0,3 % en janvier, 2,4 % en mai. En cinq mois, la hausse des prix a changé de dimension en France, et l’addition se lit déjà sur les tickets de caisse.
L’Insee a publié son estimation provisoire pour le mois de mai 2026 : les prix à la consommation progressent de 2,4 % sur un an, après 2,2 % en avril. Rien de spectaculaire à première vue. Sauf qu’au 1er janvier, ce même chiffre n’était que de 0,3 %. La France était alors quasiment à l’arrêt côté prix. Quatre mois plus tard, l’inflation tourne huit fois plus vite.
Cinq mois pour tout renverser
La trajectoire ne laisse pas de place au doute. Janvier 0,3 %, février 0,9 %, mars 1,7 %, avril 2,2 %, mai 2,4 %. Chaque mois ajoute sa couche. Sur un mois seulement, les prix montent encore de 0,1 % en mai, quatrième hausse mensuelle d’affilée selon l’Insee.
Pour replacer ces chiffres, il faut se souvenir d’où vient le pays. Au plus fort de la crise, début 2023, l’inflation française dépassait 6 % sur un an. Elle avait ensuite reflué jusqu’à frôler zéro fin 2025. Ce calme apparent vient de se rompre. La nouveauté, c’est la vitesse à laquelle le mouvement s’est inversé, en un seul trimestre.
Le gaz rallume la facture
Le coupable principal porte un nom : l’énergie. Sur un an, ce poste bondit de 16,8 % en mai, après déjà 14,3 % en avril. Au printemps, c’étaient surtout les carburants qui flambaient. Le gazole avait grimpé de plus de 40 % sur un an dans les relevés d’avril. En mai, le relais est passé au gaz, dont les tarifs tirent à eux seuls l’essentiel de la hausse mensuelle.
Cette bascule change la nature de la douleur. La pompe touche surtout les automobilistes. Le gaz, lui, frappe le chauffage et l’eau chaude, donc presque tous les foyers, y compris ceux qui ne roulent jamais. Un poste contre lequel il est difficile de se protéger quand l’hiver suivant approche.
Les fruits et légumes flambent, le reste tient
Deuxième zone rouge : l’assiette. L’alimentation dans son ensemble reste sage, à 1,2 % sur un an. Mais derrière la moyenne se cache un écart brutal. Les produits frais bondissent de 4,1 % sur un an en mai, contre 1,9 % le mois précédent. En quelques semaines, la dynamique a plus que doublé. Fruits, légumes, produits qui ne se stockent pas : ce sont eux qui partent le plus vite à la hausse.
Le reste du panier amortit le choc. Les produits manufacturés baissent même de 0,6 % sur un an, signe que les vêtements, l’électroménager ou le mobilier ne participent pas à l’emballement. Les services accélèrent doucement, à 2,0 %. Le tabac reste sur sa pente habituelle, à 3,2 %. C’est donc une inflation très ciblée, concentrée sur deux postes que personne ne peut éviter : se chauffer et se nourrir.
Mesurée selon l’indice harmonisé qui sert aux comparaisons européennes, la hausse française grimpe même à 2,8 % sur un an. Un point de repère utile : il replace la France dans le viseur des 2 % visés par la Banque centrale européenne, un seuil de nouveau dépassé après des mois de répit.
Pour un foyer, l’effet ne se répartit pas équitablement. Un ménage qui se chauffe au gaz et achète chaque semaine des fruits et légumes frais subit une inflation bien supérieure aux 2,4 % affichés, puisque ces deux postes concentrent presque toute la hausse. À l’inverse, un foyer qui cuisine peu de produits frais et se chauffe à l’électricité voit sa facture grimper beaucoup plus lentement. La moyenne nationale cache donc des situations très contrastées d’un budget à l’autre.
Le SMIC grimpe de 34 euros
Quand les prix franchissent un certain seuil, un mécanisme se déclenche tout seul. C’est ce qui vient d’arriver au salaire minimum. Parce que l’indice a progressé d’au moins 2 % depuis sa dernière révision, le SMIC a été relevé de 2,41 % au 1er juin, sans intervention politique, par simple application de la loi.
Concrètement, le SMIC mensuel brut passe à 1 867,02 euros pour 35 heures, contre un peu plus de 1 838 euros auparavant. En net, le salaire plancher atteint 1 477,93 euros, soit 34,82 euros de plus chaque mois, d’après les chiffres publiés par le gouvernement. Le taux horaire net grimpe à 9,74 euros.
Le calcul est vite fait pour les ménages concernés. Trente-quatre euros mensuels, c’est à peine de quoi compenser une facture de gaz qui gonfle et un caddie de fruits et légumes plus cher. La revalorisation court après l’inflation sans réussir à la rattraper, puisqu’elle se contente de refléter la hausse déjà passée. Tant que l’indice progresse plus vite que les salaires, le pouvoir d’achat des plus modestes continue de s’éroder, même avec un SMIC réindexé. Près de 3 millions de salariés sont payés au voisinage du SMIC en France, selon les estimations habituelles du ministère du Travail.
Le vrai verdict tombe le 12 juin
Une réserve s’impose. Les chiffres de mai restent provisoires. L’Insee les calcule sur un échantillon réduit et complète certains tarifs par des estimations. L’institut prévient lui-même que ces données ne doivent pas servir à indexer un loyer ou une pension tant qu’elles ne sont pas confirmées.
Le chiffre définitif de mai sera publié le 12 juin. La première estimation de juin, elle, est attendue le 30 juin. D’ici là, deux questions resteront en suspens : le gaz va-t-il continuer sur sa lancée pendant l’été, et les produits frais vont-ils se calmer une fois les récoltes de saison arrivées sur les étals. La réponse décidera si ce printemps n’était qu’un soubresaut ou le début d’une nouvelle vague.