Un billet pour la finale de la Coupe du monde 2026 s’affiche à 2 299 998,85 dollars. Le MetLife Stadium du New Jersey n’ouvrira pourtant ses portes que le 19 juillet. Pendant que les supporters mettent leur budget de côté, la Fifa encaisse déjà 30 % sur chaque transaction.
Quatre places et un prix fou
Repérés par Tribuna mercredi soir, quatre sièges figurent pour ce prix sur la plateforme de revente officielle du Mondial. Le lot, tous en tribune basse derrière l’un des buts, part donc à 9,2 millions de dollars pour un seul match. Ce n’est pas un bug. La même plateforme propose une dizaine d’autres places au-dessus des 200 000 dollars en catégorie basse, et quelques-unes à 100 000 dollars en tribune supérieure. Eurosport, qui a passé en revue plusieurs catégories vendredi matin, parle d’un marché « totalement affolé » pour une finale qui se joue dans trois mois.
Les prix initiaux fixés par la Fifa, mis en vente entre décembre et janvier, oscillaient pourtant entre 4 185 et 8 680 dollars pour ce même match. La place la moins chère encore disponible pour la finale s’affiche aujourd’hui à 10 923,85 dollars, selon le suivi de Tribuna. Soit déjà plus du double du tarif officiel, même pour des sièges tout en haut du stade.
La Fifa encaisse des deux côtés
La particularité, c’est que la Fifa ne laisse pas simplement faire. Elle organise. Sa documentation officielle, publiée sur le portail client du Mondial, fixe une commission de 15 % pour le vendeur et de 15 % pour l’acheteur sur chaque transaction conclue via la plateforme. Soit 30 % prélevés au passage, quel que soit le prix affiché. Sur un billet finale revendu 2,3 millions de dollars, l’organisation internationale du football empoche près de 690 000 dollars en une seule opération.
Rapportée par Goal.com dès la mise en ligne du service, cette grille de frais n’existait ni au Qatar en 2022, ni en Russie en 2018. La Fifa bannissait alors toute revente en dehors de ses listes restreintes, avec billets nominatifs et contrôle d’identité à l’entrée. Le tarif maximal d’une finale, au Qatar, plafonnait à 1 607 dollars pour la catégorie 1, d’après les barèmes archivés par la fédération. Quatre ans plus tard, le modèle a volé en éclats.
Seul le Mexique a obtenu un plafond
Trois pays accueillent le tournoi : les États-Unis, le Canada et le Mexique. Et c’est là que le texte réglementaire devient intéressant. Pour les matches joués au Mexique, la Fifa applique une règle particulière au marché secondaire, documentée sur son site : les billets ne peuvent être listés qu’au prix d’achat original, pas un centime de plus. Cette exception résulte d’une loi locale, qui interdit la spéculation sur les titres d’accès à un événement sportif ou culturel.
Pour les matches côté américain ou canadien, aucun plafond. La Fifa justifie ce traitement asymétrique en pointant la taille et la complexité du marché secondaire nord-américain. Trop gros, trop lucratif, pas question d’y toucher. Le résultat se lit en direct sur la plateforme : Mexico retourne ses places à 4 000 dollars, New York les remet en vente à plus d’un million.
Deux millions de places encore disponibles
Le paradoxe, c’est que la rareté affichée cache un stock réel. D’après un bilan relayé par MSN Finance, près de deux millions de places restent à écouler sur l’ensemble du tournoi, réparties entre les 104 matches des 16 villes hôtes. Un chiffre lié au passage à 48 équipes, contre 32 au Qatar. Mais la finale au MetLife, l’Estadio Azteca de Mexico et le BMO Field de Toronto tournent en tension permanente depuis l’ouverture des guichets.
Cette rareté perçue nourrit la spéculation. Des courtiers professionnels, inscrits aux tirages préférentiels, achètent en décembre à 8 000 dollars et remettent leurs lots dès le printemps, dix, vingt, parfois cinquante fois plus cher. Le marché affiche donc simultanément des billets à 10 000 dollars pour ceux qui attendent et des places à sept chiffres pour les collectionneurs ou les entreprises. Pas de régulation entre les deux.
Les supporters européens pris entre deux feux
Côté européen, les associations de supporters avancent prudemment. L’organisation Football Supporters Europe, consultée sur le sujet par plusieurs médias britanniques, rappelle qu’en 2022 elle avait déjà alerté sur les dérives du ticket nominatif et réclame cette fois un plafond encadré par le droit américain. Pour l’instant, personne ne bouge à Washington. Et plusieurs associations d’usagers alertent en parallèle sur les conditions d’entrée aux États-Unis pour la compétition, rapportait Le Parisien le même jour. Frais d’ESTA révisés, files d’attente prolongées à la frontière, contrôles renforcés. Le prix du billet n’est que la partie visible.
Pour un supporter européen comptant assister à trois matches de groupe, il faut aujourd’hui budgéter entre 7 000 et 12 000 euros tous frais compris, selon les estimations relayées par Goal.com, hors billet de finale. Les vols transatlantiques vers les villes hôtes ont déjà grimpé de 40 % depuis janvier, selon les relevés de la plateforme Skyscanner cités par la BBC. Les hôtels autour du MetLife affichent complet sur les trois nuits entourant le 19 juillet.
Du côté français, la Fédération n’a pas réagi publiquement à la grille de commissions. Les clubs de supporters tricolores, eux, ont ouvert des listes d’attente pour un voyage groupé. Le Club France 2026 vise officiellement 5 000 adhérents à l’été, soit trois fois moins que pour le Qatar, signe d’un renoncement déjà visible avant même le tirage définitif des huitièmes.
Le plus cher reste à venir pour les familles qui avaient coché 2026 sur leur calendrier depuis le sacre de l’Argentine à Doha. Les derniers tirages préférentiels ferment en mai. Après cette date, seuls les revendeurs, et la plateforme officielle qu’elle-même a mise en ligne, décideront de ce qu’il reste à payer pour voir jouer les Bleus.