Neuf mois. C’est tout ce qu’il a fallu à un robot chinois pour tripler sa vitesse de pointe et venir se coller dans le sillage du sprinteur le plus rapide de l’histoire. Le 13 avril, la caméra d’Unitree Robotics a filmé son H1 à 10,1 mètres par seconde sur une piste d’athlétisme. Usain Bolt, dans son 9,58 secondes resté au sommet depuis 2009, tournait à 10,44 m/s en moyenne.
De 3,3 à 10,1 m/s en moins d’un an
Août 2025, le même H1 bouclait son record interne à 3,3 m/s, la vitesse d’un joggeur moyen. Huit mois plus tard, il sprinte trois fois plus vite. Interesting Engineering évoque même une marge d’erreur technique sur la mesure, ce qui n’enlève rien au saut brutal de performance. Avant ce run, le record chez les robots humanoïdes était détenu par l’Atlas de Boston Dynamics à 2,5 m/s, rapporte Indian Defence Review. Autrement dit, en un an, la barre vient de quadrupler.
La course a été filmée et diffusée sur YouTube par la société de Hangzhou. Sur les images, la machine garde les bras près du corps, le buste droit, et tient la cadence sur plusieurs dizaines de mètres. Pas de chute, pas de dérapage. La séquence a explosé sur les réseaux asiatiques avant de fuiter dans la presse anglophone.
62 kilos, 80 cm de jambe, un LiDAR 3D
Le H1 pèse 62 kilos pour une longueur combinée cuisse-mollet de 80 centimètres, selon les fiches techniques reprises par cnTechPost. Chaque jambe compte cinq degrés de liberté, chaque bras quatre. Une batterie de 15 Ah, soit 0,863 kWh, alimente le tout. Côté perception, le robot embarque une caméra de profondeur et un LiDAR 3D pour naviguer sur piste sans toucher les bords. Unitree a tout fait en interne, de la chaîne cinématique aux moteurs à fort couple qui équipent les hanches et les genoux.
Le site cnTechPost souligne l’autre clé du bond : la synchronisation entre la perception, l’actionnement et les politiques de contrôle apprises par l’IA. Sans ce triple alignement, aucune machine bipède ne tient une foulée à 10 m/s. C’est exactement ce qui coinçait chez Atlas et chez les prototypes européens.
Bolt garde encore une foulée d’avance
Attention à la lecture des chiffres. Les 10,44 m/s de Bolt sont une moyenne sur 100 mètres. Son pic mesuré à Berlin en 2009 montait à 12,42 m/s, d’après les relevés biométriques publiés par la fédération internationale d’athlétisme et relayés par Indian Defence Review. Le H1 plafonne donc à 81 % de la pointe du Jamaïcain. Sur un chrono théorique au 100 mètres à 10,1 m/s de moyenne, la machine passerait la ligne en 9,90 secondes, soit 0,32 seconde derrière le record du monde.
Wang Xingxing, fondateur et PDG d’Unitree, ne cache pas son ambition. Au Forum des entrepreneurs de Yabuli début avril, il a déclaré au Securities Times que les robots humanoïdes passeraient sous la barre des 10 secondes au 100 mètres d’ici le milieu de 2026. Quelques mois donc, pas quelques années.
Zhejiang, MirrorMe, Tien Kung : toute la Chine court
Unitree n’avance pas seul. En février 2026, l’université du Zhejiang a dévoilé un humanoïde grandeur nature tapant les mêmes 10 m/s, selon cnTechPost. La même semaine, la société MirrorMe a présenté son robot Bolt, 175 cm pour 75 kilos, avec un pic identique. Et en 2025, le Tien Kung Ultra avait déjà bouclé un 100 mètres en 21,50 secondes lors des premiers Jeux mondiaux des robots humanoïdes, avant de terminer un semi-marathon en 2 heures 40 minutes. La course à la machine qui court vite est devenue un sport national.
Le résultat se voit dans les salons internationaux. Les exposants chinois monopolisent désormais les démonstrations bipèdes, là où Boston Dynamics et Agility Robotics dominaient encore il y a deux ans. Le marché mondial de la robotique humanoïde, estimé par Morgan Stanley à environ 5 000 milliards de dollars à horizon 2050, est redevenu une ligne d’affrontement géopolitique.
Pékin fait courir 70 équipes ce dimanche
Le timing n’est pas un hasard. Ce dimanche 19 avril, Pékin accueille le second Humanoid Robot Half Marathon. Plus de 70 équipes ont enregistré leurs machines pour les essais officiels, d’après Global Times. Les organisateurs ont annoncé vouloir prouver qu’un humanoïde peut tenir la distance sur 21 kilomètres sans recharge ni chute majeure. Une vitrine idéale pour le H1 et ses concurrents, quelques jours après le run record.
L’an dernier, trois robots seulement avaient franchi la ligne d’arrivée sur vingt engagés. Cette année, les ingénieurs espèrent passer le seuil symbolique des 50 % de finishers. Les organisateurs ont prévu des points de ravitaillement en batteries le long du parcours, un détail qui illustre à quel point l’autonomie reste le talon d’Achille de ces machines.
Le logiciel, point faible avoué par Wang
Dans une interview au Securities Times, Wang Xingxing a tenu un discours inattendu pour un patron qui vient de casser un record. Le moment ChatGPT de l’intelligence incarnée, a-t-il confié, demande encore de la patience au niveau logiciel. Il chiffre à deux ou trois ans le temps nécessaire pour que ces robots fassent autre chose que sprinter ou porter des cartons en environnement cadré.
La bataille se déplace donc vers la généralisation des tâches et les modèles d’apprentissage. Un robot qui court, cela impressionne la galerie. Un robot qui remplit un lave-vaisselle dans n’importe quelle cuisine sans s’emmêler les pieds, cela reste un rêve d’ingénieur. Boston Dynamics, Figure AI et Tesla avec son Optimus se concentrent justement sur ces usages domestiques et industriels, au prix de vitesses nettement plus basses.
4,2 milliards de yuans levés, 20 000 unités attendues
Les performances sportives nourrissent la machine financière. Unitree a déposé en mars son dossier d’introduction en bourse sur le STAR Market, le Nasdaq chinois, pour lever 4,2 milliards de yuans en cédant 10 % du capital. Cela valorise le groupe autour de 42 milliards de yuans, soit 5,4 milliards d’euros. La société prévoit d’expédier entre 10 000 et 20 000 machines en 2026, contre 5 500 en 2025. Une multiplication par trois à quatre en un an.
Les clients ? Laboratoires universitaires, centres de R&D industriels, armées pour le volet démonstrateur, et une poignée de collectionneurs fortunés. Aux tarifs pratiqués, autour de 16 000 dollars pour la version de base, le H1 reste un jouet à haute valeur ajoutée, pas encore un produit de masse.
Reste la question posée par chaque vidéo virale depuis des années : quand croiserons-nous un de ces robots dans la rue ? La réponse sortira peut-être du parcours de Pékin ce dimanche, si une poignée de machines termine les 21 kilomètres debout. Avant cela, Wang Xingxing a fixé une échéance plus spectaculaire, un 100 mètres robot sous les 10 secondes. Au rythme actuel, l’été pourrait suffire.