Sous la barre des 15 000 euros, fabriquée en Italie, propulsée par une batterie. La Citroën 2CV ressuscite, jeudi 21 mai, lors de la présentation du plan stratégique de Stellantis à Detroit. Premier exemplaire prévu en 2028, soit 38 ans après l’arrêt de la production originale.
L’annonce signée depuis Detroit
Xavier Chardon, le patron de Citroën, a confirmé le retour de l’icône depuis le siège nord-américain du groupe. La 2CV électrique fera partie d’une nouvelle famille baptisée E-Car, dont les quatre lettres traduisent autant de promesses pour Stellantis : européenne, émotionnelle, électrique, environnementale. Plusieurs versions sont prévues, sous les marques Fiat et Citroën pour démarrer, possiblement Opel à terme. Sur scène, seule une silhouette aux phares allumés a été montrée, suffisante pour reconnaître la rondeur des feux ronds d’origine.
« C’est un moment très important parce que, en 1948, la 2CV avait donné la liberté de mobilité à des millions de personnes, et 80 ans plus tard, la nouvelle 2CV va démocratiser la mobilité électrique », a déclaré Xavier Chardon, cité par le Journal de l’Auto.
Pomigliano d’Arco, le berceau de la Panda
Le choix de l’usine italienne de Pomigliano d’Arco peut piquer la fierté hexagonale. C’est là, près de Naples, que sortent depuis 1980 les Fiat Panda, l’autre voiture populaire du Sud de l’Europe. Stellantis y voit la garantie d’un coût de production tenu et d’un savoir-faire historique sur les citadines à petits prix. Reste qu’une 2CV produite hors de France, c’est une première dans l’histoire du modèle. La production originale, lancée en 1948, est sortie des chaînes de Levallois jusqu’en 1988, puis du Portugal jusqu’en juillet 1990.
Le pari fou des moins de 15 000 €
Aujourd’hui, aucune voiture neuve homologuée en France ne descend sous ce seuil en électrique. La Citroën ë-C3 démarre à 19 990 euros, la Renault Twingo E-Tech à venir cette année à 19 900 euros, la Dacia Spring à 16 900 euros. Casser la barre des 15 000 euros, c’est passer sous le prix moyen d’une Clio thermique d’entrée de gamme. Le défi industriel est colossal : la batterie, l’électronique embarquée et les chaînes d’assemblage continentales pèsent plus lourd que leurs équivalents chinois. Pour y arriver, Stellantis mise sur des partenariats à venir, l’effet de volume entre plusieurs marques, et une plateforme strictement européenne baptisée STLA Small.
78 ans après, le même cahier des charges
Le clin d’œil à l’histoire est limpide. Pierre-Jules Boulanger, alors patron de Citroën, avait passé en 1937 commande d’« une voiture capable de transporter quatre personnes et 50 kg de pommes de terre à 60 km/h », et pouvant traverser un champ labouré sans casser le panier d’œufs posé sur la banquette arrière. La Deuche a tenu sa promesse : près de 3,87 millions d’exemplaires écoulés en 42 ans de production. Aujourd’hui, le cahier des charges reste proche, transposé à l’âge électrique : transporter quatre personnes sur 200 à 300 kilomètres, dans une caisse simple, légère, et accessible.
Trois ratés avant le grand retour
Citroën a déjà tenté de ressusciter sa légende, sans jamais finir le travail. En 2009, le concept Revolte avait été dévoilé au salon de Francfort, ouvertement inspiré de la 2CV. Suite zéro. En 2010, le Survolt en reprenait la ligne avant, sans déboucher sur un modèle de série. En 2015, le C4 Cactus se réclamait de la simplicité originelle, mais la version commerciale tombait loin du concept et déçut. Christophe Jaussaud, du Journal de l’Auto, parle de « dix ans de mal de tête » pour les équipes produits et marketing de la marque. Cette fois, la pression est forte : Citroën pèse moins de 4 % des ventes mondiales de Stellantis, contre près de 8 % pour Fiat et plus de 12 % pour Peugeot, selon les données publiées par le groupe.
Le plan FaSTLAne 2030 en arrière-plan
L’annonce s’inscrit dans le plan stratégique FaSTLAne 2030, dévoilé le même jour par le directeur général Antonio Filosa et le président John Elkann. Le projet est musclé : 60 milliards d’euros investis dont 36 milliards dans les marques automobiles, plus de 60 nouveaux modèles d’ici 2030, et 6 milliards d’économies annuelles dès 2028. Le communiqué officiel publié par Stellantis sur son site mentionne aussi un objectif de croissance de 25 % du chiffre d’affaires en Amérique du Nord, et 15 % en Europe. La Bourse, elle, a fait grise mine : l’action Stellantis a perdu plus de 4 % en séance, jugée par les analystes citées par CNBC trop peu lisible sur la rentabilité à court terme.
Pour les acheteurs, un signal concret
Pour les conducteurs, la promesse est plus tangible : retrouver, sur le créneau de la citadine propre, des prix que les constructeurs chinois ont longtemps gardés pour eux. Sans bonus écologique, BYD vend sa Dolphin Surf à partir de 19 990 euros, MG sa MG4 à 24 990 euros. Une 2CV électrique à 14 500 ou 14 900 euros remettrait Citroën devant le marché européen, à condition que la marque tienne le prix annoncé jusqu’à la sortie. Une donnée que le ministère de la Transition écologique surveille de près, alors que les ventes de véhicules électriques ont reculé de 8 % en France sur les quatre premiers mois de 2026, selon les chiffres communiqués par la Plateforme automobile.
Rendez-vous au Mondial de Paris
Pour découvrir les premiers contours réels de la nouvelle 2CV, il faudra patienter jusqu’au Mondial de l’Auto, à Paris, du 12 au 18 octobre 2026. Un prototype y sera dévoilé en grandeur réelle, aux côtés de l’équivalent Fiat. Production lancée en 2028, commercialisation prévue dans la foulée. D’ici là, les amateurs de la Deuche d’origine pourront toujours se rabattre sur les exemplaires qui circulent encore, dont une partie est encore en circulation selon les fédérations de véhicules anciens. Une fidèle clientèle qui attend, depuis trente-six ans, de pouvoir s’asseoir derrière un volant flambant neuf siglé 2CV.