Jusqu’à présent, un parent qui s’arrêtait de travailler pour rester auprès de son bébé touchait environ 450 euros par mois. Le 1er juillet, ce plafond de misère disparaît. Le nouveau congé de naissance versera 70 % du salaire, et il pourrait enfin convaincre les pères de poser leurs valises à la maison.
Un ou deux mois payés presque plein
Le principe tient en quelques lignes. Une fois épuisés les congés maternité, paternité ou d’adoption, chaque parent pourra ajouter un ou deux mois de congé. Le premier mois sera payé à 70 % du salaire net, le second à 60 %, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, fixé à 4 005 euros depuis janvier. L’indemnité se calcule sur les trois derniers bulletins de paie, exactement comme un arrêt de travail.
Ce congé se découpe en deux blocs d’un mois, à prendre ensemble ou séparément. Les deux parents peuvent s’arrêter en même temps ou se relayer. Une famille où les deux jouent le jeu peut donc cumuler jusqu’à quatre mois de présence auprès du nourrisson sur sa première année.
La condition que beaucoup vont oublier
Le congé n’a rien d’automatique. Pour l’obtenir, il faut d’abord avoir soldé les congés classiques liés à l’arrivée de l’enfant. Pas question de sauter cette étape pour filer directement vers le nouveau dispositif.
Côté délais, la marge est mince. Les parents ont neuf mois après la naissance, ou après l’arrivée de l’enfant au foyer en cas d’adoption, pour utiliser ce droit. Côté employeur, il faut poser sa demande un mois à l’avance, en indiquant la durée retenue et l’éventuel fractionnement. L’entreprise transmet ensuite le dossier à la caisse primaire d’assurance maladie, qui verse l’indemnité. L’Assurance maladie et la CAF ont publié le mode d’emploi détaillé ces derniers jours.
Salariés, indépendants, artistes-auteurs concernés
Le ministère du Travail et des Solidarités a ratissé large. Le congé ne se limite pas aux salariés en CDI : les indépendants, les agents contractuels de la fonction publique et les artistes-auteurs y ont aussi droit, dès lors qu’ils remplissent les conditions d’ouverture liées à une naissance ou une adoption. Seul impératif de date : l’enfant doit être né ou accueilli à partir du 1er juillet. Un bébé arrivé le 30 juin n’ouvre aucun droit. Son voisin de berceau du 1er juillet, si.
Quatre cents euros hier, le salaire demain
Pour mesurer le changement, il faut regarder ce qui existait avant. L’actuel congé parental, la PreParE, verse un forfait d’environ 450 euros par mois à taux plein, peu importe le salaire d’origine. Un montant si faible que la majorité des familles le refusait, incapable de vivre avec. Les pères, en particulier, le fuyaient : s’arrêter pour 450 euros quand on gagne deux ou trois fois plus relevait du sacrifice financier.
En calant l’indemnité sur le salaire réel, le gouvernement parie sur un déclic. Un parent payé 3 000 euros net touchera 2 100 euros le premier mois, là où il n’aurait perçu que 450 euros sous l’ancien régime. L’écart est tel qu’il pourrait, pour la première fois, rendre l’arrêt envisageable pour le second parent. La Suède, qui rémunère généreusement ses 480 jours de congé partagé, voit une large part de ses pères s’arrêter. La France partait de bien plus loin.
Ce que l’employeur a le droit de refuser
Une question revient déjà chez les salariés : l’entreprise peut-elle dire non ? Sur le principe du congé, la réponse est non, à condition de respecter le préavis d’un mois et les règles de durée. L’employeur garde la main sur l’organisation, pas sur le droit lui-même, comme c’est déjà le cas pour le congé paternité porté à 25 jours en 2021.
Le financement repose sur la Sécurité sociale, et non sur l’entreprise, qui n’avance pas l’indemnité. C’est la caisse d’assurance maladie qui paie, sur la base des salaires déclarés. Pour les employeurs, le coût direct reste donc limité, même si l’absence d’un salarié pendant un ou deux mois supplémentaires devra s’organiser.
Une natalité au plus bas depuis 1942
Derrière la réforme, un chiffre obsède l’exécutif. D’après l’INSEE, la France a compté 645 000 naissances en 2025, soit 2,1 % de moins qu’un an plus tôt. Jamais le pays n’avait fait aussi peu d’enfants depuis 1942, en pleine guerre. L’indicateur de fécondité est descendu à 1,56 enfant par femme, son point le plus bas depuis la sortie de la Première Guerre mondiale.
Un seuil symbolique a même cédé : en 2025, le solde naturel est passé dans le rouge, à moins 6 000. Le pays a enterré plus de monde qu’il n’a vu naître de bébés, une première depuis 1945. Le congé de naissance figure parmi les réponses avancées par le gouvernement pour enrayer cette chute.
Un nom de réforme qui passe mal
La mesure traîne une étiquette pesante. Emmanuel Macron l’avait dévoilée début 2024 en parlant de « réarmement démographique », une expression aussitôt clouée au pilori. Au Sénat, la délégation aux droits des femmes l’a qualifiée de « mal choisie », « réactionnaire », voire « fascisante », y lisant un discours nataliste qui renvoie les femmes à la maternité. La CGT a fustigé un retour aux « valeurs natalistes » d’un autre âge.
Sur le fond, pourtant, le principe d’un congé plus court mais correctement payé rassemble assez largement. Les associations familiales réclamaient de longue date une indemnisation digne de ce nom, seul moyen de convaincre les pères de s’arrêter. La bataille porte donc moins sur le dispositif que sur les mots et l’intention qui l’accompagnent.
Reste à savoir combien de parents s’en saisiront. Les premiers concernés seront les familles dont l’enfant naîtra à compter du 1er juillet, avec neuf mois pour poser le congé et un préavis d’un mois à respecter. Le taux de recours réel, lui, ne sera mesurable qu’au printemps 2027, une fois la première vague passée.