Le cessez-le-feu n’a pas tenu vingt-quatre heures. Samedi matin, un tir d’arme légère a fauché le sergent-chef Florian Montorio dans le sud du Liban. Trois de ses camarades du 17e régiment du génie parachutiste sont tombés avec lui, deux dans un état jugé grave.
Une route à rouvrir, une embuscade qui attendait
Le convoi français progressait vers un poste isolé par les combats, dans le secteur de Deir-Kifa. Mission routinière du 17e RGP de Montauban depuis son arrivée le 20 janvier : neutraliser les engins explosifs, rétablir une liaison que la guerre entre Israël et le Hezbollah avait coupée pendant plusieurs jours. C’est pendant cette reconnaissance que le feu éclate. Selon l’ONU, des « acteurs non étatiques » ouvrent le feu à très courte portée. Le sergent-chef meurt sur le coup. Ses trois camarades sont évacués vers un hôpital de campagne au sud de Tyr.
Le village cité par les autorités onusiennes s’appelle Ghanduriyah. À une dizaine de kilomètres au nord de la frontière israélienne, en plein secteur où la FINUL tentait depuis vendredi de rouvrir les axes coupés par quatre semaines d’échanges d’artillerie. La fiche de mission la plus banale du casque bleu européen. Un convoi, un détecteur, un poste voisin à débloquer.
Paris pointe, le Hezbollah dément
À l’Élysée, le ton est tranchant. « Tout laisse à penser que la responsabilité de cette attaque incombe au Hezbollah », écrit Emmanuel Macron. Le président exige des autorités libanaises l’arrestation « immédiate » des coupables et réclame qu’elles prennent « leurs responsabilités aux côtés de la FINUL ». Le Hezbollah rejette l’accusation dans un communiqué lapidaire et appelle la France « à faire preuve de prudence » avant toute désignation.
Beyrouth tente de jouer la ligne de crête. Le président libanais Joseph Aoun condamne l’embuscade et promet que les auteurs seront traduits en justice. La FINUL, elle, ne prend pas de gants. Dans son communiqué du jour, la force qualifie l’attaque de « délibérée » et rappelle qu’elle viole la résolution 1701, le texte onusien de 2006 qui organise le cessez-le-feu israélo-libanais et le déploiement des casques bleus.
Six cents Français pour 120 km de frontière
Ils sont plus de 600 à porter le béret bleu français au Liban. Contingent parmi les plus lourds de la FINUL, aux côtés des Italiens et des Indiens. Chaque militaire signe pour quatre mois. Florian Montorio en avait fait presque trois. Fin de mandat prévue début juin, retour à la base de Montauban, famille qui compte les semaines. La force onusienne mobilise aujourd’hui près de 10 000 soldats issus de 48 pays, tous chargés de tenir une frontière de 120 kilomètres que l’armée israélienne, le Hezbollah et des groupes palestiniens traversent à leur guise.
Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française à l’ONU, résume la logique à Franceinfo : « Le Hezbollah n’a pas l’intention de voir des Casques bleus s’ingérer dans les combats avec l’armée israélienne. » Autrement dit, la FINUL gêne, et les coups qu’elle prend ne sont presque jamais des accidents.
1978, 1983, 2006, 2026
Depuis la création de la FINUL en mars 1978, la France y a laissé 37 soldats. Le premier colonel commandant les forces françaises tombait dès l’été 1978, 17 balles dans le corps, lors d’une embuscade montée par un groupe palestinien. À ce bilan officiel s’ajoutent les 58 parachutistes soufflés dans l’attentat de l’immeuble Drakkar à Beyrouth en octobre 1983, attribué au Hezbollah alors naissant. En 2006, une bombe israélienne écrase quatre casques bleus dans leur abri de Khiam. En 2026, une balle tirée à bout portant fait tomber le 38e Français de l’opération.
Entre 2006 et ce samedi, la FINUL a enregistré ses dernières pertes françaises au compte-gouttes. La bannière onusienne, toutes nationalités confondues, totalise 334 hommes perdus depuis le lancement de l’opération, selon les archives du département des opérations de paix de l’ONU. Record absolu pour une mission de maintien de la paix encore active. Preuve, aussi, que le Liban-Sud ne se laisse pas tenir par un texte de six pages.
Ce que la trêve avait oublié d’écrire
Vendredi 17 avril, au sortir de tractations menées à Washington, Israël et le Liban annonçaient l’arrêt des hostilités. Un soulagement, après quatre semaines d’échanges meurtriers depuis le début de la campagne américano-israélienne contre l’Iran fin février. La trêve prévoyait le retour des déplacés vers les villages du Sud, un recul des lignes israéliennes et une opération de déminage massive pilotée par la FINUL. Elle ne disait rien, en revanche, du statut des groupes armés non-étatiques qui opèrent dans la zone tampon.
Résultat : pendant que les familles rentrent à Khiam ou à Blida avec leurs matelas sur le toit des voitures, la route militaire reste minée, au propre comme au figuré. La FINUL tente de déblayer, le Hezbollah refuse de voir des uniformes bleus sur ses lignes arrières, les convois prennent des balles. Le schéma n’est pas nouveau. Il l’est simplement redevenu.
L’enquête, le Conseil, et Montauban
La FINUL a fait remonter le dossier au Conseil de sécurité dès samedi après-midi. Paris a obtenu la convocation d’une réunion d’urgence. L’enquête devra désigner précisément le groupe responsable, puisque le Hezbollah refuse toute revendication. Sans preuve judiciaire solide, la pression diplomatique française butera sur un mur libanais attaché à son fragile équilibre gouvernemental.
La dépouille du sergent-chef Montorio sera rapatriée dans les prochaines heures. Direction Montauban, base du 17e RGP. L’adjudant-chef Arnaud Frion, 42 ans, tué par un drone pro-iranien au Kurdistan irakien le 12 mars, avait reçu les honneurs militaires à la même caserne cinq semaines plus tôt. Un hommage national, organisé par l’Élysée, est attendu dans la semaine. Le Conseil de sécurité se réunit mardi à New York.