Le 14 mars, Hulu enterrait officiellement le projet de revival de Buffy contre les vampires. Sept jours plus tard, Nicholas Brendon, l’acteur qui incarnait Xander Harris depuis 1997, s’éteignait dans son sommeil. Il avait 54 ans. Avec lui disparait le dernier espoir, même fantasmé, de retrouver le Scooby Gang au complet.

Sa famille a confirmé la nouvelle dans un communiqué relayé sur les réseaux sociaux : « Nous avons le cœur brisé d’annoncer le décès de notre frère et fils. Il s’est éteint dans son sommeil de causes naturelles. » Le texte évoque un homme « passionné, sensible, et animé par un besoin constant de créer », qui avait trouvé ces dernières années un refuge dans la peinture.

Le geek qui a tout changé

Entre 1997 et 2003, Buffy contre les vampires a redéfini ce qu’une série télévisée pouvait raconter. Et dans cette mécanique, Xander Harris tenait un rôle singulier : celui du type normal. Pas de super-pouvoirs, pas de magie, pas de destin prophétique. Juste un lycéen sarcastique, loyal jusqu’à l’absurde, qui se battait contre les forces du mal armé de vannes et d’un courage bancal.

Ce personnage a marqué toute une génération. En 2017, à l’occasion des vingt ans de la série, Brendon confiait au Hollywood Reporter que les fans masculins lui répétaient la même chose : « Mec, grâce à toi, j’ai eu des copines au lycée. Tu as rendu cool le fait d’être un geek maladroit et drôle. » Avant Seth Cohen dans The O.C., avant les héros de The Big Bang Theory, Xander avait ouvert la voie. Le geek n’était plus le souffre-douleur. Il pouvait être le cœur du groupe.

La série, diffusée en France sur M6 puis Série Club, a rassemblé des millions de téléspectateurs dans l’Hexagone. Son influence sur la pop culture des années 2000, du vocabulaire adolescent à l’écriture de séries comme Veronica Mars ou Supernatural, reste difficile à surestimer.

Du bégaiement au plateau de tournage

Nicholas Brendon Schultz est né en 1971 à Los Angeles, trois minutes avant son frère jumeau identique Kelly Donovan. Enfant, il rêvait de baseball professionnel. Mais un obstacle le poursuivait depuis toujours : un bégaiement sévère qui rendait chaque prise de parole éprouvante.

C’est pour dompter ce trouble qu’il s’est tourné vers le théâtre, puis vers les castings. La méthode a fonctionné au-delà de ses espérances. Au sommet de la popularité de Buffy, Brendon est devenu porte-parole de la Stuttering Foundation of America, transformant sa fragilité en cause publique. « Jouer m’a donné une voix que je n’avais pas dans la vie réelle », expliquait-il lors de conventions.

Son jumeau Kelly l’a rejoint à l’écran dans l’épisode « The Replacement » en 2000, où Xander se retrouve scindé en deux versions de lui-même. Un moment de télévision que les fans citent encore régulièrement comme l’un des plus mémorables de la série.

Une spirale que rien n’a pu freiner

Après la fin de Buffy en 2003, la descente a commencé. Lors d’une convention de fans en 2004, Brendon a annoncé publiquement son entrée en cure de désintoxication pour alcoolisme. C’était le premier acte d’une succession de crises qui allait durer vingt ans.

Les arrestations se sont enchaînées à partir de 2010 : vandalisme, entrave aux forces de l’ordre, puis des faits plus graves. En 2015, deux interpellations en deux mois, suivies d’un passage éclair sur le plateau de Dr. Phil dont il est sorti en plein tournage. La même année, une plainte pour étranglement déposée par sa compagne a débouché sur un accord judiciaire incluant trois ans de mise à l’épreuve et une nouvelle cure, rapporte Variety.

Malgré ces turbulences, il a continué à tourner. Vingt et un épisodes de la série Esprits criminels (Criminal Minds), où il campait le hacker Kevin Lynch, et un rôle dans Kitchen Confidential aux côtés de Bradley Cooper. Mais les arrestations n’ont jamais cessé, la dernière remontant à 2021 pour fraude sur ordonnance.

Un cœur qui avait déjà flanché

En 2023, Brendon a publié sur Instagram un long message qui a secoué sa communauté de fans. Il y révélait avoir subi deux opérations de la colonne vertébrale et un infarctus en 2022, conséquence d’une malformation cardiaque congénitale. Il souffrait aussi du syndrome de la queue de cheval, une compression nerveuse rare qui affecte les membres inférieurs.

« Gérer les assurances santé et les autorisations préalables est presque aussi épuisant et douloureux que les blessures elles-mêmes », écrivait-il, avant de solliciter l’aide financière de ses fans pour couvrir ses frais médicaux et acheter de la peinture. Car c’est vers l’art visuel qu’il s’était tourné, partageant régulièrement ses toiles sur les réseaux. Sa famille, dans son communiqué, décrit cette passion comme « l’un des reflets les plus purs de ce qu’il était ».

Au moment de sa mort, selon ses proches cités par The Hollywood Reporter, il suivait un traitement, prenait ses médicaments et se montrait « optimiste pour l’avenir ». Son entourage pensait qu’il avait enfin tourné un cap.

Buffy, une page définitivement tournée

Le hasard du calendrier rend sa disparition plus cruelle encore. Le 14 mars, soit sept jours avant sa mort, Hulu a officiellement abandonné le projet de suite de Buffy contre les vampires. Le revival devait ramener Sarah Michelle Gellar dans le rôle-titre. Mais les anciens acteurs pressentis pour y apparaitre n’incluaient pas Brendon, dont le passé judiciaire posait problème selon Variety.

Dans un live Facebook publié après l’annonce de l’annulation, Brendon avait réagi avec amertume, accusant Gellar de « trahison » pour avoir accepté de reprendre le rôle sans lui. Un éclat qui témoignait de blessures profondes, bien au-delà du seul projet télévisé.

La série porte d’autres cicatrices. En 2021, plusieurs actrices, dont Charisma Carpenter (Cordelia) et Michelle Trachtenberg (Dawn), ont accusé le créateur Joss Whedon de comportements abusifs sur le plateau. Whedon a nié la plupart des accusations mais s’est retiré de la vie publique. Le revival devait être une renaissance. Il n’aura jamais vu le jour.

Nicholas Brendon laisse derrière lui son frère jumeau Kelly Donovan, ses peintures, et le souvenir d’un personnage qui a appris à des millions d’adolescents qu’on pouvait sauver le monde sans super-pouvoirs. La Stuttering Foundation of America a salué celui qui « a donné espoir à d’innombrables personnes touchées par le bégaiement ». La saison 2026 des Emmy Awards, prévue en septembre, devrait lui rendre hommage dans son traditionnel segment « In Memoriam ».