Cent-quatorzième à la WTA. C’est le classement de la joueuse qui entre jeudi sur le court Philippe-Chatrier pour une demi-finale de Roland-Garros. Maja Chwalinska n’avait jamais battu une membre du top 50 avant la quinzaine parisienne. Elle vient d’en sortir trois en deux semaines.
La gauchère polonaise de 24 ans résumait elle-même sa situation après un de ses succès, micro tendu par TNT Sports : « Personne ne me connaît, pour être honnête. » Le constat n’a plus tenu très longtemps. À mesure que les têtes de série tombaient, son nom a grimpé en haut de l’affiche d’un tournoi devenu méconnaissable.
Huit matchs gagnés, zéro répit
Chwalinska n’est pas arrivée dans le tableau principal par la grande porte. Il a fallu passer par les qualifications, trois tours disputés la semaine précédant le tournoi, avant même que les stars ne foulent la terre battue. Depuis ce premier match de qualif, elle aligne huit victoires consécutives. Personne d’autre dans le tableau féminin n’a fait mieux cette année.
Son parcours raconte une montée en puissance plutôt qu’un coup de chance isolé. La Polonaise a écarté la Française Diane Parry devant un public acquis à son adversaire, puis a continué de faire chuter des joueuses mieux classées qu’elle. En quart, face à la Russe Anna Kalinskaya, vingt-deuxième tête de série, elle s’est imposée 7-6 (3), 6-3, sans trembler dans les moments chauds.
Le chiffre qui dit tout : avant Paris, Chwalinska n’avait jamais signé la moindre victoire contre une joueuse du top 50 sur le circuit principal. En une seule quinzaine, elle en a battu trois. Et il ne s’agissait que de sa troisième présence dans un tableau principal de Grand Chelem.
Le profil détonne dans le tennis moderne, où les talents sont repérés et formés très tôt. La Polonaise a longtemps navigué sur le circuit secondaire, celui des tournois ITF et des qualifications ratées, loin des projecteurs et des gros chèques. Avant cette quinzaine, son gain total en carrière sur le circuit principal restait modeste. Les deux semaines parisiennes lui rapportent déjà davantage que plusieurs saisons cumulées, et la propulseront mécaniquement de la 114e place vers le top 50, un bond qu’elle n’avait jamais approché.
La deuxième de l’histoire à Paris
Atteindre le dernier carré en sortant des qualifications relève de l’anomalie statistique. Dans l’histoire de Roland-Garros, une seule joueuse l’avait fait avant elle depuis le début de l’ère Open : l’Argentine Nadia Podoroska, autrice d’une épopée similaire en 2020 avant de buter sur Iga Swiatek, future lauréate. Six ans plus tard, Chwalinska devient la deuxième.
En élargissant à l’ensemble des tournois du Grand Chelem, elles ne sont que six joueuses, toutes époques confondues, à avoir rejoint une demi-finale après être passées par les qualifications. Le club compte des noms qui parlent davantage au grand public, comme la Britannique Emma Raducanu, sacrée à l’US Open 2021 dans des conditions comparables. Chwalinska, elle, vise désormais la finale.
En face, la bourreau de la n°1 mondiale
Pour y parvenir, la Polonaise devra écarter une joueuse qui sort elle aussi d’un exploit. Diana Shnaider, 22 ans, vingt-cinquième mondiale, a renversé la n°1 mondiale Aryna Sabalenka en quart, dans un match qui semblait pourtant plié. Menée 6-3 puis 4-1 dans la deuxième manche, la Russe a vu son adversaire servir pour le gain de la rencontre à 5-4 et écarter deux balles de match.
Ce qui a suivi tient du naufrage pour la favorite. Shnaider a remporté les dix derniers jeux de la partie pour s’imposer 3-6, 7-5, 6-0 sur un court Philippe-Chatrier balayé par le vent. Les statistiques officielles du tournoi recensent 57 fautes directes côté Sabalenka, contre 26 pour la gagnante. Pour Shnaider, c’est une première victoire contre une numéro un mondiale en exercice et une première demi-finale en Grand Chelem.
Le duel Shnaider-Chwalinska oppose donc deux joueuses qui découvrent ce stade de la compétition, l’une en ayant fait tomber la patronne du circuit, l’autre en ayant déjoué tous les pronostics depuis les qualifications. Aucune n’a jamais joué une finale majeure.
Un tableau sans patronne
Le séisme dépasse une seule moitié de tableau. Au moment d’aborder les demi-finales, plus aucune joueuse du top 7 mondial n’est en lice. La mieux classée des survivantes est la Russe Mirra Andreeva, huitième et âgée de 19 ans, opposée à l’Ukrainienne Marta Kostyuk, quinzième, dans l’autre demi-finale programmée jeudi. L’édition 2026 ne livrera donc pas la grande affiche attendue entre cadors.
Pour les organisateurs, ce genre de scénario coupe l’audience en deux. Les amateurs de chocs entre favorites repartent frustrés, mais les histoires comme celle de Chwalinska créent un autre type d’attachement, celui d’un public qui adopte une inconnue le temps d’une quinzaine. La franceinfo soulignait l’écho particulier de ce parcours dans un tournoi privé de ses cadors habituels.
Reste une donnée têtue pour qui parie sur la suite : aucune des quatre demi-finalistes n’a déjà soulevé un trophée du Grand Chelem en simple. Quelle que soit l’issue, Roland-Garros 2026 couronnera une première gagnante en Grand Chelem dans le tableau féminin.
Rendez-vous jeudi sur le Chatrier
Les deux demi-finales dames se disputent ce jeudi 4 juin, le choc Kostyuk-Andreeva ouvrant le programme à partir de 15 heures, suivi de Shnaider-Chwalinska. La finale, elle, est fixée à samedi sur le même court. La Polonaise classée 114e mondiale, inconnue du grand public il y a quinze jours, n’a plus que deux marches à franchir pour transformer une quinzaine déjà historique en sacre que personne, à part elle peut-être, n’avait osé imaginer.