50,81 % pour Grégoire à Paris. 54,7 % pour Payan à Marseille. 50,67 % pour Doucet à Lyon. Dimanche soir, la gauche a conservé les trois plus grandes villes de France, parfois contre toute attente. Mais derrière ces chiffres qui rassurent le camp progressiste, la carte politique française sort profondément remaniée de ce second tour des municipales.
Paris, Marseille : la victoire du « non merci » à LFI
Le fait marquant de la soirée tient en une stratégie : celle du rejet assumé de La France insoumise. À Paris, Emmanuel Grégoire, ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, a refusé toute fusion avec la liste de Sophia Chikirou (8,01 % au second tour). À Marseille, Benoît Payan a tenu la même ligne face au député Sébastien Delogu, qui s’est finalement retiré après avoir obtenu 11,9 % au premier tour. Résultat dans les deux cas : une victoire nette, avec des marges confortables.
Le contraste avec les villes où socialistes et insoumis ont fait alliance est frappant. À Toulouse, l’union de la gauche derrière le député LFI François Piquemal a échoué à renverser le maire sortant Jean-Luc Moudenc (53,87 % contre 46,13 %). À Limoges, même scénario : Damien Maudet, soutenu par le PS, les Verts et le PCF, n’a récolté que 40,82 % des voix face au candidat LR Guillaume Guérin. « Les électeurs ont été déroutés », reconnaissait-on dans les rangs de la gauche, selon Franceinfo.
Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, s’est félicité d’un « message clair » envoyé par les électeurs. François Hollande, plus grinçant, a regretté que les règles ne soient pas « clairement posées » sur les alliances avec LFI au sein de son propre parti, rapporte BFM TV.
Lyon, le scrutin qui pourrait finir au tribunal
Le cas lyonnais reste à part. Grégory Doucet, maire écologiste donné largement perdant quelques semaines avant le premier tour, a réussi une remontée spectaculaire. Son alliance de second tour avec LFI lui a permis de coiffer de justesse l’ancien président de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas : 50,67 % contre 49,33 %, moins de 3 000 voix d’écart sur l’ensemble de la ville.
Aulas n’a pas digéré. « On ne sait pas qui a gagné », a-t-il lâché dimanche soir en dénonçant « de nombreuses irrégularités » et en annonçant le dépôt d’un recours, selon BFM TV. Un épisode qui pourrait maintenir Lyon sous tension pendant des semaines.
Mais la victoire municipale de Doucet masque une défaite plus lourde : les écologistes ont perdu la Métropole de Lyon, véritable siège du pouvoir local. La candidate LR Véronique Sarselli, alliée d’Aulas, y a raflé 92 des 150 sièges. Le président écologiste sortant Bruno Bernard n’en conserve que 49, selon Le Monde.
La vague verte de 2020, six ans plus tard
Lyon n’est que l’arbre qui cache la forêt. La « vague verte » de 2020, qui avait propulsé les écologistes à la tête de plusieurs grandes villes, a reflué presque partout. Bordeaux bascule au centre-droit : le député macroniste Thomas Cazenave l’emporte d’une courte tête (50,95 %) face au maire sortant Pierre Hurmic. Besançon tombe à droite avec la victoire de Ludovic Fagaut. Poitiers échappe aux Verts. Strasbourg passe entre les mains de la socialiste Catherine Trautmann, qui a battu la maire écologiste sortante Jeanne Barseghian.
« Les conquêtes de 2020 étaient en partie un vote de rejet, pas un vote d’adhésion », analysait Libération dimanche soir, en titrant sur « la vague verte en plein reflux ». Six ans de gestion ont visiblement pesé plus lourd que les promesses de transition écologique, dans un contexte où les préoccupations des électeurs se sont recentrées sur le pouvoir d’achat et la sécurité.
