Une tête de cochon plantée sur un portail, une affiche marquée d’une étoile de David et d’une insulte. Ce vendredi 28 février, le domicile du maire de Nice, Christian Estrosi, a été le théâtre d’un acte qui a provoqué une onde de choc bien au-delà des Alpes-Maritimes.

C’est l’hebdomadaire Le Point qui a révélé l’affaire en premier. Sur le portail de la résidence de l’élu Horizons, une tête de porc avait été accrochée, accompagnée d’une affichette montrant le visage du maire flanqué d’une étoile de David sur le front et du mot « Connard ». Au moment de la découverte, selon Christian Estrosi lui-même, « notre fille et sa nounou » se trouvaient à l’intérieur du domicile.

Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a confirmé l’ouverture d’une enquête pour « menaces et outrage envers une personne dépositaire de l’autorité publique » et « provocation à la haine et à la violence à raison de la religion », rapporte l’AFP, reprise par Le Monde et Ouest-France.

La famille du maire directement visée

Le maire sortant a partagé la photographie de la scène sur le réseau social X, avec ce commentaire : « Tout ce que je combats depuis toujours dans ma ville frappe aujourd’hui à ma porte. Abject. » Auprès du Point, il a confié que son épouse, de confession juive, était particulièrement « secouée ». « De toute évidence, la menace est aussi bien à mon encontre qu’à l’encontre de ma famille », a-t-il déclaré.

D’après les premiers éléments relayés par Le Point, les images de vidéosurveillance montreraient un individu seul à l’origine de l’acte. L’enquête, confiée aux services de police, devra déterminer ses motivations exactes.

Le préfet des Alpes-Maritimes a réagi sur X en condamnant « très fermement cet acte abject ». Il a assuré que « tout est mis en œuvre par les services de police pour rechercher, interpeller et mettre à la disposition de la justice, le plus rapidement possible, l’auteur ».

Ciotti soutient Estrosi malgré une campagne au vitriol

Fait notable dans le contexte politique local : Éric Ciotti, député UDR et principal adversaire d’Estrosi dans la course à la mairie, a exprimé son « soutien plein et entier » au maire sortant et à sa famille, rapporte Le Parisien. Dans un communiqué, il a dénoncé « une atteinte grave à la dignité humaine et une attaque directe contre les valeurs fondamentales de la République ».

Ce rapprochement momentané tranche avec la violence de la campagne municipale niçoise. Depuis plusieurs semaines, les échanges entre les équipes d’Estrosi et de Ciotti sont d’une rare intensité. Mi-février, le maire sortant avait dû brandir un certificat médical pour démentir des rumeurs le présentant comme atteint de la maladie de Parkinson, dénonçant alors « le jeu dégueulasse auquel certains se prêtent », selon Le Parisien.

140 % de hausse des actes antisémites en France

La découverte de cette tête de porc avec une étoile de David s’inscrit dans un climat national tendu. Les actes antisémites ont grimpé de 140 % en France sur l’année 2024, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) avait comptabilisé 1 676 actes antisémites cette année-là, contre 436 en 2022.

Christian Estrosi n’a jamais caché ses positions de soutien au gouvernement israélien. Après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, il avait accroché des drapeaux israéliens au fronton de la mairie de Nice. Le tribunal administratif l’avait contraint à les retirer en juin dernier, estimant cette initiative incompatible avec le principe de neutralité des bâtiments publics.

Auprès de Nice-Matin, le maire a réaffirmé sa détermination : « Je ne me laisserai pas intimider par qui que ce soit. Nous sommes dans un contexte national où l’on voit un antisémitisme qui a pris des proportions de plus en plus effrayantes. Je n’ai cessé de le combattre. »

Les élus locaux, cibles de plus en plus fréquentes

Les municipales des 15 et 22 mars se dérouleront dans un climat politique alourdi. À Nice, la bataille oppose plusieurs candidats de poids, et les coups bas se multiplient. Le département des Alpes-Maritimes a toujours été le terrain de campagnes musclées, mais cet épisode franchit un seuil. Menacer un élu à son domicile, devant sa famille, avec des symboles religieux détournés, relève du pénal.

Cette affaire repose la question de la sécurité des élus locaux en période électorale. En 2024, l’Association des maires de France avait recensé plus de 2 600 agressions, menaces ou incivilités visant des édiles sur le territoire, un chiffre en hausse constante depuis 2020.

Les résultats de l’enquête seront déterminants. Si l’acte est motivé par la campagne électorale, il pourrait constituer une infraction supplémentaire, passible de sanctions alourdies. Le premier tour des municipales se tient dans exactement quinze jours, les 15 et 22 mars.