Trois morts en vingt-quatre heures. Deux véhicules détruits, quatre blessés dont un dans un état critique. Depuis dimanche 29 mars, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) paie un tribut que plus personne ne croyait possible pour une mission censée garantir la paix.

Une nuit, un projectile, un premier mort

Dimanche soir, un projectile d’origine inconnue a frappé la position de la FINUL près d’Adchit Al Qusayr, un village situé à quelques kilomètres de la frontière israélienne. Fahrizal Rambe, soldat indonésien, a été tué sur le coup. Son collègue Rico Pramudia, grièvement touché, a été évacué en urgence. La FINUL a ouvert une enquête pour déterminer l’origine du tir, sans résultat à ce stade.

Moins de vingt-quatre heures plus tard, un convoi logistique circulant près de Bani Hayyan a subi le même sort. Une explosion, là encore « d’origine inconnue » selon le communiqué officiel de la force onusienne, a pulvérisé un véhicule blindé. Deux Casques bleus indonésiens sont morts. Un troisième a été grièvement blessé, un quatrième plus légèrement touché.

La France convoque le Conseil de sécurité

La réaction diplomatique a été immédiate. Paris a demandé lundi une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, prévue mardi 1er avril. Le Quai d’Orsay a « signifié ses condamnations avec la plus grande fermeté », selon un communiqué ministériel. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a rappelé que « les attaques contre les Casques bleus constituent de graves violations du droit international humanitaire et peuvent constituer des crimes de guerre ».

Jean-Pierre Lacroix, chef des opérations de paix de l’ONU, a enfoncé le clou lors d’un point presse à New York : « Nous condamnons fermement ces incidents inacceptables. Les Casques bleus ne doivent jamais être pris pour cible. » Jakarta, de son côté, a confirmé la nationalité indonésienne des trois victimes et mentionné des « tirs d’artillerie indirects » comme cause du premier incident, un vocabulaire plus précis que celui de la FINUL.

Pris en étau entre deux armées

La FINUL, c’est 8 200 soldats issus de 47 pays, déployés dans un corridor de terre coincé entre l’armée israélienne au sud et les positions du Hezbollah au nord. Créée en 1978 par les résolutions 425 et 426 du Conseil de sécurité, elle reste la mission de maintien de la paix la plus meurtrière de l’histoire des Nations Unies, avec plus de 337 Casques bleus tués en près d’un demi-siècle, selon les chiffres d’Al Jazeera.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 2 mars, la situation a empiré de semaine en semaine. Le 7 mars, trois soldats ghanéens avaient été blessés par des tirs dans une ville frontalière. Samedi dernier, un convoi de la FINUL circulant sur la route côtière, près de son quartier général de Naqoura, a essuyé six tirs de sommation de la part d’éléments de l’armée israélienne, rapporte ONU Info.

La porte-parole de la FINUL, Kandice Ardiel, décrit une situation « extrêmement volatile, extrêmement dangereuse ». Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général, va plus loin : « Les Casques bleus font l’objet de comportements agressifs, d’intimidations et de menaces. »

La « zone tampon » au coeur de la crise

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a appelé son armée à étendre la « zone tampon » face au Hezbollah pro-iranien dans le sud du Liban. Concrètement, cela signifie repousser les combats plus loin de la frontière israélienne, en plein territoire patrouillé par la FINUL. Les Casques bleus se retrouvent alors sur la ligne de tir, sans pouvoir ni se retirer (leur mandat les oblige à rester) ni riposter.

La résolution 1701, adoptée en 2006 après la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, devait instaurer un cessez-le-feu durable et un désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani. Vingt ans plus tard, aucune de ces deux conditions n’est remplie. Le Hezbollah a conservé son arsenal, Israël n’a jamais cessé ses incursions, et la FINUL oscille entre témoin impuissant et cible collatérale.

Ce que peut changer la réunion de mardi

La réunion d’urgence du Conseil de sécurité, convoquée par la France, se tiendra dans un contexte de fractures profondes entre ses membres. Les États-Unis ont déclaré lundi respecter le droit d’Israël à « fixer ses propres lois », une position qui contraste avec les condamnations européennes. La Chine et la Russie, de leur côté, se sont montrées plus critiques envers Israël ces dernières semaines, sans pour autant proposer de mécanisme contraignant.

Lors de la guerre de 2024, la FINUL avait déjà accusé les forces israéliennes de tirs « répétés » et « délibérés » sur ses positions, rappelle le Nouvel Obs. Paris avait alors convoqué l’ambassadeur d’Israël. La différence cette fois, c’est le bilan : trois morts en vingt-quatre heures, un rythme que la FINUL n’avait pas connu depuis les années 1980.

Reste une question que la réunion de mardi devra trancher : faut-il renforcer le mandat et les effectifs de la FINUL pour lui donner les moyens de se protéger, ou accepter que sa mission soit devenue impossible et envisager un retrait ? L’Indonésie, premier contributeur en troupes avec plus de 1 200 soldats sur place, n’a pas encore annoncé si elle maintiendrait son contingent. Le président indonésien Prabowo Subianto s’est pour l’instant limité à « exprimer ses plus sincères condoléances ». La prochaine étape est politique : le Conseil de sécurité se réunit demain, mardi 1er avril, pour statuer sur l’avenir d’une force qui, après 48 ans de présence, n’a jamais été aussi menacée par ceux qu’elle est censée séparer.