Vingt prétendants déclarés ou quasi certains, trois primaires envisagées sans qu’aucune ne fasse consensus, et un verdict judiciaire en suspens qui pourrait tout rebattre. À douze mois du premier tour, la course à l’Élysée n’a jamais ressemblé à un tel embouteillage. En 2022, douze candidats figuraient sur le bulletin. En 2017, onze. Cette fois, le compteur des ambitions affichées dépasse déjà la vingtaine, et la saison des renoncements n’a même pas commencé.

Les municipales du 22 mars ont à peine livré leurs résultats que chaque camp politique se projette déjà sur le printemps 2027. Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter après deux mandats consécutifs. La place est libre, et tout le monde s’y précipite, souvent sans savoir comment départager les prétendants. Résultat : de l’extrême gauche à l’extrême droite, la France politique offre le spectacle d’une bataille rangée où personne ne veut céder, rapporte Franceinfo dans un décryptage publié ce jeudi.

À gauche, cinq candidats pour une primaire que personne ne veut

C’est le camp le plus encombré. Pas moins de cinq personnalités se sont déjà déclarées candidates à la primaire de la gauche, prévue le 11 octobre : le socialiste Jérôme Guedj, l’écologiste Marine Tondelier, l’ex-insoumis François Ruffin, la députée Clémentine Autain et l’ancienne ministre Delphine Batho. À cette liste s’ajoute Raphaël Glucksmann, qui affirme sur RTL se préparer activement mais estime qu’il est « trop tôt pour le dire ».

Le problème, c’est que cette primaire n’a de « unitaire » que le nom. La France insoumise ne veut pas en entendre parler. Jean-Luc Mélenchon, 75 ans en juin, n’a pas officialisé sa quatrième candidature, mais personne ne doute de ses intentions. Son score a progressé à chaque tentative : 11 % en 2012, 19,6 % en 2017, 22 % en 2022. L’appareil LFI considère la primaire comme un piège destiné à noyer le candidat le mieux placé à gauche dans un processus qu’il ne contrôle pas.

Même refus chez les communistes. Le Parti communiste français prépare « une candidature propre qui ne passe pas par la primaire », a indiqué Léon Deffontaines au Figaro en février. Fabien Roussel, candidat en 2022 avec 2,3 % des voix, devrait logiquement rempiler. Et pour compléter le tableau, Nathalie Arthaud a confirmé dès décembre sa candidature pour Lutte ouvrière, sa troisième consécutive.

En résumé : la gauche pourrait aligner entre six et dix candidats au premier tour. En 2022, elle en comptait déjà six, et aucun n’avait atteint le second tour.

Le bloc central sans boussole

Côté macroniste, la situation n’est guère plus lisible. Edouard Philippe, premier à s’être déclaré dès septembre 2024, a consolidé sa position en se faisant réélire maire du Havre le 22 mars avec 47,7 % des voix. Il refuse catégoriquement toute primaire et se présente comme le candidat naturel de la droite modérée et du centre.

Mais Gabriel Attal, qui a repris la présidence de Renaissance, nourrit les mêmes ambitions. L’ancien Premier ministre multiplie les déplacements et planche sur un programme, malgré des résultats municipaux jugés « très modestes » pour le parti présidentiel, selon BFMTV. Attal a proposé mardi un « comité de liaison » entre Renaissance, Horizons et le MoDem pour « organiser un rassemblement » des candidatures. « Je n’exclus aucune possibilité, a-t-il déclaré sur France Inter. Ça peut être la primaire, ça peut être des sondages, ça peut être une autre méthode. »

Troisième larron : Gérald Darmanin. Le ministre de la Justice a reconnu fin janvier sur LCI qu’il « y songe » et se sent « capable » d’être le candidat du bloc central. Sa ligne de défense : « Il faut un seul candidat de la droite et du centre, et peut-être même de la gauche républicaine qui refuse La France insoumise. » Un périmètre si large qu’il devient flou.

Chez Les Républicains, la guerre des primaires fait rage

La droite traditionnelle offre peut-être le spectacle le plus fracturé. Bruno Retailleau, président du parti, a officialisé sa candidature en février. Mais il n’est pas seul : Xavier Bertrand « se prépare » sans vouloir de primaire. David Lisnard, maire de Cannes, prépare son projet présidentiel et menace de quitter le parti si le vote des adhérents en avril se transforme en plébiscite pour Retailleau. « C’est un non-sens absolu, un vote biaisé, un vote truqué », a-t-il dénoncé sur BFMTV.

Le bureau politique a retenu trois options qui seront soumises aux adhérents en avril, rapporte Franceinfo : primaire fermée aux seuls membres, primaire ouverte au centre et à la droite, ou désignation directe du chef du parti. Laurent Wauquiez, patron des députés LR, a balayé ces « options de boutiquiers » sur RTL, réclamant une primaire ouverte allant de Darmanin à Sarah Knafo.

Et les revenants ne manquent pas. Michel Barnier, censuré comme Premier ministre fin 2024, s’est dit « prêt à servir son pays » dans Le Point. Dominique de Villepin a fondé son mouvement La France Humaniste en juin 2025 et se dit « absolument déterminé à participer au combat de 2027 », selon La Tribune Dimanche.

Le RN parie tout sur un verdict de justice

Au Rassemblement national, la stratégie repose sur une seule date : le 7 juillet. Ce jour-là, la cour d’appel rendra sa décision sur la condamnation de Marine Le Pen à cinq ans d’inéligibilité, prononcée le 31 mars 2025 dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Si la peine est confirmée ou si la prison ferme est maintenue, Le Pen ne pourra pas se présenter. Le parti a donc préparé un plan B : Jordan Bardella. Le président du RN est déjà testé par les instituts de sondage et se hisse régulièrement en tête des intentions de vote pour le premier tour, au coude-à-coude avec Le Pen.

Sur le flanc droit, Eric Zemmour n’a pas encore annoncé s’il repartirait en campagne après ses 7 % de 2022. Sa numéro deux, Sarah Knafo, a démenti toute intention de candidature sur RMC-BFMTV le 20 mars. Reconquête ne devrait rien officialiser avant septembre. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), lui, a déjà confirmé sa quatrième candidature consécutive et a été réélu maire de Yerres dès le premier tour.

Trois dates vont tout changer

Dans ce brouillard, trois échéances concrètes structurent la séquence. En avril, le vote des adhérents LR sur le mode de désignation de leur candidat tranchera la guerre interne à droite. Le 7 juillet, le verdict en appel de Marine Le Pen déterminera si le RN joue la présidentielle avec sa figure historique ou avec son dauphin de 31 ans. Et le 11 octobre, la primaire de la gauche, si elle a lieu, devra départager au moins cinq candidats déclarés, sans garantie que le vainqueur soit soutenu par tous les partis.

Un an avant le scrutin, la Ve République vit une situation inédite : pour la première fois depuis 1958, le président sortant ne peut pas se représenter et aucun successeur naturel ne s’impose dans aucun camp. La dernière fois qu’un tel vide s’est produit, en 1995, trois candidats majeurs s’affrontaient. En 2027, ils pourraient être vingt.