Le baril de Brent a bondi de 5 % en quelques heures dans la nuit du 1er au 2 avril, repassant au-dessus de 106 dollars. La cause : Donald Trump a promis de frapper l’Iran « extrêmement durement » pendant encore deux à trois semaines, sans calendrier de sortie. Pour les automobilistes français, qui paient déjà le gazole 2,30 euros le litre (record absolu depuis 1985), le pire reste peut-être à venir.
Un discours qui a fait replonger les marchés
Mercredi soir, heure de Washington, le président américain a livré sa première allocution à la nation depuis le début des opérations militaires fin février. Vingt minutes d’autosatisfaction, selon Le Monde, résumées en une phrase : « Nous allons les ramener à l’âge de pierre. » Aucune date de cessez-le-feu. Aucun plan de désengagement. Juste la promesse de frapper les centrales électriques iraniennes « probablement simultanément ».
Les marchés, qui espéraient une désescalade, ont immédiatement viré au rouge. Le Nikkei de Tokyo a perdu 1,82 %, le Kospi de Séoul a chuté de 3,9 %, et les indices de Sydney, Taipei et Hong Kong ont suivi le mouvement, rapporte BFM TV. Avant le discours, les Bourses européennes et Wall Street avaient pourtant clôturé en hausse, portées par l’espoir d’un apaisement.
Ormuz, la clé de voûte qui manque
Trump a aussi lancé un appel direct aux pays qui dépendent du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial. « Allez au détroit, prenez-le, protégez-le, servez-vous-en », a-t-il martelé, reprochant à ses alliés de l’OTAN de ne pas avoir aidé les forces américaines. Mi-mars, 22 pays (dont la France, le Japon, le Royaume-Uni et le Canada) s’étaient déclarés « prêts à contribuer aux efforts » pour rouvrir le passage, selon France Info. Mais contribuer n’est pas agir : le détroit reste bloqué, et chaque jour de fermeture alimente la flambée des prix.
Avant le conflit, le Brent oscillait autour de 65 dollars. Les analystes prévoyaient une année calme, entre 60 et 70 dollars, grâce à une offre abondante et une demande chinoise stable. Le blocage d’Ormuz a tout fait basculer. « Le marché est tellement volatil », résume Flavien Neuvy, économiste et directeur de l’observatoire Cetelem, interrogé par 20 Minutes. « En moins de 48 heures, le prix du baril est passé de 115 à moins de 100 dollars juste à cause des déclarations de Trump. »
2,30 euros le litre, et personne ne sait quand ça s’arrêtera
Le gazole a atteint 2,188 euros en moyenne nationale la semaine dernière, et dépasse allègrement les 2,30 euros dans certaines stations du sud de la France. L’essence suit la même courbe. Les automobilistes qui parcourent 30 kilomètres pour aller travailler voient leur budget carburant exploser de 50 à 80 euros par mois par rapport à début février.
L’État a débloqué 70 millions d’euros pour les transporteurs routiers, mais rien pour les particuliers. « Quand le carburant représente 10 ou 20 % du salaire, ça paraît compliqué de fidéliser », observe Norjahann Bessaoud, directrice de recrutement du cabinet Happy to meet you, dans 20 Minutes.
Côté syndicats, la colère monte. Force ouvrière au CHU d’Angers réclame un « assouplissement des règles de recours au télétravail » pour les postes compatibles, et une aide financière pour ceux qui n’ont pas le choix. La FSU a adressé la même demande à la Région Réunion. Des salariés de SoLocal (ex-Pages Jaunes) ont fait entendre un appel similaire, selon France Bleu.
Le télétravail, roue de secours imparfaite
Comme en 2022 lors de la pénurie, le télétravail revient sur la table. Romain Beke, fondateur de la société Muhalink à Sète, a doublé les jours de travail à distance de ses équipes (de un à deux par semaine). « C’est du bon sens. Ça n’a aucun coût financier pour moi, et ça montre que le patron est engagé auprès des salariés », explique-t-il à 20 Minutes.
Le problème : moins de la moitié des salariés français peuvent télétravailler. Soignants, commerçants, enseignants, conducteurs, artisans n’ont pas cette option. Selon l’Insee, un quart des Français déclaraient télétravailler régulièrement en 2024. Ce chiffre pourrait grimper dans les semaines à venir, mais il laissera toujours des millions de travailleurs sans solution.
Quatre attaques de missiles iraniennes en six heures
Pendant que les Français comptent leurs euros à la pompe, l’escalade militaire s’accélère. Quelques heures après le discours de Trump, l’armée israélienne a signalé avoir intercepté quatre salves de missiles iraniens en six heures, selon BFM TV. Le Hezbollah a revendiqué des attaques de roquettes et de drones dans le nord d’Israël. Les Émirats arabes unis ont eux aussi activé leurs défenses aériennes face à des tirs de missiles et de drones, un Bangladais ayant été tué par des débris près d’Ormuz.
L’ambassade américaine à Bagdad a mis en garde ses ressortissants contre des attaques terroristes possibles « dans les 24 à 48 heures », ciblant « des citoyens américains, des entreprises, des universités et des infrastructures énergétiques ».
L’équation impossible de l’après-guerre
Même en cas de cessez-le-feu rapide, un retour à 65 dollars le baril ne se fera pas en un claquement de doigts. Si le conflit dure, des puits de pétrole non conventionnels (schiste américain, par exemple) pourraient redevenir rentables et augmenter l’offre mondiale, tempère l’observatoire Cetelem. Mais la production supplémentaire met des mois à arriver sur le marché. En attendant, il faudrait que le Brent redescende durablement sous les 100 dollars pour que les prix à la pompe baissent sensiblement.
L’Australie a appelé à la désescalade après le discours, estimant que « les objectifs avaient été atteints ». Côté iranien, Téhéran n’a montré aucun signe de capitulation. Les prochaines deux à trois semaines promises par Trump décideront de la facture finale. Le prochain rendez-vous : la publication, vendredi, des nouveaux prix hebdomadaires des carburants par le ministère de la Transition écologique.