5,11 millions de dollars pour un bout de carton plastifié, sans signature. Le précédent record sur une carte Victor Wembanyama datait de février 2025 et plafonnait à 860 100 dollars. En quinze mois, sa cote a été multipliée par six.
Une vente privée à 5,11 millions
La transaction n’a fait l’objet d’aucune enchère publique. Le 26 mai 2026, le journaliste Larry Holder, du média sportif The Athletic, révèle qu’une carte rookie Panini Prizm 1/1 Black de Victor Wembanyama, datée de la saison 2023-24, vient de changer de mains pour 5,11 millions de dollars. Le courtier de la vente est Fanatics Collect, division collection du géant américain de l’équipement sportif. L’acheteur a tenu à rester anonyme. Sa raison invoquée tient en une phrase, rapportée par The Athletic : il estime que cette carte sera, à terme, la meilleure pièce existante du pivot français.
La carte n’est pas n’importe quel exemplaire. Le label « 1/1 » signifie qu’elle est unique au monde. Le qualificatif « Black » désigne le parallèle le plus rare de la série Prizm, l’une des collections les plus chassées par les acheteurs. Et la note PSA 10, attribuée par le Professional Sports Authenticator, place l’objet dans la catégorie « Gem Mint », soit le grade maximal accordé à une carte considérée comme parfaite.
Le record absolu pour une carte non signée
Selon ESPN, cette vente bat plusieurs marques d’un coup. Il s’agit désormais du prix le plus élevé jamais payé publiquement pour une carte NBA sans autographe. Sur l’ensemble des cartes de basket américaines, c’est la quatrième transaction la plus chère jamais enregistrée. Et sur l’ensemble des sports, elle se classe au onzième rang mondial, d’après la base de données Card Ladder, qui recense les cessions de cartes sportives.
L’année 2026 a déjà vu passer deux autres ventes au-dessus de 5 millions de dollars. En février, une T206 Honus Wagner de 1909, surnommée le Saint Graal des cartes de baseball, partait pour 5,12 millions chez Goldin Auctions. En mars, une Bowman Chrome Superfractor signée d’Aaron Judge, joueur des Yankees, atteignait 5,2 millions lors d’une autre vente privée, déjà gérée par Fanatics Collect. La carte Wembanyama vient donc compléter un triptyque inattendu : trois pièces, trois sports différents, le même seuil franchi en cinq mois.
Le marché est devenu fou en deux ans
Pour mesurer l’ampleur du bond, il faut revenir à l’historique des cartes Wembanyama. La précédente meilleure vente datait de février 2025, lors d’une enchère organisée par Goldin Auctions. Il s’agissait d’une Panini Prizm Nebula Choice 1/1, grade PSA 9. Le marteau était tombé à 860 100 dollars. Quinze mois plus tard, on est à plus de cinq fois ce niveau. Un rapport The Athletic consacré au marché des cartes en mai 2026 parlait déjà d’une bulle spéculative jamais vue, dopée par l’arrivée massive d’investisseurs particuliers via les plateformes de live break, où des collectionneurs ouvrent en direct des paquets entiers face à des milliers de spectateurs.
La carte Wembanyama vendue à 5,11 millions de dollars a justement été extraite lors d’un de ces live break. C’est Cavelle McDonald, collectionneur, qui l’a tirée chez NorCal Sports Cards, une boutique californienne spécialisée. Direction PSA pour le grading, puis la note tombe : 10. Le ticket gagnant.
Une controverse sur le nettoyage de la carte
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf qu’une vidéo postée par Thomas Lindenthal, propriétaire de NorCal Sports Cards, a relancé le débat dans la communauté. On y voit le patron remercier publiquement Kurt’s Card Care, une entreprise qui commercialise des produits de nettoyage et de restauration pour cartes anciennes. « Votre produit est phénoménal », déclare Lindenthal dans la vidéo, citée par The Athletic. Le timing fait tiquer les puristes.
Le règlement de PSA, organisme de référence pour la certification, est sans ambiguïté : une carte nettoyée avec un produit ne peut pas obtenir le grade Gem Mint. McDonald, le détenteur de la carte au moment du grading, a réagi auprès du même média pour démentir tout traitement. « J’ignorais qu’il allait parler de Kurt’s Card Care. On dirait une vidéo sponsorisée pour sa chaîne. Cette société n’a rien à voir avec moi ni avec la carte. » PSA n’a pour le moment ni retiré la note ni ouvert d’enquête publique.
Aucune carte signée, et c’est volontaire
Un détail explique aussi l’envolée des prix. Victor Wembanyama ne dispose d’aucune carte rookie autographiée officielle sur le marché. Pendant sa saison de rookie, Panini détenait l’exclusivité des licences NBA pour les cartes à collectionner. Le joueur français, lui, était déjà sous contrat exclusif avec Fanatics, le concurrent direct. Les deux entreprises n’ont pas trouvé d’accord pour produire des cartes signées du Spur. Conséquence : les seules pièces tangibles de sa première saison sont des cartes vierges de toute signature, ce qui pousse mécaniquement la valeur des exemplaires uniques vers le haut.
Fanatics a depuis racheté Panini, ce qui réglera la question pour les saisons suivantes. Mais le millésime 2023-24, lui, restera à jamais sans autographe officiel. Pour les collectionneurs, c’est un produit de rareté absolue.
Le pari d’un acheteur sur l’avenir
Pourquoi débourser 5,11 millions pour un objet qu’on ne montrera probablement jamais ? L’acheteur a livré sa logique à The Athletic. Selon lui, Wembanyama dispose d’un plafond supérieur à tous les jeunes joueurs récents, y compris des phénomènes comme Cooper Flagg, premier choix attendu de la prochaine draft, ou Zion Williamson, dont la trajectoire s’est embourbée à La Nouvelle-Orléans. « Si on prend tous ces joueurs et qu’on se demande quel est leur plafond, je pense que celui de Wembanyama est nettement plus haut », dit-il.
Le contexte joue. Le Français de 22 ans vient de remporter le titre de Defensive Player of the Year à l’unanimité, une première dans l’histoire de la NBA selon les statistiques officielles de la ligue. Les Spurs de San Antonio ont fini la saison régulière à 62 victoires pour 20 défaites, leur meilleur bilan depuis 2017. L’équipe est actuellement en finales de conférence Ouest face aux Oklahoma City Thunder, à deux victoires d’une qualification pour les finales NBA.
Ce qui attend la carte si les Spurs vont au bout
Si San Antonio remporte le titre cette année, la cote de Wembanyama franchira un nouveau palier. Les ventes des cartes des champions NBA augmentent en moyenne de 40 à 60 pour cent dans les six mois suivant le sacre, selon les données compilées par Card Ladder. Le précédent record absolu pour une carte de basket, détenu par une Mickey Mantle 1952 Topps vendue à 12,6 millions en 2022, n’a pas encore été menacé. Mais l’acheteur anonyme, lui, semble miser sur cette hypothèse.
Le sixième match de la finale de conférence Ouest se joue cette nuit à San Antonio. Si les Spurs s’imposent, ils disputeront un match 7 décisif dimanche à Oklahoma City pour décrocher leur ticket pour la finale.