Dimanche à l’aube, huit enfants meurent sous les balles d’un seul homme à Shreveport, en Louisiane. Sept sont les siens, un autre leur cousin. Un garçon de 13 ans, lui, s’est jeté du toit pour fuir. La police parle de la tuerie la plus meurtrière aux États-Unis depuis janvier 2024.
Une femme à Harrison Street, des enfants à West 79th
Il est environ 5 heures du matin quand les premiers tirs claquent dans Harrison Street, un quartier du sud de Shreveport appelé Cedar Grove. Shamar Elkins, 31 ans, tire sur sa femme. Une balle en plein visage. Elle a été opérée en urgence dans la nuit, rapporte la chaîne locale KSLA, et son état reste grave mais stable.
Shreveport Police a retracé la suite pour CBS News. L’homme rejoint une maison voisine, au 300 West 79th Street. À l’intérieur, huit enfants et une deuxième femme. Il passe de chambre en chambre et tire. Trois garçons, cinq filles, de 3 à 11 ans. Aucun ne s’en sort. La deuxième femme est blessée gravement.
Dimanche soir, le bureau du coroner a rendu publics les huit prénoms. Jayla Elkins, 3 ans. Shayla Elkins, 5. Braylon Snow, 5. Khedarrion Snow, 6. Kayla Pugh, 6. Layla Pugh, 7. Markaydon Pugh, 10. Sariahh Snow, 11. Sept frères et sœurs. Une cousine.
Le saut du toit
Un neuvième enfant a survécu. Un adolescent de 13 ans, réveillé par les coups de feu, sort par une fenêtre, grimpe sur le toit de la maison et saute dans le vide. La chute lui casse plusieurs os. La police, citée par NPR, a confirmé qu’il devrait s’en remettre physiquement. Il est aujourd’hui le seul témoin direct encore vivant de ce qui s’est passé à l’intérieur.
Son saut pèsera sur toute l’enquête. Un gamin, seul, qui comprend ce qui arrive à ses frères et préfère le vide à la porte de sa chambre.
Course-poursuite jusque dans la paroisse voisine
Quand la patrouille arrive sur West 79th Street, juste avant 6 heures, Shamar Elkins a déjà disparu. Il vient de braquer un automobiliste à quelques rues de là et s’enfuit avec le véhicule. Une course-poursuite s’engage vers Bossier City, la paroisse voisine de l’autre côté de la Red River. Au 400 de Brompton Lane, les tirs reprennent entre la police et le fuyard. Il meurt sur place.
Les enquêteurs de la Louisiana State Police ne savent pas encore s’il a été abattu par une balle policière ou s’il s’est tiré une dernière balle. L’autopsie est en cours.
Aucun antécédent de violences conjugales
Shamar Elkins avait 31 ans. Il a grandi à Shreveport, servi dans la Garde nationale de Louisiane de 2013 à 2020, sans aucun déploiement à l’étranger. Son casier mentionnait une arrestation pour détention d’arme en 2019, selon Fox News. Rien d’autre. Aucune plainte pour violences intrafamiliales, aucune mesure d’éloignement, aucune alerte sociale.
Le chef de la police Wayne Smith, visiblement secoué face aux caméras, a concédé : « je ne sais tout simplement pas quoi dire ». Le maire Tom Arceneaux a parlé de « la pire tragédie que Shreveport ait peut-être jamais connue ». Le porte-parole Chris Bordelon, lui, a martelé que « cette affaire est entièrement d’ordre domestique », une manière de dire qu’aucun motif raciste, terroriste ou politique n’était recherché.
7e tuerie de masse de l’année aux États-Unis
Pour le Gun Violence Archive, l’organisation indépendante qui recense depuis 2013 toutes les fusillades américaines, Shreveport devient la septième « mass killing » de 2026. L’ONG, qui ne milite ni pour ni contre les armes, applique une définition stricte : au moins quatre personnes tuées lors d’un même événement, tireur exclu. Avant Shreveport, six épisodes avaient déjà franchi ce seuil cette année, à Cedar Bluff (Mississippi, 9 janvier, 6 morts), Lawrenceville (Géorgie, 23 janvier), Plainview (Texas, 7 février), entre Sarasota et Fort Lauderdale (Floride, 10 février, 6 morts), Edinburg (Texas, 28 février) et Amarillo (Texas, 22 mars). En cumulé, 36 personnes avaient péri dans ces six dossiers. Shreveport ajoute huit enfants d’un coup.
Le compteur plus large des « mass shootings » (quatre victimes au total, blessées ou mortes) a déjà franchi la barre des 271 incidents depuis le 1er janvier. Sur l’année complète, l’Archive recense plus de 12 000 morts par balle aux États-Unis, dont plusieurs centaines d’enfants de moins de 12 ans blessés ou tués. Les chiffres de 2026 sont en léger recul par rapport à 2025 (407 « mass shootings »), mais restent supérieurs à la moyenne d’avant 2020.
La Louisiane, deuxième État le plus meurtrier
La Louisiane n’est pas un hasard. L’État affiche l’un des taux de mortalité par arme à feu les plus élevés du pays, derrière le seul Mississippi, selon les Centers for Disease Control and Prevention. Plus de 28 décès pour 100 000 habitants, contre 13,6 au niveau national. Shreveport, troisième ville de l’État, concentre à elle seule une partie de ces drames.
La dernière fusillade ayant fait autant de morts aux États-Unis remonte à janvier 2024, dans un lycée de l’Iowa. Depuis, la plupart des tueries s’étaient soldées par cinq ou six victimes. L’événement de dimanche marque donc un nouveau point haut pour l’année en cours, et le plus lourd bilan d’enfants tués par un proche depuis la fusillade de Parkland en 2018.
Un quartier sous choc
Cedar Grove est une zone populaire du sud de Shreveport, coincée entre l’Interstate 49 et la Red River. Lundi matin, les rues étaient silencieuses. Des voisins avaient déposé peluches, fleurs et bougies devant la maison du 300 West 79th Street. La conseillère municipale Tabatha Taylor a appelé les habitants à « entourer cette famille et cette communauté ». Une cagnotte a été lancée pour les frais d’obsèques et la prise en charge psychologique de l’adolescent rescapé.
Le procureur de la paroisse de Caddo devrait préciser dans les jours qui viennent si une procédure posthume sera ouverte contre Shamar Elkins, désormais mort. Les obsèques collectives des huit enfants sont annoncées pour la fin de la semaine à Shreveport.