Vendredi 27 février, vers 16 heures, un tramway de la ligne 9 a déraillé dans la rue Vittorio Veneto à Milan, tuant deux personnes et blessant 38 autres. La rame, bondée en pleine Fashion Week, circulait de la place de la République vers Porta Venezia lorsqu’elle a quitté les rails.
« L’impact a été dévastateur »
Le procureur de Milan, Marcello Viola, n’a pas mâché ses mots en arrivant sur les lieux. Le tramway jaune et blanc s’est retrouvé en travers de la chaussée, à quelques centaines de mètres du centre historique. Les pompiers ont distribué des couvertures de survie aux passagers sous le choc pendant que les ambulances évacuaient les blessés les plus graves.
Les deux victimes sont un Italien d’une soixantaine d’années, fauché par la rame au moment du déraillement, et un passager, immigré résidant à Milan, a précisé le maire Giuseppe Sala aux journalistes présents sur place, selon l’AFP. Les forces de l’ordre ont bouclé l’ensemble du quartier.
Le conducteur pointé du doigt
Les premiers éléments de l’enquête orientent les soupçons vers une erreur humaine. Selon plusieurs médias italiens repris par Le Monde, le conducteur n’aurait pas actionné un aiguillage. Plus troublant : la rame avait déjà dépassé le terminus de la ligne avant l’accident. « Il ne semble pas que ce soit un problème technique, mais que ce soit lié au conducteur », a déclaré le maire Giuseppe Sala.
Des témoins ont rapporté à l’agence ANSA que le tramway roulait vite au moment de l’accident. La vitesse maximale autorisée sur ce tronçon est de 50 km/h, mais les enquêteurs n’ont pas encore pu déterminer si cette limite avait été dépassée. « J’ai cru que c’était un tremblement de terre », a confié un passager à l’agence italienne. « J’étais assis et je me suis retrouvé par terre, avec les autres passagers. C’était terrible. »
Milan sous les projecteurs au pire moment
Le déraillement intervient dans un contexte particulier pour la capitale lombarde. Milan accueille en ce moment la Fashion Week, événement qui draine des dizaines de milliers de visiteurs internationaux. La ville vient aussi de tourner la page des Jeux olympiques d’hiver 2026, organisés avec Cortina d’Ampezzo. Deux vitrines mondiales qui placent Milan sous les projecteurs, et rendent cet accident d’autant plus embarrassant pour les autorités locales.
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a exprimé « ses plus sincères condoléances » aux familles des victimes.
Un réseau centenaire sous pression
Le tramway milanais est l’un des plus anciens et des plus étendus d’Europe. En service depuis 1881, le réseau couvre 157 kilomètres à travers la ville et compte 17 lignes, selon l’opérateur ATM (Azienda Trasporti Milanesi). Ses rames historiques, reconnaissables à leur silhouette arrondie et leur couleur jaune, sont devenues un symbole de la ville, au même titre que le Duomo.
Cette ancienneté a un revers. Le réseau mélange des infrastructures modernisées et des tronçons plus vétustes, où les aiguillages manuels coexistent avec des systèmes automatisés. La ligne 9, impliquée dans l’accident, dessert des quartiers denses du centre-ville, avec une fréquentation élevée aux heures de pointe.
Les accidents de tramway restent rares en Italie, mais pas sans précédent. En 2023, un tramway avait déraillé à Turin sans faire de victimes. À l’étranger, le déraillement de Croydon, dans la banlieue de Londres, avait fait sept morts en novembre 2016. L’enquête avait conclu que le conducteur s’était endormi.
Une enquête sous haute tension
Le parquet de Milan a ouvert une enquête. Les enregistrements de la boîte noire du tramway et les images de vidéosurveillance seront analysés pour reconstituer la séquence des événements. Le conducteur, dont l’état de santé n’a pas été communiqué, devra expliquer pourquoi il a dépassé le terminus et manqué l’aiguillage.
ATM, l’opérateur du réseau, n’a pas encore réagi publiquement. La municipalité de Milan a annoncé la suspension temporaire de la ligne 9, le temps que les experts inspectent l’ensemble du tracé. Les 38 blessés ont été répartis dans plusieurs hôpitaux de la ville, dont certains en état grave, selon l’AFP.
Le rapport préliminaire de l’Agenzia Nazionale per la Sicurezza delle Ferrovie (ANSF), l’autorité italienne de sécurité ferroviaire, est attendu dans les prochains jours. Ses conclusions détermineront si des mesures de sécurité supplémentaires doivent être imposées sur l’ensemble du réseau milanais.