Quatre tirs au but. Un seul converti. Mardi soir à Zenica, la Nazionale a sombré face à la Bosnie-Herzégovine (1-1, 4-1 aux t.a.b.) en finale des barrages européens. L’Italie, quadruple championne du monde, ne disputera pas la Coupe du monde 2026. C’est la troisième fois d’affilée.
Aucune ancienne sélection championne du monde n’avait raté trois éditions consécutives. L’Italie, 12e au classement FIFA, vient de poser un record que personne ne lui envie. Plus aucun joueur de l’effectif actuel n’a foulé la pelouse d’un Mondial. Le dernier match de la Squadra Azzurra dans la compétition remonte au 24 juin 2014, face à l’Uruguay, au Brésil. Douze ans, bientôt seize.
Un quart d’heure de rêve, puis le naufrage
Le scénario semblait pourtant favorable. Dès la 15e minute, Nicolo Barella intercepte une relance catastrophique du gardien bosnien Nikola Vasilj et sert Moise Kean, qui place une frappe imparable en lucarne. Son sixième but consécutif en sélection. Le stade Bilino Polje, limité à 8 800 spectateurs sur 13 600 places (sanction FIFA pour comportements racistes lors d’un match contre la Roumanie en novembre 2025), se tait.
Mais à la 41e minute, tout bascule. Alessandro Bastoni, défenseur central de l’Inter Milan, commet un tacle en retard sur Amar Memic alors que le Bosnien filait vers le but. Carton rouge direct. Le visage de Gennaro Gattuso, sélectionneur depuis juin 2025, se ferme. Ses joueurs devront tenir 80 minutes en infériorité numérique, prolongation comprise.
La Bosnie portée par 8 800 voix
Réduits à dix, les Italiens reculent. Les statistiques parlent : avant l’expulsion, la Bosnie comptait 11 tirs contre 2 pour l’Italie. Gianluigi Donnarumma, gardien du Paris Saint-Germain, multiplie les parades. Il repousse une tentative de Tahirovic à la 72e minute. Moise Kean (60e) et Federico Dimarco (77e) gaspillent deux contres qui auraient pu tuer le match.
À la 79e minute, le couperet tombe. Ermedin Demirovic expédie une tête que Donnarumma détourne, mais Haris Tabakovic, entré en jeu quelques minutes plus tôt, reprend le ballon au rebond. 1-1. Le stade de Zenica, cerné par les barres d’immeubles qui surplombent le terrain, explose. L’arbitre Clément Turpin doit calmer les esprits avant la prolongation.
Trente minutes de souffrance, puis le verdict
En prolongation, la fatigue prend le dessus. L’Italie pousse sans créer de vraie occasion. La Bosnie tient le bloc. Le match se termine logiquement aux tirs au but.
La séance vire au cauchemar pour les Azzurri. Pio Esposito, premier tireur, envoie le ballon dans les tribunes. Sandro Tonali, le meilleur Italien de la soirée, est le seul à transformer. Bryan Cristante cogne la barre transversale. En face, les quatre tireurs bosniens ne tremblent pas. Quand Esmir Bajraktarevic, né à Appleton dans le Wisconsin et formé aux Etats-Unis, inscrit le tir décisif, le Bilino Polje bascule dans l’euphorie. La Bosnie participera à sa deuxième Coupe du monde après l’édition 2014.
60 millions contre 3,5 millions
Sur le papier, l’écart entre les deux sélections est abyssal. L’Italie compte 60 millions d’habitants, un championnat parmi les cinq meilleurs au monde, quatre titres mondiaux (1934, 1938, 1982, 2006). La Bosnie-Herzégovine pèse 3,5 millions de citoyens, une seule participation en Coupe du monde et la 66e place au classement FIFA, soit 54 rangs derrière la Nazionale.
Le symbole ne s’arrête pas là. Les joueurs italiens avaient été filmés par les caméras en train de célébrer bruyamment l’élimination du Pays de Galles par la Bosnie en demi-finales, quelques jours plus tôt. Le sélectionneur bosnien Sergej Barbarez n’avait pas oublié. « Nous savons depuis combien de temps nous sommes dans une spirale négative en football, mais nous pouvons être ceux qui brisent la glace », avait-il déclaré avant la rencontre, rapporte ESPN.
Le paradoxe de l’Euro 2021
Le plus troublant dans la descente aux enfers de la Nazionale reste ce paradoxe. En 2021, l’Italie remporte l’Euro en battant l’Angleterre en finale à Wembley. Moins d’un an plus tard, elle se fait sortir des barrages du Mondial 2022 par la Macédoine du Nord, 67e mondiale, sur un but à la dernière minute. En 2018, c’est la Suède qui avait barré la route des Italiens sur l’ensemble de deux matchs.
Depuis le titre mondial de 2006 à Berlin, la sélection n’a plus remporté un seul match de phase à élimination directe en Coupe du monde. Zéro victoire en 20 ans. Carlo Tavecchio, président de la fédération en 2017, avait qualifié l’échec de 2018 d’« apocalypse ». Comment nommer le troisième ?
Gattuso s’excuse, la fédération au pied du mur
En conférence de presse, Gennaro Gattuso a choisi la contrition. « Je m’excuse personnellement. Les garçons m’ont surpris par le coeur qu’ils y ont mis, mais nous sommes ici pour parler de la énième fois que nous n’allons pas à la Coupe du Monde, et ça fait mal », a-t-il déclaré, relayé par Foot Mercato. « Mon avenir aujourd’hui n’est pas important. Ce qui compte, c’est que nous n’allons pas à la Coupe du Monde. »
Leonardo Spinazzola, défenseur de 33 ans, a livré les mots les plus durs. « C’est un énorme dépit pour nous, pour tous les Italiens, pour les enfants, pour ceux qui ne verront pas une autre Coupe du Monde. Pour moi, c’était certainement la dernière chance d’en jouer une », a-t-il confié à la RAI.
L’avenir de Gattuso à la tête de la sélection, arrivé en juin 2025 en remplacement de Luciano Spalletti, est désormais en suspens. Sous sa direction, l’Italie avait enchaîné six victoires avant de rechuter en novembre face à la Norvège, terminant deuxième de son groupe et se retrouvant encore une fois dans le piège des barrages.
La Bosnie rejoint le Canada, la Suisse et le Qatar
Pour la Bosnie-Herzégovine, cette qualification a une tout autre saveur. La sélection des Zmajevi (« les Dragons ») rejoint le groupe B de la Coupe du monde 2026 avec le Canada (pays co-organisateur), la Suisse et le Qatar. C’est seulement la deuxième fois de son histoire qu’elle participe au tournoi. La première remontait à 2014 au Brésil, où elle avait été éliminée dès la phase de groupes.
Mardi soir, trois autres sélections ont décroché leur billet par les barrages européens. La Turquie, absente depuis 2002 et sa troisième place historique, a battu le Kosovo (1-0). La Suède a validé son troisième Mondial d’affilée en dominant la Pologne (3-2). Et la République tchèque, qui n’avait plus participé depuis 2006, est venue à bout du Danemark aux tirs au but (2-2, 3-1 aux t.a.b.).
La Coupe du monde 2026 débutera le 11 juin aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, avec un format élargi à 48 équipes. L’Italie la regardera depuis son canapé, pour la troisième fois consécutive. Le prochain Mondial, en 2030, se jouera au Maroc, au Portugal et en Espagne. Les Azzurri ont quatre ans pour conjurer la malédiction.