McDonald’s n’ouvre pas plus de vingt-cinq adresses par an en France. Tasty Crousty, lancé fin 2024, vient d’en aligner soixante en un an et demi. Le burger n’est plus l’unique roi du fast-food tricolore, et la trajectoire des nouvelles chaînes de poulet le rappelle de façon spectaculaire.

Sept enseignes en 2019, seize en 2025

Le cabinet Strateg’eat a posé des chiffres sur un phénomène que tout le monde voit dans les rues commerçantes. Le marché tricolore du poulet frit ou grillé pesait 670 millions d’euros et reposait sur sept enseignes en 2019. Six ans plus tard, le cabinet en compte seize qui se partagent près de 1,3 milliard d’euros, comme l’a rapporté Le Monde dans son édition du 9 mai. Le secteur a quasiment doublé pendant que le reste de la restauration rapide avançait à pas comptés.

À côté des Popeyes et KFC implantés de longue date, une dizaine d’enseignes nationales ou régionales ont poussé. Tasty Crousty, Master Poulet, Chicken Spot, Krousty et d’autres concepts plus locaux occupent désormais des emplacements que les bistrots et les sandwicheries laissaient vacants. Le rapport quantité-prix finit toujours par arriver dans la conversation : un poulet entier vendu 7,50 euros chez Master Poulet, un pilon à 1 euro, des formules sous les dix euros pour deux personnes.

Tasty Crousty, plus rapide que McDonald’s

Tasty Crousty, c’est l’histoire de trois frères, Galo, Mamadou et Omar Diallo, qui ont ouvert leur première boutique fin 2024. Un an et quelques mois plus tard, la marque revendique soixante restaurants en France et a déjà franchi les frontières en s’installant en Belgique et en Algérie. Le Maroc, le Canada et le Royaume-Uni figurent sur la liste des prochaines ouvertures, selon les données collectées par Le JDD.

Pour donner un ordre de grandeur, McDonald’s aligne plus de 1 600 restaurants dans l’Hexagone et reste le numéro un absolu de la restauration rapide en France. Mais la chaîne américaine n’ouvre pas plus de vingt-cinq adresses neuves par an, comme l’a rappelé Strateg’eat au quotidien du soir. Tasty Crousty a fait deux fois et demi mieux sur cette cadence avec une marque qui n’existait pas il y a dix-huit mois. Le concept tient en un mot : le crousty, plat unique servi à prix unique, façon McRib sans McDo.

Master Poulet et la recette du halal grillé

Master Poulet a été le premier à faire bouger les lignes. L’enseigne a ouvert sa première boutique à Saint-Ouen en 2019 et compte aujourd’hui une trentaine de points de vente, dont vingt-huit en Île-de-France selon LSA Conso. Le concept tient en trois mots : poulet grillé, halal, à emporter. Pas de salle, pas de service à table, juste une vitrine qui crache son volume sur le trottoir.

La grille tarifaire affichée à l’extérieur a fait office de prospectus géant. Sept euros cinquante le poulet entier. Trois euros la barquette de pâtes ou de riz garnie de poulet. Deux euros cinquante la cuisse ou la portion de pommes de terre. Un euro le pilon seul. Pour une famille qui faisait la queue chez McDo le samedi soir, le calcul s’est imposé tout seul. La marque a depuis essaimé dans plusieurs villes de banlieue parisienne et commence à pousser au-delà du périphérique.

Pourquoi le poulet a doublé le burger

Le succès du poulet doit beaucoup au moment économique. Le pouvoir d’achat des ménages français reste sous tension après trois ans d’inflation alimentaire, et la nourriture pas chère qui rassasie a la cote. Le poulet frit ou grillé tape juste : c’est protéiné, ça remplit, ça reste lisible sur un ticket de caisse. La consommation française de viande de volaille atteint près de 28 kilos par habitant et par an selon FranceAgriMer, l’établissement public en charge de la filière, soit un niveau record qui a creusé l’écart avec le bœuf depuis 2020.

L’autre facteur, c’est la place du halal. Une partie des nouvelles enseignes vendent des poulets certifiés halal, ce qui leur ouvre des bassins de clientèle que les chaînes installées ne ciblent pas en priorité. Master Poulet en a fait un argument de marque, sans le crier en façade. Tasty Crousty s’adresse également à ce public, ce qui explique en partie la rapidité de son maillage en banlieue.

Reste l’effet McDonald’s. La chaîne américaine tient depuis vingt ans la première place du fast-food français, mais elle est devenue plus chère. Un menu Big Mac complet dépasse régulièrement les onze euros en 2026, quand un repas chez Tasty Crousty se situe entre six et neuf euros. Quand le portefeuille tranche, le burger lâche du terrain.

Les restaurateurs traditionnels sur la touche

Tout le monde n’applaudit pas. Plusieurs chefs de quartier dénoncent une industrialisation du paysage urbain, avec des enseignes au design quasi identique qui remplacent les bistrots et les brasseries de proximité. Les municipalités, elles, voient surtout des baux commerciaux occupés vite et des emplois locaux peu qualifiés mais réels. Le débat n’est pas tranché, et il dépendra de la manière dont ces chaînes se comportent sur la durée. La restauration rapide a déjà connu plusieurs vagues qui se sont effondrées en silence : sandwicheries gourmet, smoothies à 8 euros, comptoirs de poke bowls.

Le prochain test s’écrit déjà pour Tasty Crousty : ouvrir au Maroc, au Canada et au Royaume-Uni cette année tout en tenant la cadence en France. Si l’enseigne réussit son passage à l’international, elle aura accompli en deux ans et demi ce que McDonald’s a mis trente ans à bâtir dans l’Hexagone. KFC et Popeyes, eux, peaufinent déjà leur réponse, avec des formules à moins de huit euros qui apparaissent depuis le printemps sur leurs bornes de commande.