Une voiture à Dallas. Une autre à Houston. Vingt-quatre heures après le coup d’envoi officiel, c’est tout ce que le service de robotaxi de Tesla compte dans ces deux métropoles texanes qu’il vient pourtant d’ajouter à sa carte.
L’annonce XL, le déploiement XS
Le constructeur d’Elon Musk a publié samedi 18 avril un message sur X pour dévoiler son entrée dans les deux villes. Une vidéo de quatorze secondes a suivi, où l’on voit des Model Y circuler sans personne à l’avant. Les commentateurs pro-Tesla se sont enflammés. Sur le terrain, c’est plus froid. Le site indépendant Robotaxi Tracker, qui recense les véhicules visibles depuis l’application commerciale, n’a enregistré qu’un seul exemplaire actif dans chaque ville au bout de la première journée. Pour comparaison, Austin, où le service roule depuis juin 2025, compte aujourd’hui 46 voitures repérées, et environ 80 immatriculées dans la flotte locale selon Electrek. Parmi ces 80, seules quatre à douze rouleraient sans personne sur le siège passager.
Des zones grandes comme un quartier
Les deux géofences, ces périmètres invisibles à l’intérieur desquels les voitures acceptent de rouler, sont minuscules. À Houston, la zone couvre entre 12 et 25 miles carrés selon les estimations, soit environ 30 à 65 kilomètres carrés, centrés sur Jersey Village et Willowbrook. La métropole, elle, s’étale sur plus de 25 000 kilomètres carrés. À Dallas, le service se resserre autour de Highland Park, un quartier résidentiel huppé au nord du centre. La zone d’Austin, après dix mois d’exploitation, atteint désormais 245 miles carrés, autant dire qu’il a fallu presque un an pour atteindre ce périmètre. Tesla n’a communiqué ni le nombre de véhicules promis, ni un calendrier d’extension, ni le prix des courses, ni même si un humain restera assis devant le volant pour des raisons de sécurité. Un silence que TechCrunch qualifie d’« annonce remarquablement vide de détails ».
Waymo fait 500 000 courses par semaine à côté
L’autre grand acteur du transport autonome américain, Waymo, roule depuis février à Dallas et Houston, mais avec une échelle sans commune mesure. La filiale d’Alphabet revendique 500 000 trajets payants par semaine dans dix villes américaines, sans conducteur ni superviseur à bord. Une étude publiée fin 2025 par l’entreprise rapportait une baisse de 91 % des accidents graves par rapport aux humains sur le même kilométrage. Tesla, à l’inverse, a déclaré 15 collisions à la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) depuis le démarrage à Austin. Le taux rapporté au kilomètre parcouru serait quatre à neuf fois supérieur à celui d’un conducteur humain selon le benchmark utilisé, ont calculé plusieurs analystes après examen des documents publics.
Le service s’arrête quand il pleut
L’autre ligne gênante : le robotaxi Tesla renonce à rouler sous la pluie. Houston enregistre une centaine de jours de précipitations par an en moyenne. Pour un service censé rivaliser avec Uber et Lyft, la limitation est lourde. Dans la baie de San Francisco, le constructeur propose une formule parallèle, plus modeste, avec un chauffeur humain au volant. Rien de tel à Dallas ou Houston pour l’instant. Les clients qui ont tenté de commander une course dans les deux nouvelles villes ont jusqu’ici documenté une disponibilité proche de zéro sur l’essentiel de la journée, avec des pointes brèves dans la matinée où un créneau apparaît une fois sur deux.
Quinze accidents, un rapport à la NHTSA
La sécurité reste le point qui inquiète les régulateurs. Depuis le lancement d’Austin en juin 2025, Tesla a déposé quinze rapports d’accident auprès de la NHTSA, l’agence fédérale chargée de la sécurité routière américaine. Les incidents vont du choc arrière à basse vitesse à des sorties de voie dans des zones de travaux. L’administration a ouvert une enquête préliminaire en février 2026 sur le comportement des Model Y autonomes lorsqu’elles rencontrent des obstacles inattendus sur la chaussée. Aucune blessure grave n’a pour l’instant été déclarée. Mais comparé aux flottes humaines à kilométrage équivalent, le taux de collisions reste plusieurs fois supérieur selon les calculs indépendants. Waymo, de son côté, publie mensuellement son bilan de sécurité depuis 2023, un exercice de transparence que Tesla n’impose pas à sa propre division autonome.
Mercredi 22 avril, Wall Street écoute
Le calendrier n’est pas anodin. Mercredi 22 avril, Tesla publie ses résultats du premier trimestre. Les livraisons, déjà communiquées, s’établissent à 358 023 véhicules, en dessous des attentes des analystes. L’action cote autour de 400 dollars, au même niveau qu’en début d’année, et s’échange à 178 fois les bénéfices prévus sur douze mois. Pour le reste du secteur automobile, ce ratio tourne entre 8 et 12. Autant dire que la prime accordée par Wall Street ne s’explique pas par les chiffres de voitures vendues, mais par la promesse d’un avenir autonome. « Tesla n’étend pas un service de robotaxi, Tesla étend le récit d’un service de robotaxi, calibré pour un maximum d’impact sur les investisseurs », tranche Electrek dans son analyse du dimanche 19 avril. Et de synthétiser : « On dirait que Tesla a posé une voiture ou deux dans chaque ville et appelé ça un lancement. »
Sept villes promises, trois livrées
Elon Musk avait annoncé l’an dernier sept villes connectées au réseau d’ici fin juin. Dallas et Houston portent le total à trois, toutes au Texas. Restent Phoenix, Miami, Orlando, Tampa et Las Vegas. Le même document promettait un million de robotaxis en circulation d’ici 2028. À Austin, dix mois après le lancement, la flotte sans superviseur tient en quatre à douze exemplaires selon les jours. Les investisseurs qui écouteront le patron mercredi au téléphone voudront vérifier si le discours évolue, ou si le projet reste un pari sur la foi. L’appel démarre à 16 heures 30 heure de l’est, soit 22 heures 30 à Paris.