l’intervention militaire, rapporte le Guardian. La Chine, par la voix de son ambassadeur à l’ONU Fu Cong, a dit être « très préoccupée par l’escalade soudaine ». L’Assemblée des experts iranienne devra se réunir dans les semaines à venir pour désigner un successeur au Guide suprême, une tâche inédite dans un pays en guerre. Les prochaines frappes annoncées par Trump, la capacité de riposte iranienne et la tenue éventuelle d’une session d’urgence du Conseil de sécurité seront les indicateurs à surveiller dans les heures qui viennent.