Un mort, un bâtiment annexe détruit, et 198 ingénieurs russes dans des bus vers la frontière arménienne. Pour la quatrième fois depuis le début du conflit le 28 février, la centrale nucléaire de Bushehr a été touchée samedi. Pendant ce temps, Donald Trump fixait à Téhéran un ultimatum de 48 heures : trouver un accord ou rouvrir le détroit d’Ormuz, sous peine de « déchaîner les enfers ».
La quatrième frappe sur Bushehr et la chance qui s’épuise
La centrale de Bushehr occupe une position particulière dans ce conflit. C’est la seule centrale nucléaire opérationnelle d’Iran, construite avec l’aide de la Russie et implantée dans une ville de 250 000 habitants sur le littoral du golfe Persique. Samedi, un projectile a frappé ses abords, tuant un agent de sécurité et endommageant un bâtiment auxiliaire. L’Organisation iranienne de l’énergie atomique a précisé que les parties principales de la centrale n’avaient « pas été touchées » et que son fonctionnement n’avait « pas été affecté ».
L’Agence internationale de l’énergie atomique, le chien de garde nucléaire de l’ONU, a confirmé « aucune hausse du niveau de radiation » après l’incident. Son directeur général Rafael Grossi a néanmoins exprimé une « profonde préoccupation », rappelant que les sites nucléaires et leurs alentours « ne doivent jamais être attaqués », et que les bâtiments annexes peuvent contenir des équipements de sécurité vitaux. C’est la quatrième fois depuis le 28 février que le site est visé. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a dénoncé ce qu’il qualifie d’indifférence internationale face à ces attaques répétées.
Le groupe russe Rosatom a organisé samedi l’évacuation de 198 membres de son personnel depuis la centrale. « Vingt minutes après la frappe, les bus sont partis en direction de la frontière irano-arménienne », a déclaré son directeur général Alexei Likhachev à l’agence Interfax. Des évacuations avaient déjà été planifiées avant l’attaque, mais l’ampleur de cette vague est sans précédent depuis le début du conflit.
Trump fixe l’heure : deal ou inferno
Depuis le 27 mars, Donald Trump avait temporairement suspendu les frappes sur les installations pétrolières iraniennes pour laisser dix jours à Téhéran pour « conclure un accord ». Ce délai expirait samedi. Sur son réseau Truth Social, le président américain a réitéré sa menace en des termes peu diplomatiques : si l’Iran ne se met pas à la table ou ne rouvre pas le détroit d’Ormuz dans les 48 heures, « les enfers s’abattront sur eux ».
L’Iran a répondu par la voix d’Ebrahim Zolfaghari, porte-parole du quartier général Khatam al-Anbiya : « Si l’hostilité s’intensifie, toute la région se transformera en enfer pour vous. L’illusion de vaincre la République islamique d’Iran deviendra un bourbier dans lequel vous vous enfoncerez. » Les deux camps s’échangent exactement le même vocabulaire, signe d’une escalade rhétorique qui accompagne les frappes concrètes.
L’Iran a par ailleurs continué samedi à tirer des missiles sur Israël, les États du Golfe et l’Irak. Des débris de missiles interceptés ont causé des dégâts. Des explosions ont été entendues au-dessus de Jérusalem. Trump a aussi partagé une vidéo prétendant montrer une « frappe massive » sur Téhéran, affirmant que « de nombreux responsables militaires iraniens ont été éliminés ». Téhéran n’a pas confirmé, et Washington n’a fourni aucun détail supplémentaire.
Un F-15 abattu et 1/5 du pétrole mondial bloqué
Vendredi, un chasseur américain F-15 Strike Eagle a été abattu au-dessus du sud de l’Iran. Le pilote a été secouru selon des médias américains. Des experts militaires, dont Justin Bronk du Royal United Services Institute de Londres, ont identifié les marquages de l’appareil comme appartenant au 494e escadron de chasse, basé à la RAF Lakenheath, en Angleterre. La Grande-Bretagne, après avoir longtemps refusé que ses bases soient utilisées pour des frappes offensives, avait autorisé leur emploi à condition que ce soit « dans un but défensif limité et précis ». La destruction de l’avion complique politiquement la position du Premier ministre Keir Starmer, dont l’opinion publique reste très sceptique vis-à-vis du bombardement américain.
Un A-10 Warthog envoyé en mission de recherche et de sauvetage a aussi été touché, mais son pilote a pu être récupéré. L’Iran a annoncé rechercher l’équipage américain manquant, promettant des récompenses en cas de capture « vivant ».
C’est le contexte économique qui donne à ce conflit une dimension mondiale. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel mondiaux, est bloqué depuis plus d’un mois. Le baril de Brent, référence internationale, est passé de 73 dollars à plus de 100 dollars en quelques semaines, selon les chiffres de la BBC. Samedi, un premier navire appartenant à un grand armateur ouest-européen a traversé le détroit depuis le début du conflit, un carrier français. L’Iran a indiqué que les navires « non hostiles » pouvaient l’emprunter, mais les attaques répétées ont paralysé le trafic normal.
Le précédent nucléaire que personne ne veut nommer
La question que posent les experts depuis des semaines refait surface avec plus d’acuité après cette quatrième frappe sur Bushehr. Une centrale nucléaire n’est pas une usine ordinaire. Le réacteur de Bushehr, dont la construction a débuté dans les années 1970 sous le Shah avec l’aide allemande et s’est achevée en 2011 grâce à la Russie, fonctionne avec du combustible enrichi. Les bâtiments auxiliaires endommagés peuvent contenir des systèmes de refroidissement de secours, des générateurs diesel, des équipements de contrôle. Les experts de l’AIEA rappellent que c’est précisément ce type d’infrastructure qui a causé les problèmes à Fukushima en 2011, où les systèmes de secours ont cédé avant le coeur du réacteur.
Jusqu’ici, aucune fuite radioactive n’a été enregistrée. L’agence onusienne surveille la situation en temps réel. Mais la marge de sécurité rétrécit à chaque frappe, et les termes de l’ultimatum de Trump ne laissent pas de place à une désescalade progressive. Les 48 heures courent depuis samedi soir, heure de Washington. Si elles s’écoulent sans accord ni réouverture d’Ormuz, la question sera de savoir si les États-Unis et Israël frapperont plus fort, ou ailleurs.