Quatre ans de prison ferme. C’est ce qu’a réclamé le parquet de Bobigny, ce mardi 17 février, contre des entreprises du BTP accusées d’avoir employé des travailleurs étrangers sans autorisation de travail. Et pas sur n’importe quel chantier : le village des athlètes des Jeux olympiques de Paris 2024.

Des chantiers olympiques, des ouvriers fantômes

Le procès, ouvert devant le tribunal correctionnel de Bobigny, met en cause plusieurs sociétés de sous-traitance intervenues sur des chantiers d’Île-de-France. Parmi eux, le site emblématique de Saint-Denis qui a accueilli les athlètes du monde entier pendant l’été 2024. Les travailleurs concernés, originaires de plusieurs pays, auraient été embauchés sans les autorisations nécessaires, en violation du code du travail.

Le parquet a détaillé un système de sous-traitance en cascade. Des entreprises donneuses d’ordres qui ferment les yeux, des intermédiaires qui recrutent à la va-vite, des ouvriers qui bossent sans filet. Un schéma classique dans le BTP, mais qui prend une dimension particulière quand il touche aux Jeux olympiques.

La face cachée de la vitrine olympique

On s’en souvient : le village des athlètes avait été présenté comme un modèle de construction durable. Bâtiments bas carbone, matériaux biosourcés, quartier pensé pour l’après-JO. Mais derrière la vitrine, les conditions de travail sur les chantiers avaient fait l’objet d’alertes dès 2023. Plusieurs syndicats et associations avaient dénoncé le recours massif à la sous-traitance et les risques d’exploitation de main-d’œuvre vulnérable.

Les réquisitions du parquet s’accompagnent de demandes d’amendes dont le montant n’a pas été précisé. Le tribunal doit rendre sa décision dans les prochaines semaines.

Un procès qui en appelle d’autres ?

Ce n’est pas la première fois que les chantiers des JO 2024 se retrouvent au tribunal. Dès le lancement des travaux, les inspecteurs du travail avaient multiplié les contrôles sur les sites olympiques. Résultat : des dizaines de procédures pour travail dissimulé, défaut de sécurité ou recours abusif à l’intérim.

Reste une question. Comment des chantiers aussi surveillés, aussi médiatisés, ont-ils pu laisser passer des travailleurs sans papiers ? La réponse tient en un mot : sous-traitance. Plus on descend dans la chaîne, moins les contrôles sont stricts. Et les ouvriers, eux, n’ont pas vraiment leur mot à dire.

Le jugement est attendu dans les semaines à venir.