Quatre fois plus vite. Voilà la vitesse à laquelle les kilos reviennent quand on arrête les injections anti-obésité type Wegovy ou Mounjaro, comparé à un simple programme alimentaire. Une étude publiée dans le British Medical Journal vient doucher l’enthousiasme autour de ces médicaments présentés comme révolutionnaires.

Des résultats spectaculaires, mais temporaires

Les chiffres avaient de quoi impressionner. Dans les essais cliniques, les patients sous Wegovy (sémaglutide) ou Mounjaro (tirzépatide) perdaient en moyenne 15 à 20 % de leur poids corporel. Du jamais vu par rapport aux régimes classiques. Au Royaume-Uni, une personne sur cinquante utilise déjà ces traitements, rapporte une prépublication sur MedRxiv. Et 90 % d’entre elles paient de leur poche, entre 137 et 286 euros par mois. Mais voilà le problème. Selon une étude parue dans JAMA Network Open, plus de la moitié des patients arrêtent le traitement dans l’année. La raison principale ? Le coût.

Le corps reprend ses droits, et vite

Les chercheurs britanniques du BMJ ont analysé ce qui se passe après l’arrêt. Et le constat est brutal : en moyenne, les patients reprennent l’intégralité du poids perdu en 18 mois. La tension artérielle, le cholestérol, la glycémie, tout revient au point de départ. Comme si le traitement n’avait jamais existé. Ce qui frappe, c’est la rapidité du rebond. Quatre fois plus vite qu’après l’arrêt d’un programme basé sur l’alimentation et l’exercice physique. Les chercheurs ont aussi testé si un accompagnement intensif (coaching nutritionnel, suivi personnalisé) pouvait freiner la reprise. Résultat : ça aide un peu pendant le traitement (4,6 kg de perte supplémentaire en moyenne), mais ça ne change rien à la vitesse du rebond après l’arrêt.

En France, pas remboursé, et c’est peut-être le vrai sujet

Trois médicaments de cette famille (les analogues du GLP-1) sont autorisés en France : Wegovy, Mounjaro et Saxenda. L’ANSM les réserve à la prescription médicale, en seconde intention, après échec d’une prise en charge nutritionnelle. Mais aucun n’est remboursé par l’Assurance-maladie. Le prix est fixé librement par les laboratoires. On touche là au coeur du problème. Si ces traitements doivent être pris à vie pour fonctionner, comme le suggère l’étude du BMJ, qui va payer ? Au Royaume-Uni, le NHS ne les propose qu’aux patients avec un IMC supérieur à 40 et quatre pathologies associées. Beaucoup de gens qui en auraient besoin restent sur le carreau.

Des alternatives qui coûtent moins cher existent

L’étude rappelle que les programmes de remplacement alimentaire total (soupes et boissons nutritives pendant huit à douze semaines) permettent des pertes de poids comparables, selon des données publiées dans le BMJ. Les programmes en groupe type Weight Watchers obtiennent des résultats plus modestes mais coûtent bien moins. Le Lancet Public Health a même montré qu’ils pouvaient faire économiser de l’argent au système de santé britannique. Reste une question que personne ne pose vraiment : est-ce qu’on est en train de créer des millions de patients dépendants à un médicament qu’ils devront prendre toute leur vie, à 200 euros par mois ? Les laboratoires Novo Nordisk (Wegovy) et Eli Lilly (Mounjaro) n’ont pas commenté l’étude.