Bayrou tombe à Pau, un symbole pour la macronie
344 voix. C’est la marge qui sépare François Bayrou de son successeur à la mairie de Pau. L’ancien premier ministre, maire depuis 2014, a été battu par le candidat socialiste Jérôme Marbot (42,45 % contre 41,14 %), le RN de Margaux Taillefer récoltant 16,41 %. Son passage à Matignon et l’affaire de violences sexuelles au sein de l’établissement catholique Notre-Dame-de-Bétharram ont plombé une campagne déjà fragilisée, rapporte BFM TV.
En face, la macronie peut se consoler avec Bordeaux. Le Havre, sans surprise, reste à Édouard Philippe, réélu avec 47,71 % des voix. Thomas Cazenave offre à Renaissance sa première grande ville conquise. Un bilan maigre, mais suffisant pour que le camp présidentiel revendique une forme de résistance, à quatorze mois de la présidentielle de 2027.
Le RN gagne du terrain, sans forcer les portes des grandes villes
Le Rassemblement national continue sa conquête des villes moyennes. Plusieurs communes de taille intermédiaire basculent, confirmant un ancrage local de plus en plus profond. Mais dans les grandes métropoles, le barrage a tenu. À Marseille, Franck Allisio plafonne à 40,1 % malgré un premier tour serré. À Paris, Sarah Knafo (Reconquête) s’est retirée entre les deux tours après ses 10,4 % du premier tour.
Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a salué une « entrée fracassante » de son mouvement dans les conseils municipaux, avec les conquêtes de Roubaix (David Guiraud, 53,19 %), Vénissieux, Creil et Le Tampon à La Réunion. Mais les échecs à Toulouse et Limoges tempèrent l’enthousiasme, selon Franceinfo. La perte de Fâches-Thumesnil, seule ville insoumise depuis 2020, passée à droite, constitue un revers symbolique.
La droite classique, entre reconquêtes et humiliations
Bruno Retailleau, président des Républicains, a affiché sa confiance en revendiquant le statut de « première force politique locale ». Les LR peuvent se targuer de quelques prises de choix : Tulle, ancien fief de François Hollande, Brest (à gauche depuis 37 ans), Clermont-Ferrand et Limoges basculent à droite.
Mais le revers à Paris est cuisant. Rachida Dati, malgré le ralliement de Pierre-Yves Bournazel et le retrait de Sarah Knafo, n’a pas réussi à fédérer. « C’était une fusion de m****, avec des personnes qui n’ont même pas fait campagne et qui sont élues », fulminait une conseillère de Paris LR après les résultats, selon Franceinfo. À 60 ans, l’ancienne ministre ne conserve que ses mandats de maire du 7e arrondissement et de conseillère de Paris.
L’échec d’Aulas à Lyon vient compléter le tableau. La droite misait gros sur l’ancien patron de l’OL pour reprendre la troisième ville de France, et elle échoue à 3 000 voix près. Nîmes, jusqu’alors sa plus grande ville, passe sous pavillon communiste. Saint-Étienne bascule à gauche, rapporte BFM TV.
57 % de participation et un horizon présidentiel
Le taux de participation a atteint 57 % au second tour, selon l’estimation Ipsos-BVA-Cesi pour France Télévisions. Un chiffre stable par rapport aux précédentes municipales, qui traduit un intérêt réel des Français pour ce scrutin local.
Car ces municipales ne sont pas que locales. À quatorze mois de la présidentielle de 2027, chaque parti y cherchait des signaux. Le PS sort renforcé par ses victoires dans les grandes métropoles. Les écologistes devront reconstruire un projet après six ans de gestion contestée. Le RN confirme un maillage territorial qui progresse scrutin après scrutin. La droite LR, coincée entre le centre macroniste et la poussée du RN, cherche encore sa ligne.
Prochaine échéance politique majeure : les élections sénatoriales de septembre 2026, où les grands électeurs issus de ce scrutin municipal auront leur mot à dire. La recomposition ne fait que commencer.